mercredi 10 avril 2013

Homophobie : le bon, la brute et le truand




On peut considérer comme un progrès l’énergie avec laquelle une grande majorité des opposants à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe tiennent à se défendre de toute homophobie.

Évidemment, ce positionnement doit beaucoup à la pénalisation de l’homophobie, mais il tient surtout à mon sens, à deux dynamiques.
L’une relève de l’impensé, l’autre de la construction politique. Et les deux ne sont pas sans se répondre.

On n’est pas homophobe, comme on n’est pas raciste ou sexiste ! Le processus tient de la difficulté à appréhender les mécanismes d’invisibilisation des rapports sociaux de classe, de sexe ou de genre et d’assignation à des rôles. Cette invisibilité des systèmes de domination et de la violence de l’organisation sociale conduit tout un chacun, qu’il en soit victime ou bénéficiaire, à les nier ou les minorer et à renvoyer au privé ou aux choix individuels ce qui relève en fait de la construction idéologique.


Le second processus, lui est politiquement organisé et consciemment exploité. Il relève de la volonté de refuser la remise en question de l’ordre établi et de consolider les positions hégémoniques des classes dominantes.

Quelle meilleure façon de protéger son pouvoir qu’en neutralisant les outils de ses opposants ?

Une partie importante du travail des militants homosexuels avait constitué à rendre visible ces rapports de domination et à les rendre socialement condamnables.

Il fallait donc pour ceux qui s’opposent à ces changements, dans un rapport de force qui ne leur était plus favorable, travailler à rendre inopérante la condamnation avant d’espérer inverser ce rapport de force.

Dès lors, la stratégie mise en place par Barjot et ses alliés est simple : feindre l’adhésion au principe mais contester son champ d’application.

Ici interviennent la nature et le bon sens. Qui n’auraient pas à être pensé pour s’imposer. Et ne pourraient donc être contesté.

Façon de soutenir ne pas se situer dans l’idéologie mais d’y renvoyer son opposant, aussitôt soupçonnable d’arrière-pensées, de calculs politiques et de velléités manipulatrices.

Une stratégie discursive bien comprise par l’extrême droite qui l’utilise depuis des années afin d’imposer peu à peu ses valeurs en prisme dominant.

Les forces réactionnaires se coalisent et dans le même temps, s’efforcent de diviser les minorités et d’empêcher l’articulation de leurs luttes.

Ne nous laissons pas abuser par les prétendues dissensions qui opposeraient les homophobes modérés et leurs acolytes radicaux. Ils ne font que se partager le travail.

Ainsi aujourd’hui, se démarquer des expressions les plus évidentes de l’homophobie (Civitas et le Printemps français faisant office d’idiots utiles – mais pas pour autant inoffensifs) permet de prétendre la circonscrire, pour mieux en nier les manifestations structurelles et institutionnelles.

Il n’y aurait d’homophobie que brutale. Et tout ce qui n’emprunterait pas à ce registre de la crudité n’en serait donc pas.

Voilà comment d’une pirouette, les opposants à l’extension du droit au mariage, tout en feignant de s’offusquer, ont redonné une légitimité à l’expression polie de l’homophobie.

mercredi 3 avril 2013

Coming in : la politique des garçons très discrets




Où sont passés les représentants du mouvement gay ? Pour quel mouvement d’ailleurs ? Quelle action ? Quelle parole ? Quelle dynamique ? Quelle présence ?

Tandis que le long processus d’adoption du mariage des couples de même sexe ressemble de plus en plus à un jour sans fin cauchemardesque, gays et lesbiennes subissent de plein fouet la violence du débat sans même le filtre du support communautaire. Chacun et chacune livré(e) à sa propre capacité à encaisser, à riposter ou à la solitude.

Individuellement ou par petits groupes, sur les réseaux sociaux, les uns et les autres se mobilisent, tentent de s’organiser et fort heureusement de nouvelles solidarités s’inventent. La base s’active, échange, riposte. Fait preuve d’inventivité. De ressources individuelles inestimables.

Dispersée cependant, elle peine à exister face à une opposition restreinte mais dangereusement structurée. Disposant de moyens considérables, celle-ci occupe tous les terrains : les media, la rue, les murs. Allant jusqu’à emprunter au mouvement gay ses modes d’actions.

Face à cette omniprésente visibilité, cet activisme de tous les instants, que nous répond l’Inter LGBT ? Elle refuse l’instrumentalisation du débat, exprime son malaise (son impuissance, son incompétence ?) et prépare la gay pride ! d’ici là, débrouillez-vous !

Non contente de s’être laissée enfermer dans une stratégie monolithique et minimaliste (un objectif le droit de la famille, un champ d’action le législatif, un leitmotiv l’égalité), elle ne parvient pas à imposer sa parole, ni même un agenda et renvoie les gays à l’invisible du silence.

