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mardi 10 septembre 2019

À propos des auditions de ministres par la commission spéciale chargée d'examiner le projet de loi relatif à la bioéthique (9 septembre 2019)


Tout d'abord, avant d'aborder plus précisément les questions de filiation, il est à constater que malheureusement, aux questions posées par les députées FI, Danièle Obono et Caroline Fiat concernant le fait que le projet de loi bioéthique refuse sciemment d'aborder les questions de mutilation des enfants intersexes et les opérations non-consenties(Obono) ainsi que les questions de fin de vie (Fiat), 
dans les deux cas, le gouvernement, par la voix d'Agnès Buzyn, a balayé les questions avec la même méthode : 
affirmant que ces questions étaient sans rapport avec la bioéthique et que les dispositifs existants répondaient parfaitement aux situations et que s'ils ne le faisaient pas , c'est que ces dispositifs étaient relativement récents et mal connus.
En gros, ce fut, circulez et faites confiance au pouvoir médical.



Pour ce qui concerne l'accès à laPMA et les questions de filiation, l'audition peut se résumer ainsi :

- exclusion des hommes trans de l'accès à la PMA :
« Dans la vie civile, seule l’identité civile déclarée compte. Une personne née femme déclarée homme à l’état civil, même en ayant gardé son appareil reproducteur féminin, sera considérée comme un homme. Il n’aura pas accès à la PMA » Agnès Buzyn

En revanche si cet homme est en couple avec une femme, il y aura accès à condition que ce soit sa conjointe qui porte l'enfant.

Il s'agit là de protection de la filiation adossée à la vraisemblance biologique, c'est-à-dire de la représentation de l'hétérosexualité cis élevée en référence dans un système qui restera en dépit des ouvertures, hiérarchisé.

Il s'agit aussi de ne pas ébranler le modèle dans lequel, qui, accouche est femme et mère (Cf la GPA qui restera interdite et la méthode Ropa)

-Sur la méthode ROPA: « Pour le gouvernement il s’agit clairement d’un don dirigé d’ovocytes et cela contrevient donc à la loi qui nécessite le strict anonymat entre donneurs et receveurs »
=> il n'est pas question en fait de participer à démontrer que le lien entre accouchement et maternité n'est pas garant de filiation biologique
- exclusion de la « pluriparentalité »qualifié de « risque » par Nicole Belloubet reprenant les termes de Xavier Breton : « Je ne vois pas du tout comment on pourrait établir une triple filiation, au regard du Code civil, je pense que là, vous faites un écart par rapport au projet de loi qui, en rien, n’autorise plus de deux parents. »

=> le couple parental doit demeurer central « vous avez soit deux mères, soit un père et une mère, le reste n'est pas possible » (Belloubet )
ou dans tous les cas, l'apport masculin doit demeurer présent, que ce soit par son inscription directe dans la filiation, soit en garantissant que cette inscription duelle dans laquelle il figure demeure la référence.
Dans le cas de la filiation monoparentale ça ne pose pas problème car si la lignée paternelle n'est pas établie, la participation masculine demeure cependant réputée implicite.

Dans le cas de la filiation homoparentale, il s'agit donc de signifier d'une façon ou d'une autre un écart à la norme hétéro cispatriarcale. C'est pourquoi le gouvernement pour l'instant prend bien soin de garder des distinctions de procédures qui la préserve.

Ce qui mène au dernier point :

- modalités d'inscription de la filiation pour les couples de femmes :
Nicole Belloubet défend à la fois un acte qui « se rapproche du système mis en place pour les couples hétérosexuels » et « un mode d’établissement de la filiation tout à fait novateur puisque fondé sur l’intention partagée » 

Novateur, certes, mais pas au point de les appliquer à tous les modes de procréation. Ni de renoncer à distinguer entre hétérosexualité et homosexualité. Belloubet nous gratifiant au passage qu'elle prend acte qu'être un couple parental homo ou hétéro n'est pas semblable.

La procédure demeure floue, mais c'est le point sur lequel le gouvernement accorde une marge de manœuvre, qui lui permet de se dire à l'écoute et ouverte aux apports extérieurs, et sur lequel il devrait être possible d'obtenir encore des modifications. A condition d'exercer une pression politique dans ce sens.