Pire, elle se voit contrainte de revoir ses ambitions à la baisse au gré des frileuses volte-face du gouvernement, mais n’en continue pas moins de s’enferrer, comme si de rien n’était, dans sa politique pusillanime.

L’Inter LGBT semble se satisfaire à demi mot de l’adoption d’une loi minimale sur le mariage des couples de même sexe. Une loi qui ne respecte même pas les droits des trans. Une loi qui n’ouvrira pas le droit à la PMA pour les couples de lesbiennes. PMA que le Président de la République en personne ne cesse d’essayer d’enterrer.

Ce faisant, il dément de facto toute inscription de la loi sur le mariage dans le principe d’égalité.

Cet échec devrait démontrer à nos associations qu’elles ne peuvent étayer nos luttes sur le seul argument de l’égalité, aussi utile et légitime soit-il.

Alors réaction, colère de l’Inter LGBT ? Non, silence ! Tire-t-elle des enseignements de ces signaux ? Non plus. Tout juste, communique-t-elle d’un faible communiqué de presse, son trouble et sa volonté de pédagogie ou annonce-t-elle, imperturbable, le mot d’ordre de la prochaine marche des fiertés : « LGBT : allons au bout de l’égalité ».

Quand elle devrait être à la pointe de la mobilisation, l’entraîner ou à tout le moins lui donner les moyens de s’exprimer, l’inter LGBT donne de plus en plus l’impression de la suivre, voire de la subir. Comme si elle avait intégré l’idée que le regain d’homophobie et l’abandon de toute autre revendication étaient le prix à payer pour obtenir le mariage.

Elle oublie que sans expression, nous n’existons pas. Et que laisser nos adversaires regagner du terrain dans la bataille idéologique et culturelle pourrait laisser des traces douloureuses mais aussi durables.

Nombre de gays et de lesbiennes ne se battent pour l’ouverture du mariage qu’en raison de la charge symbolique d’une telle loi et par solidarité avec ceux qui en ont besoin pour sécuriser leurs familles.

Or une égalité juridique qui ne serait pas assortie d’un travail sur les mentalités ne profiterait qu’à une minorité de privilégiés. Si ne peuvent se marier que ceux qui n’ont rien à craindre d’une homophobie qui n’a plus de honte à se manifester, est-ce vraiment le mariage pour tous ?

vendredi 15 février 2013

Désormais les hétérosexuels ne sont plus normaux, seulement majoritaires



Pourquoi s’opposer, et avec tant de véhémence à un projet de loi qui ouvre des droits à ceux qui en étaient privés et ne vous en retire aucun ?

Cette interrogation étonnée accompagne inlassablement les manifestations d’opposition au mariage des couples de même sexe.

Pour y répondre, il faut s’écarter du droit, pour s’intéresser aux liens qui unissent rapports de domination et identité.

Dans un climat d’incertitude, largement alimenté par le sentiment d’être cerné par la crise, la tentation est grande de se raccrocher à ce qu’on imagine posséder.

L’enjeu de cette bataille, car c’en est une, dépasse évidemment le mariage, la filiation, la protection des couples et des familles. Les opposants ne s’y sont pas trompés quand ils proposent désormais de nous accorder des droits (même le Vatican y vient, espérant encore pouvoir éviter le pire). Tout sauf le mariage ! Tout sauf la filiation ! entonnent-ils en chœur.

Et au fond, ils ont raison, les homophobes, conscients ou inconscients, de se battre pied à pied pour que la citadelle du mariage ne tombe pas. Institution conservatrice et normative s’il en est.

Car, avec l’ouverture du mariage, c’est bien la norme hétérosexuelle elle-même qui tombe.

Venu afficher à l’intention de ses électeurs son opposition au projet de loi, dans le loft républicain qu’était devenu l’hémicycle ces derniers jours, Jean-Charles Taugourdeau, député UMP, nous a fourni une des clés du sentiment de dépossession qui anime si vigoureusement les opposants. « Quand, demain, quelqu’un dira qu’il est marié, on sera obligé de lui demander : Avec qui, un homme ou une femme ? » s’est-il insurgé.

A première vue, la sortie prête à sourire, on a envie de lui objecter oui et alors ? Pourtant, c’est sans doute une des phrases les plus parlantes du débat. Que nous dit-il ce député, si ce n’est que le mariage était un marqueur, peut-être même le marqueur ultime, qui servait, non seulement à différencier mais à hiérarchiser les orientations sexuelles.

Et pour certains, la terreur ne doit pas être très loin, il ne manquerait plus qu’on les prenne pour des pédés !

En effet, se marier, jusqu’ici, pour des Jean-Charles Taugourdeau, c’était affirmer qu’on était un homme. Pour un hétérosexuel masculin, c’était s’afficher comme membre de la caste dominante d’une structure pyramidale.

Voilà pourquoi, ils étaient prêts à sacrifier jusqu’au contenu du mariage du moment qu’on leur laissait l’étiquette.

En la leur retirant, on frôle la castration symbolique ! à cette lumière, l’agressivité avec laquelle, ils défendent ce qu’ils estiment être leur apanage ne doit plus nous étonner.

En outre, parce que ce sentiment mêle à la fois intime et construction inconsciente de l’identité des hétéros, il n’est pas surprenant non plus qu’il génère une forme de solidarité instinctive.

Tant que le mariage était réservé aux couples hétérosexuels il participait de l’affirmation de leur supériorité sur les homos, en s’ouvrant il installe une équivalence.

Et quoi qu’il soit prétendu, c’est bien cette équivalence que les opposants au projet de loi refusent. Qu’il s’agisse de conjugalité ou de filiation.

Car dès que les questions d’adoption et d’état civil ont été abordées, les objections se sont traduites, là encore, par une volonté de hiérarchisation, avec pour seul postulat qu’il était mieux pour un enfant qu’il ait des parents hétérosexuels plutôt qu’homosexuels. Le comble étant l’idée qu’on puisse un jour choisir de confier un enfant à un couple homo plutôt qu’à un couple hétéro.

Là encore la dépossession est analogue. On peut même penser qu’avec la désaffection progressive du mariage, la question de la filiation est venue peu à peu, elle aussi, s’inscrire sur ce terrain symbolique de l’affirmation identitaire.

On devient un homme ou une femme à part entière en devenant parent. Et plus il est difficile de trouver sa place dans la société (de réussir sa vie professionnelle), plus on mise sur la cellule familiale. Plus, il est compliqué de se réaliser, plus on s’attache à une transmission génétique.

Et tout à coup, la société proclame qu’il ne suffit plus d’être hétéros, pour être parents. Encore moins de bons parents. Il faudrait maintenant dans ce domaine-là, aussi, faire ses preuves, donner du sens, là où jusqu’à maintenant on se contentait d’être.

Horreur, crient-ils, vous allez supprimer les mots de père et mère. En fait, nous faisons bien pire. Nous inversons un processus, selon lequel, l’octroi de la qualité de père suffisait à faire d’un homme un père, peu importe quel père vous étiez. Fonction qu’il faudrait désormais investir !

Qu’est ce qu’un mari, qu’est ce qu’une épouse, un père ou une mère ? Nous allons indubitablement, y compris au corps défendant des plus conformistes d’entre nous qui ne demandaient qu’à enfiler des pantoufles, bouleverser des jeux de rôles prédéfinis qui ont bien du mal à se défaire de stéréotypes omniprésents.

Ne serait-ce que du fait, que dans un couple de femmes ou d’hommes, la répartition des rôles ne préexiste pas au couple.

Comme le dénoncent les opposants au projet de loi, les effets de l’ouverture du mariage vont affecter l’ensemble de la société. Ils s’en effraient.

Dans un monde qui échappe à leur contrôle, nous bousculons la sécurité imaginaire d’un ordre immuable. Grâce auquel, ils croient pouvoir chasser l’angoisse du lendemain en s’inscrivant dans une généalogie rassurante. Il en sera de mes enfants comme il en a été de mes parents, depuis toujours, veulent-ils penser, comme accrochés à un doudou.

Cette loi s’inscrit dans un mouvement d’émancipation. En cela, elle s’oppose à la subordination de la loi à un prétendu ordre naturel, piètre avatar d’un ordre hétéropatriarcal occidental et blanc où la place de chacun serait définie par une identité biologique.

L’ouverture du mariage ne leur retire aucun droit mais elle émancipe un peu plus la société française de l’ordre qu’ils entendent lui imposer, un ordre où il n’était pas tolérable qu’un homo puisse avoir la même valeur qu’un hétéro. Elle leur conteste le pouvoir de gouverner nos vies.

Contraints et forcés par nos luttes à nous concéder une place dans l’ombre qu’ils appellent sphère privée, ils devront désormais admettre notre légitimité dans la res publica car c’est ce qu’est le mariage : chose publique.

L’opposition ne cessera pas le combat pour autant. Il suffit de se référer aux luttes pour les droits des femmes ou pour les droits civiques pour mesurer ce qui nous attend encore.

Mais désormais, ce n’est plus l’homosexualité qui est anormale, c’est l’homophobie qui le devient. Ne nous en croyons pas néanmoins débarrassés. Il faudra faire face à des sursauts de violences. Il faudra aussi apprendre à contrer ses visages plus policés, moins aisés à démontrer, à faire entendre et à abattre.