D'autant qu'une partie des députés En Marche les réclame.

Néanmoins, à cette heure, les ministres ont multiplié les affirmations allant dans le sens de la distinction et assumé que le gouvernement avait fait le choix politique de se refuser à réformer en profondeur le rapport social à la filiation.

Buzyn ayant d'ailleurs dit clairement que si le gouvernement avait eu cette volonté de transformation, il aurait porté une loi famille et non pas inclus l'ouverture de l'accès à la PMA dans une loi bio-éthique.

La volonté est nette dès lors, de présenter cette ouverture, limitée, non comme une réforme sociétale mais comme une mesure technique d'ajustement à l'état de l'opinion en terme de contours éthiques.

Il est clair à partir de cette audition des ministres, que le gouvernement n'a pas envie d'aller plus loin dans la reconnaissance de l'intention comme fondant la filiation, ni de lui donner réelle équivalence avec la naturalité. La notion de projet parental s'arrêtant aux couples de lesbiennes.

En gros, si la PMA est ouverte aux couples de lesbiennes et aux femmes non-mariées c'est parce qu'il est considéré que ça n'interroge plus radicalement sur ce qu'est le rapport social de la filiation, pour le reste on attendra que les ajustements produisent mécaniquement sur le long terme des évolutions ou que la société le réclame de façon significative politiquement.


On peut écouter ces auditions des ministres sur le site de l'Assemblée nationale : http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/actualites-accueil-hub/bioethique-audition-d-agnes-buzyn-nicole-belloubet-et-frederique-vidal







mercredi 14 février 2018

Homophobie et auto-absolution politique













Alors que deux agressions lesbophobes1 et homophobes2, physiques, se sont produites ces derniers jours, il aura donc fallu que SOS homophobie s'émeuve3 du silence gouvernemental à ce sujet pour que le Premier ministre, Edouard Philippe4 et sa secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre hommes et femmes, Marlène Schiappa5, daignent réagir et condamner par tweet ces agressions.

Deux tweets tardifs donc, et fort peu spontanés.

Contrastant avec d'autres empressements quand on se place sur le plan de la sémiologie, un registre d'autant plus intéressant que le Président de la République et ce gouvernement n'ont eu de cesse d'afficher l'encadrement de leur communication en signe alpha de leur politique.

Un timing parlant, d'autant que si l'utilisation tweeter s'inscrit dans une forme d'économie de la rapidité, dès lors que cette dimension, on l'a vu, n'était pas recherchée, le tweet devient plutôt synonyme de service minimum en matière d'expression publique.

On pourrait objecter que les médias portent leur part de responsabilité dans cet état, pour peut-être n'avoir pas sollicité de réactions officielles. On sait nos ministres, cependant, aptes à saisir micros et caméras pour délivrer les actualités qui leur chantent et déchantent sans trop se préoccuper des questions initialement posées.

Et dans un cas comme dans l'autre, le thermomètre est révélateur des intérêts respectifs.

Une fois évacuée l'indolence manifeste n'y aurait-il pas matière à s'attarder sur ce que ces tweets arrachés trimbalent ?

Peut-on se contenter de les ranger dans les tiroirs des condamnations convenues et, obligées, littéralement ?

L'Etat ayant ainsi empli la fonction symbolique qui serait sienne de soutien aux victimes et de rappel de valeurs communes.

Mais s'en tenir au dont acte qui s'en suivrait ne serait-il pas alors participatif d'une politique qui n'est pas sans poser problème de confusion.

Car bien qu'acculé à réagir, l'Etat en fait poursuit une autre logique que la seule lutte contre l'homophobie et cette logique n'est pas nouvelle, ni même consubstantielle de la Présidence Macron.

Rien de cette lutte n'est venu spontanément des gouvernements de la République, tout au contraire, l'engagement ne s'est construit, pierre par pierre, que par l'action des activistes et associations de lutte contre les discriminations et contre le sida qui ont su imposer leurs combats et susciter des relais, des soutiens, des compréhensions. Voire des convergences.