Et surtout nous garder de nous faire nous-mêmes les acteurs d’un système de ségrégation légèrement ravalé dans lequel nous aurions simplement trouvé notre place. Ne pas nous couler dans le costume confortable de nouveaux notables n’est pas le moindre des défis qui s’ouvrent à nous. L’égalité des droits, les droits conjugaux et familiaux, ni même les droits des gays et des lesbiennes ne sauraient être l’alpha et l’oméga de nos mobilisations.

mercredi 6 février 2013

Si Twitter affole la droite, c’est parce qu’il sabote ses vieilles ficelles de communication politique




Ils tempêtent, dénoncent, s’emportent, crient au déni de démocratie et réclament la désactivation du Wifi au sein de l’hémicycle.
Si les députés de l’opposition s’offusquent ainsi, ce n’est pas seulement en raison du « malaise d’une génération de députés devant un outil technologique qu’elle ne maîtrise pas » que soulignait Mathieu Deslandes dans Rue89 (04/02/2013) mais aussi et surtout parce que la circulation de l’information générée par les réseaux sociaux échappe à leur contrôle et contrarie leur stratégie.

Une stratégie élaborée pour répondre aux règles propres à l’Assemblée tout en s’assurant le meilleur écho possible d’arguments choisis.

Depuis que le débat est entré dans sa phase d’examen des articles du projet de loi et de la multitude d’amendements qui les accompagnent, l’opposition s’appuie principalement sur trois idées :

- monopoliser la parole dans l’Assemblée de façon à dicter ses thèmes aux résumés médiatiques et à imposer les héros du jour à des journalistes soumis aux formats courts qui sont désormais la règle.

- contraindre la majorité au silence et à la frustration, et multiplier les provocations en espérant le dérapage d’un de ses membres.

- réserver l’appréhension globale des débats à un cercle restreint d’initiés. Filtrer les excès ainsi que les invectives, les insultes les plus virulentes que ne captent pas les micros de la Chaîne Parlementaire et qui ne laissent pas toujours de trace dans les comptes-rendus officiels.

L’engouement suscité par la possibilité pour l’individu lambda de suivre en direct et en intégralité les débats et de partager en temps réel ses réactions et ses interrogations vient bouleverser cette façon bien commode de mener les débats entre soi. Car si les séances sont publiques n’y assistent que quelques dizaines de personnes. Et la règle du silence s’impose au public.

Sur les réseaux, on échange, on interroge et rebondit en temps réel. Le décryptage échappe aux filtres traditionnels et fait appel à des ressources que ne contrôlent pas les politiques.

Le ton y est libre, vivant, et c’est ce bouillonnement qui permet aussi aux twittos & internautes de ne pas se lasser et de tenir la durée des débats. Les références sont multiples, les expertises diverses et on trouve sur ce forum multiforme aussi bien des vieux observateurs de la politique que des novices découvrant pour la première fois la mécanique parlementaire.

Evidemment 140 signes ne suffisent pas à développer de longs argumentaires mais les utilisateurs de twitter n’hésitent pas à se renvoyer à des liens permettant de consulter des références ou des textes documentés.

Et certains députés eux-mêmes répondent patiemment aux interrogations et fournissent explications sur le règlement, les articles de lois ou de la constitution évoqués par les orateurs.

Le texte de loi se prête mieux que d’autres à ce succès, il n’est pas trop technique et, la plupart du temps, les députés font moins appel au droit qu’à des valeurs. Chacun peut donc facilement s’y intéresser.

Alors pourquoi cet intérêt pour la chose publique et le débat politique dont devrait se réjouir la classe politique inquiète-t-il autant la droite parlementaire ?

Parce que les députés de gauche ont trouvé un exutoire à la frustration et peuvent ainsi relâcher la pression, ailleurs que dans l’hémicycle et même si s’exprimer sur Twitter ne préserve pas du dérapage, le risque y est toutefois moindre

Parce que, quels que soient les défauts et les limites des réseaux sociaux, ils permettent au débat de se développer dans un cadre différent de celui, prévu et maîtrisé par les professionnels de la politique.

Et cette indépendance effraie, car quand le peuple décide de se passionner et de s’informer, il arrive que le scénario ne corresponde pas aux storytelling élaborés par la classe politique. Le référendum sur la constitution européenne en a fait la preuve.

mardi 5 février 2013

Les pédés et les gouines ravivent la rose





L’obstruction parlementaire menée par l’opposition (contre le mariage des couples de même sexe), ses outrances, l’affichage d’un conservatisme caricatural, les références constantes à une "loi naturelle" ont eu une vertu vivifiante pour les députés socialistes.

L’introduction du débat, la défense des différentes motions de procédure, la discussion générale ont pris des airs de séminaire de ressourcement.

Les rapports de force politique étant définis par avance, l’opposition ne peut guère escompter empêcher l’adoption d’un texte voulu par la majorité. Dans ce cas précis, elle caressait peut-être, avant que ne débutent les discussions, l’idée d’exploiter les réticences exprimées par quelques parlementaires de gauche mais elle se sait trop minoritaire à l’Assemblée pour y croire vraiment (en revanche, elle veut encore penser qu’il pourrait en être autrement au Sénat où la majorité de gauche est bien plus étroite).

C’est pourquoi, les séances publiques à l’Assemblée s’apparentent très souvent à des représentations théâtrales, la réalité du travail législatif, s’étant effectuée, pour sa plus grande part, en amont.

Il s’agit surtout pour chacun de proclamer, voire de surjouer sa position.

Certains textes, à forte charge symbolique, prennent alors des airs de super productions. Avec leurs lots de premiers rôles, de héros, récurrents ou éphémères, et de figurants condamnés à faire nombre des heures et des heures. Les mieux lotis d’entre eux accédant à leurs 2 minutes d’expression. Dans ce contexte, ils ne sont pas les derniers à rêver de la réplique bien sentie.

Les premières heures, les deux camps se livrent à une surenchère de marqueurs idéologiques dans une course à l’affirmation identitaire.

Chaque alternance mène à l’Assemblée son contingent de députés novices, qui ont découvert ces derniers jours l’atmosphère enivrante des combats frontaux. Mais ils ne sont pas les seuls à s’enflammer.

L’exacerbation des antagonismes libère la parole de tous les députés. Ce n’est pas sans risque, et même les plus aguerris peuvent s’y laisser emporter. C’est d’ailleurs une des rares armes à la disposition de l’opposition, provoquer le dérapage, la sortie non contrôlée, l’incident de séance dont elle pourra ensuite se faire l’écho sans modération. Elle doit, à tout prix, pour exister exporter les débats hors de l’hémicycle, organiser leur publicité sur les plateaux de télévision, au micro des radios, provoquer un battage médiatique. Sans se fracasser sur ses propres débordements.

Cette mise en scène, cette dramatisation ostentatoire ont pour effet, dans les premières heures du débat de renvoyer chacun dans son camp.

Si les députés socialistes pouvaient, légitimement me semble-t-il, s’interroger sur ce qui les différencie de la droite, tant la frontière entre leurs politiques économiques est devenue floue, jusqu’à leurs propres yeux, l’empressement de leurs collègues de l’opposition à enfiler le costume qui leur étaient promis de vieux réacs arqueboutés sur un ordre naturel, sexiste et patriarcal est venu les rassurer sur leur altérité.

Ainsi, face aux excès, à la mauvaise foi et aux amendements insultants, ils ne défendaient pas tant le projet de loi que leur propre identité. La fierté avec laquelle ils montaient à la tribune tranchait d’ailleurs avec la discrétion dont ils avaient pu faire preuve ces derniers mois. Certes leur engagement est réconfortant mais on aurait aimé qu’ils expriment leur indignation avec la même conviction quand les attaques les dédaignaient pour se concentrer sur nous, et pas seulement pour leur permettre d’affirmer leur différence.

Il est des débats parlementaires qui permettent ainsi à chaque camp de se ressouder, à chaque député de se persuader de son utilité, et de se sentir, ne serait-ce que quelques heures, quelques jours, acteur de l’histoire.

Le projet de loi sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe est indéniablement de ceux-là. Ça ne dispense pas pour autant de mettre les mains dans le cambouis.

vendredi 1 février 2013

GPA, publication de la circulaire Taubira : bourde ou coup tactique ?




La publication de cette circulaire au moment où le Projet de loi sur le mariage pour tous arrive à l’Assemblée Nationale relève-t-elle vraiment de la bourde ou du coup de billard à trois bandes ?

En termes politiques, l’annonce de cette publication a eu trois effets immédiats :

1 : Véritable chiffon rouge agité devant les députés UMP, ils se sont aussitôt rués dans la porte ouverte, sans se demander un seul instant si elle ne leur avait pas, après tout, été très opportunément désignée.

On peut bien s’agacer à l’Elysée, l’exécutif protester d’un télescopage malencontreux, Christiane Taubira paraître acculée à se défendre, le résultat est là : l’opposition au mariage pour tous en passerait presque au second plan. Les leaders de la droite n’en ont qu’après la légalisation de la GPA, c’est-à-dire un projet qui n’existe pas.

La gauche peut même ironiser, les députés de l’opposition manqueraient-ils à ce point d’arguments contre le mariage pour préférer s’acharner sur un projet fantôme ?