Mais convergence ne signifie pas adhésion pour autant, encore moins semblable.
Contraindre l'Etat à agir, à prendre des responsabilités qui sont les siennes ne saurait faire oublier que deux légitimités s'affrontent ici qui ne se recouvrent pas et qu'au vu des rapports de force, s'en remettre à l'Etat en la matière ressemblerait furieusement à de la naïveté dangereuse. Car si l'Etat est acteur de la lutte contre l'homophobie, et nous nous sommes - et continuerons - assez battus pour qu'il en soit ainsi, comme pour accéder à nos droits et aux moyens sans lesquels ils ne sont que papier de chiffon, impossible de passer sous silence le fait que l'Etat est tout autant acteur de l'homophobie. Par ses institutions comme du fait des choix et actes de ses représentants.

Laissant perdurer des discriminations qui nous frappent, couvrant de culture patriarcale et de conservatisme idéologique des violences quotidiennes, qui pour n'être pas directement physiques n'en atteignent pas moins les corps et les vies.

Quand il n'organise pas lui-même ces violences par ses inactions, comme en n'assurant pas les actions de sensibilisation nécessaires ou les soumettant à un consensus d'autant plus introuvable qu'il n'a jamais donné les moyens d'y parvenir et que chacun de ses renoncements redonne force et vitalité aux oppositions.

Quand il délègue au libéralisme, à la possession et l'argent, la liberté d'être et renvoie les solidarités effectives aux familles, exposant les plus vulnérables aux violences y compris domestiques et patronales, à la dépendance et aux chantages ou encore au bon vouloir des bailleurs.

Quand il contraint des mères à passer par le mariage et l'adoption pour assurer la protection de leurs enfants, passe outre les condamnations internationales pour continuer à refuser de retranscrire des états civils et persister à blanchir des maltraitances juridiques ou médicales. Quand sa justice administrative décide qu'oeuvrer à améliorer la vie des homos et trans ne participe pas de l'intérêt communal.

Encore en nommant au gouvernement des ministres qui se sont illustrés par leur oppositions aux droits des homos et trans, ce qui à tout le moins envoie un message clair qu'il y a, pour paraphraser le premier ministre, place dans la République française pour certaines formes d'agressions homophobes, à condition qu'elles aient emprunté à une forme discursive policée plutôt que vulgaire ou qu'aux coups directement physiques.

En présentant l'accès universel à la PMA et les préjugés homo-lesbo-transphobes comme à débattre, faisant sans complexe des homos, trans et leurs enfants, les cibles d'un déchaînement de violence dont il ne méconnait pas les effets mais qu'il contribue à minimiser et même à favoriser quand il réserve l'emploi du terme « brutaliser »6 aux consciences des opposants auxquels il assure à répétition qu'ils seront écoutés.

Le « en même temps » étant ici abus de vulnérabilité. La PMA peut-être, d'ici la fin du quinquennat, nous dit sans dire complètement le président qui a fait de son « je fais ce que je dis » un style et prétendait pendant la campagne établir avec le pays une relation de clarté7.

Une prudence dans le choix des mots qui n'a donc rien d'anecdotique. Et qu'on retrouve constante autant chez le Macron candidat8 que président qui n'a jamais prononcé d'engagement ou de promesse préférant chaque fois se réfugier derrière des assertives ne se référant qu'à un avis favorable.

Et ce alors même que du point de vue du diagnostic, il avait été, là, à l'inverse très clair : « Le fait que la PMA ne soit pas ouverte aux couples de femmes et aux femmes seules est une discrimination intolérable. »9

Un intolérable avec lequel on nous appelle pourtant à composer sur une période qui menace de se transformer en jour sans fin et pour un résultat sans autre garantie que d'avoir offert encore une amplification médiatique aux évangélisateurs logorrhéiques de l'inégalité. Le candidat nous avait prévenu les questions éthiques « ne sont pas prioritaires sur le plan de l’action politique »10.

Les promesses n'engagent que ceux qui y croient dit l'adage politique, ici la foi reposerait sur moins encore.