Autre élément à charge contre les députés de l’opposition, il est aisé de leur opposer leur mauvaise foi quand ils dénoncent une circulaire adoptée en catimini alors que, le 16 janvier dernier en commission des Lois à l’Assemblée nationale, la garde des Sceaux leur a annoncé que la dite circulaire était prête. Pas de cris d’orfraie, l’ambiance était courtoise, et aucun des 38 députés de l’opposition présents ne s’est indigné à cette annonce (Compte-rendu : http://www.assemblee-nationale.fr/14/cr-cloi/12-13/c1213031.asp#P7_349).

Ils peuvent feindre de la découvrir aujourd’hui mais les débats du 16 étaient filmés et ont été diffusés.

2 : En attirant les attaques des députés de droite sur la GPA, cette circulaire permet d’éviter qu’ils se concentrent sur la PMA qui était leur cible initiale.

Car la stratégie de la droite était connue, semer le doute sur le contenu réel du texte sur le mariage, crier aux intentions cachées, dénoncer l’engrenage inévitable et funeste. Dans ce schéma, la PMA devait jouer le rôle de l’épouvantail.

Bien que tout aussi absente du texte, la PMA est néanmoins défendue par un grand nombre de députés socialistes, aussi bien que par leurs alliés du Front de Gauche et des Verts. Le gouvernement a dû s’employer pour en repousser la discussion au Projet de loi sur la Famille qui devrait être présenté au Conseil des Ministres en mars 2013.

Repousser les questions à son propos sans se laisser entraîner dans les débats est donc autrement plus délicat à gérer. Aussi bien sur le fond qu’en termes de durée des débats. L’exécutif en se préservant de toute entrée prématurée dans cette discussion s’assure de présenter une majorité gouvernementale large et unie. Sans faille.

3 : Enfin on notera un troisième effet de la publication de cette circulaire, peut-être passé inaperçu, un effet cette fois interne au PS.

En faisant semblant de croire que le Parti Socialiste voulait favoriser la légalisation de la GPA, la droite a permis au gouvernement mais aussi à la majorité du PS de réaffirmer avec force son opposition à toute levée de l’interdiction et ce, avant même le débat de mars sur la famille.

Les prises de position des ministres qui se sont succédées ces dernières heures ont en quelque sorte engagé officiellement le gouvernement, au moins pour la durée de la mandature. Un engagement appuyé, réitéré à de nombreuses reprises dans l’hémicycle par des orateurs de la majorité répondant aux attaques de la droite.

Or, si les socialistes sont unanimes à condamner la marchandisation du corps des femmes, ils ne sont pas tous d’accord sur la meilleure façon de la combattre. Depuis quelques années, des voix s’élèvent pour réclamer un débat et prônent une légalisation encadrée, jugée plus efficace qu’une interdiction qui délocalise les pratiques mais ne les empêche pas, voire favorise les trafics.

Hier (mercredi 30 janvier 2013), soucieux de ne pas nuire au texte discuté, et parce que cette question n’avait pas lieu d’être posée dans ce cadre, refusant d’être instrumentalisés par une droite qui ne souhaitait pas le débat mais enfumer la discussion, les députés qui défendent cette opinion ont préféré ne pas aborder le sujet. A l’exception de Patrick Bloche qui, interpellé nominalement sur sa position, a répondu qu’il l’assumait, tout en rappelant qu’elle était minoritaire au PS et qu’il ne l’évoquerait pas dans la discussion générale, car étrangère au débat du jour.

D’une certaine façon, on peut penser que la droite a, de son point de vue, atteint hier, un de ses objectifs (même si ce n’était pas celui qu’elle visait) : elle a permis à la majorité du PS, opposée comme elle à tout aménagement de l’interdiction de la GPA de verrouiller le débat sur cette question avant même qu’il ait été lancé.


Mais au fait que contient cette circulaire ? Un rappel de la loi !

Adressée aux procureurs généraux près les cours d’appel, au procureur près le tribunal supérieur d’appel, aux procureurs de la République et aux greffiers en chef des tribunaux d’instance,

elle rappelle simplement la loi :
- Un enfant est français si l’un de ses parents est français.

Par conséquent, le fait qu’un enfant soit conçu par GPA ne peut suffire à lui refuser la délivrance d’un certificat de nationalité française dès lors qu’il est prouvé que l’un de ses parents est français.

Que ne contient-elle pas ?

La circulaire ne concerne pas la transcription des actes d’état civil étrangers sur le registre d’état civil français.

Elle ne dit rien de la filiation par GPA qui demeure non établie.

Elle n’autorise pas la GPA qui reste interdite.


Dernière minute :
Ni Putes ni Soumises demande le retrait de la circulaire car elle « laisse place à ce marché, honteux des ventres à louer ».

En fait, Ni Putes ni Soumises demande au Ministère de la Justice 
de violer la loi 
et de faire de ces enfants, français, des sans papiers dans leur propre pays.







jeudi 31 janvier 2013

L’étrange conception de l’égalité des enfants des opposants à l’ouverture du mariage aux couples homosexuels




Rompus à l’exercice médiatique, les leaders du front du refus du mariage des couples homosexuels n’étaient pas sans savoir qu’il leur fallait pour se faire entendre habiller leur combat de valeurs positives.

Ils n’ignoraient pas la difficulté de contester frontalement l’exigence d’égalité qui soutenait le projet de loi, il leur fallait donc trouver le moyen de la déconsidérer. A ce jeu, il n’existe rien de mieux que de s’emparer des arguments de ses adversaires pour tenter de les faire siens.

Si, on pouvait ajouter une dimension émotionnelle à cette stratégie, un élément qui en appellerait aux tripes plutôt qu’à la raison, on ne serait pas loin du ticket gagnant.

Soumis à l’aigreur, à la frustration, par l’inéluctable de la défaite, comment auraient-ils pu résister à la tentation d’instrumentaliser les enfants ? Arme ultime, dont rien ne peut égaler la capacité à susciter l’empathie. Qu’y a-t-il de plus noble, de plus partagé et de plus instinctif que la défense de l’enfant ?

Ce serait donc l’égalité des adultes contre l’égalité des enfants, et on sommerait de choisir. Une injonction qu’on nous servirait noyée dans les lieux communs et des formules plus régressives les unes que les autres, empruntant, pour mieux marquer les esprits, au registre enfantin jusqu’à leur énoncé.

Dès lors, on peut exhiber un kit de l’opposant fabriqué dans les standards de la publicité, un décor de fête d’anniversaire pour tout petit, avec des couleurs, des ballons, et même un clown. Prêt à être multidiffusé en boucle par un système audiovisuel qui ne se cache pas de n’avoir pour seule et unique vocation que de préparer les cerveaux à avaler de la réclame.

Les ressorts utilisés ont été mille fois testés par les journaux télévisés. Immédiateté, affect, agitation de peurs primaires, défense d’une cellule familiale prétendument menacée qui se trouve être précisément celle que les agences de communication s’évertuent à mettre en scène à longueur de publicité comme s’il s’agissait du seul modèle possible.

Comment s’étonner dans ces conditions de la complicité objective des écrans où se déversent sans aucune interrogation ni contradiction des contre-vérités simplistes tant il est naturel dans l’audiovisuel français (au contraire de ce qui se passe chez les anglo-saxons ou les scandinaves) de ne pas s’embarrasser d’argumentation ou de vérifications.

Place alors à l’homophobie joviale, souriante, prémâchée et banale.

Au nom de l’égalité des enfants. Mais pas de tous les enfants !

Il est des enfants dont les opposants au mariage des couples homosexuels se moquent éperdument.

Ces enfants à qui, ils refusent la sécurité juridique d’une famille reconnue par la loi. Au nom des droits de l’enfant.

Ceux à qui, ils assènent jour après jour qu’il aurait, selon eux, mieux valu qu’ils aient d’autres parents que les leurs. Que leurs parents ne sont pas légitimes, ne sont pas de "vrais" parents. Au nom des droits de l’enfant.

Ceux à qui, ils voudraient interdire de devenir parents en raison de leur orientation sexuelle et à qui, ils ne cessent de répéter qu’ils ne devraient pas bénéficier une fois adultes des mêmes droits que les autres. Et peu importe si, soumis à ces discours stigmatisants, ils adoptent des conduites à risques, voire se suicident avant même d’atteindre l’âge d’adulte. Au nom des droits de l’enfant.

Ces enfants que leurs parents jetteront à la rue, n’ayant retenu de ces dernières semaines qu’une hiérarchisation des orientations sexuelles. Au nom des droits de l’enfant.

Ceux qui élevés, par des parents célibataires, ne cessent d’entendre que seuls, un papa et une maman, sont à même d’assurer l’équilibre d’un enfant. Au nom des droits de l’enfant.

Ceux à qui leurs parents adoptifs devront expliquer que, contrairement à ce qu’ils entendent à la télé, le lien qui les unit n’a pas moins de valeur qu’une filiation biologique. Au nom des droits de l’enfant.

Ceux qui nés d’une PMA avec don d’un tiers se voient renvoyé à la figure leur filiation non naturelle. Au nom des droits de l’enfant.

Dans un pays où des enfants sont encore placés en centre de rétention, où la police vient parfois arrêter des parents à la sortie des écoles, les raisons de se mobiliser en masse en faveur des droits des enfants ne manquent hélas pas.

Les manifestants du 13 janvier dernier se sont enorgueillis d’avoir organisé une des plus importantes mobilisations des trente dernières années en France. Au nom de l’égalité des enfants.