Et en échange de cette carotte potentielle, nous devrions nous résoudre à ce que malveillance et bêtise se paient au prix fort par nombre d'entre nous.  « Il faut savoir entendre, laisser place au dissensus et non l'écraser »11 Joli renversement car jusqu'à nouvel ordre, ce ne sont ni les hiérarques de l'Eglise catholique, ni ceux de la Manif pour tous qui se font recoudre aux urgences ou harceler jusqu'au fond de nos campagnes.

Si nous ne souhaitons pas voir nos vies se transformer en un interminable exercice de rappel sur chemin de croix, nous ne saurions laisser loisir et prétention à l'Etat de se positionner en celui qui définirait le périmètre de l'homophobie et de ce qui n'en est pas, pas plus que de décider de qui en sont les acteurs ou les combattants.

Rappelons-nous qu'il est très différent d'exercer une vigilance extrême quant à la réalité des actions menées, d'exiger de l'Etat qu'il assume les responsabilités qui lui incombent ou de lui permettre d'outrepasser ses prérogatives.

Au-delà de notre propre expérience, l'exemple de la lutte antiraciste doit également nous alerter sur la tentation des gouvernements de cantonner la protection des minorités à des mesures ponctuelles, partielles et morales. De renvoyer sur des responsabilités individuelles de méchants pas beaux, ce qui relève à minima aussi de discriminations systémiques.

Bref de taper sur les doigts de ceux qui rayent la carrosserie mais sans jamais se préoccuper du moteur.

Il est d'actualité de nous faire passer pour moderne, une pseudo-dépolitisation des luttes sociales. De prétendre que l'efficacité s'incarnerait dans la technicité.

D'attribuer les échecs et lacunes des politiques menées non à des choix politiques mais à une politisation excessive.

Ainsi il serait de bon ton de faire passer la neutralité partisane exigée des grands commis de l'Etat pour la preuve de la neutralité politique des actions qu'ils sont chargés de mettre en œuvre mais c'est effacer à bon compte d'une part que les nominations, affectations et carrières de ces hauts fonctionnaires dépendent des choix des politiques, donc de choix idéologiques.

D'autre part que précisément, s'ils sont censés mettre de côté leurs convictions personnelles, c'est bien parce que ce sont des choix qu'ils ont à traduire en acte et que ces choix relèvent non de l'administration mais du politique.

Transformer les hauts fonctionnaires en VRP d'une gestion libérale de l'Etat, chaque jour plus proches des cadres d'entreprises n'a rien de neutre. Il ne s'agit de rien de moins que d'habiller les ingénieurs du libéralisme de costume d'experts pour accréditer une absence d'alternative.

L'opérationnel et le pragmatique, saupoudrés d'une dose de management prétendument participatif, visent là tout autant à répondre à des situations concrètes qu'à décorer d'un vernis progressif l'assurance que la distribution de sparadraps ne puisse en venir à déstabiliser une architecture globale dont en réalité on ne souhaite pas modifier la structure pyramidale.

Demander notre dû ne doit donc pas nous faire perdre de vue que c'est la nature même, systémique, de la domination et des oppressions, que nous avons à combattre.

Et dans ce domaine, les experts, ne sont pas dans les préfectures et administrations, encore moins à la DILCRAH12.

Si on revient aux tweets de Philippe et Schiappa, on voit bien cependant combien nos responsables politiques souhaitent nous l'imposer en référent central.

Mais s'il est de leur intérêt d'abriter le politique derrière le fonctionnaire pour masquer leurs choix et insuffisances au prétexte de technicité, il n'est pas du nôtre d'accepter cette invisibilisation volontaire du politique, ni de laisser installer en expertise et porte-parole de la lutte contre l'homophobie un point de vue univoque et extérieur aux premier.e.s concerné.s.

Il n'y a pas à la DILCRAH de volonté de lutter contre les discriminations racistes, homophobes, lesbophobes en ce qu'elles font système.

On s'y focalise sur le combat contre la haine et les préjugés, sur les symptômes plutôt que les causes profondes, tout en veillant scrupuleusement à épargner à l'universalisme républicain analyse et remise en cause de fond de ses logiques structurelles discriminantes.