Combien, on aurait aimé, voir pareille mobilisation s’offusquer du mal-logement dont sont victimes nombre d’enfants. Se scandaliser que des enfants ne mangent pas tous les jours à leur faim. S’assurer que tous les enfants bénéficient d’un égal accès aux soins.

Combien on aimerait voir une telle marche s’organiser pour réclamer une redistribution des aides sociales plus favorable aux familles à revenus modestes.

Au nom de l’égalité des enfants, ces manifestants ne devraient-ils pas demander que davantage de moyens soient attribués en priorité aux écoles des quartiers défavorisés, exiger qu’on y redéploie les meilleurs professeurs ?

Des enfants dorment dans la rue mais ces grands défenseurs de l’égalité des enfants ont préféré marcher contre un projet de loi qui ne prive aucun enfant de ses droits et en sécurisera des milliers d’autres.

Alors non, ils ne défendent pas l’égalité des enfants, ce ne sont pas seulement des hypocrites mais des imposteurs.

L’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels ne modifie en rien les règles de filiation qui s’appliquent aux hétérosexuels.

En revanche, un homosexuel marié pourra adopter l’enfant de son conjoint. Comme peuvent le faire les hétérosexuels. Et d’autre part, les homosexuels qui ont d’ors et déjà le droit d’adopter en tant que célibataires pourront désormais le faire en tant que couple.

Dans certains cas : adoption plénière d’un enfant abandonné ou adoption par une des deux conjointes de l’enfant conçu par son épouse par une PMA avec donneur anonyme (pour les hétéros, le mari est automatiquement considéré comme le père), un enfant pourra donc, en droit avoir deux pères ou deux mères.

En fait, deux aspects du texte indisposent les adversaires du projet :
- la reconnaissance d’une filiation sociale différente de la filiation biologique, ce qui existe déjà dans les cas d’hétérosexuels adoptant ou faisant appel à la PMA (les plus radicaux des opposants refusent même toute filiation non biologique et souhaiteraient interdire aux hétéros comme aux homos l’adoption par des célibataires, l’adoption plénière ainsi que la PMA avec don anonyme).
- la reconnaissance de deux parents de même sexe.

Sur quelle base s’opposent-ils à cette reconnaissance ?

Par un mantra répété jusqu’à plus soif : le désormais fameux : un enfant a droit à un papa et une maman.
En réalité, ce n’est pas un droit, mais un fait. Et il ne s’agit pas d’un père et d’une mère, mais d’un géniteur et d’une génitrice.
Et s’agirait-il d’un droit, qu’ils nous expliquent donc comment ils entendraient alors le faire respecter ? Pensent-ils que l’Etat devrait envoyer la police pour imposer à toute personne (majoritairement des femmes, soit dit en passant) élevant seule un enfant de bien vouloir vivre avec une personne du sexe opposé ?

Comptent-ils par la force obliger les couples de même sexe qui élèvent des enfants à se séparer et à rentrer dans le chemin de l’hétérosexualité ? Peut nous chaut de leur bénédiction. Elle n’est pas nécessaire pour devenir parents. Nous ne leur reconnaissons aucune autorité à distinguer des familles légitimes par opposition à d’autres.

Quant à leur prétention à octroyer l’exclusive de l’universel au modèle de la famille biologique, encore une fois, elle éclaire sur le mépris qu’ils portent à tout ce qui leur est étranger. Il en aurait été ainsi, partout et de tout temps, nous disent-ils en niant sans vergogne toutes les sociétés à l’organisation matrilinéaire. Sans doute ne comptent-elles pas !

Il est ironique que les opposants à l’ouverture du mariage conçoivent l’universel et l’égalité comme autant de discriminations positives dont ils doivent être les seuls à bénéficier.

Ne reste plus que la conviction, quasi ontologique, que les hétérosexuels font de meilleurs parents que les homosexuels.

Rien ne vient étayer cette affirmation, toutes les études réalisées à ce jour montrent que les enfants élevés par des couples homosexuels ne se portent ni mieux ni plus mal que ceux élevés par des hétérosexuels. Nombre d’entre eux sont, par ailleurs adultes et peuvent également témoigner directement. Alors ne doutons pas un seul instant que si les opposants avaient trouvé des études prouvant le contraire, s’ils avaient trouvé une proportion significative d’enfants susceptibles de les aider à crier au loup, ils ne seraient pas privés de nous en faire part à grand renfort de publicité.

La seule chose dont souffrent ces enfants, c’est de l’homophobie, de l’insécurité juridique et des discriminations des couples homosexuels qui les privent de droits réservés aux enfants de couples hétérosexuels.

Et ça, les opposants sont clairs, ils ne veulent pas que ça change. Au nom de l’égalité des enfants !