(subsidaire : le préjugé est donc une manifestation culturelle et morale imposée par le milieu, la culture et l'éducation, tout domaine dans lequel l'Etat, les institutions et la politique n'auraient que des responsabilités extérieures. Leurs interventions ne sauraient se mesurer qu'en positif tandis que pour rien, jamais, dans leur construction problématique !)

Son responsable ne le dissimule même pas, il suffit de lire l'interview qu'il donnée il y a quelques jours à Libération13.

Parlant de la délégation comme d'une «start-up dans l’appareil d’Etat», il renvoie les discriminations individuelles au défenseur des droits, les discriminations systémiques à l'invention de solutions ultérieures. Et y assume sans complexe de ne pas avoir à écouter ni agir pour celles et ceux avec lesquels il a un désaccord de fond.

Le tri des interlocuteurs et des bonnes victimes est chose assez banale, pratiquée de tout temps par les gouvernants. De la même façon que des structures et des militants peuvent estimer que le dialogue avec des institutions est peine perdue.

Le 12 février, Act Up-Paris, en dépit de sa demande d'en être n'avait pas, par exemple, été conviée par Marlène Schiappa et la Dilcrah à leur réunion de « réseaux engagés pour une politique de lutte contre la haine anti #LGBT » consécutives aux agressions.14
Mais c'est loin d'être la première fois que l'association est écartée de consultations présentées comme représentatives.

Dans le contexte d'exacerbation de la lesbophobie, il y aurait aussi pertinence à s'interroger sur la représentation des lesbiennes à cette réunion et se demander comme le fait la militante Alice Coffin15lesquelles de leurs associations avaient été pressenties pour participer.

Mais Frédéric Potier, le responsable de la Dilcrah, dans son entreprise de confrontation idéologique a franchi dans l'entretien accordé à Libé une étape supplémentaire, quand pour récuser l'emploi du mot «racisé», il prétend être qualifié pour déterminer ce qui correspond « à la réalité de ce que vivent les victimes concrètes » pour lesquelles il « cherche à mettre en place des financements de projets, de la formation, des évolutions de la loi, etc. »

Ce qui revient ni plus ni moins, au motif de son désaccord à propos de ce qu'il analyse comme une approche « théorique, sociologique, conceptuelle » à trier entre les victimes des discriminations (et leur nier cette qualité) pour lesquelles, au nom de la dite universelle République dont il est préfet, il a été nommé en mission de service public.

Choix des concepts idéologiques, définition des victimes, préconisation des évolutions de la loi, mais apolitisme et technicité nous chante-t-on.

On ne s'étonnera guère dès lors que notre expert ès victimes auto-proclamé restreigne la mission de la Dilcrah aux combats contre les préjugés et à la protection de l'universalisme.

Sous pression des associations, nos gouvernements consentent à lâcher quelques gestes et subsides mais à condition :

- de s'en tenir à condamner (sans empressement débridé, on l'a vu) les agressions de base, celles qui ont si bien intégré l'idéologie de la hiérarchisation qu'elles y ont lu autorisation

- qu'il ne soit pas question en revanche de s'attaquer à ceux qui la pratiquent industriellement et médiatiquement et encore moins au système qui bourre les crânes de mépris décomplexé, de colère et frustration explosives et légitime les discriminations

- que ce soit en même temps l'opportunité de travailler non à réformer ce système mais à l'absoudre et traquer tout ce qui contredit le mythe que domination et discrimination ne sauraient lui être autre qu'étrangères.


Le communiqué commun post-agressions & réception du Secrétariat d’État chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes et du DILCRAH16 n'annonce évidemment ni mesure qui n'ait été déjà connue, ni changement d'envergure dans les politiques menées et dédouanées sans scrupules de toute responsabilité dans le regain de lesbo-homo-transphobie en cours.

« La haine et les discriminations anti-LGBT n’ont pas leur place dans la République » nous répète-t-on.

Que cela advienne !

En attendant ces extériorité et auto-absolution gouvernementale ne sont que fables. A nous de n'être ni crédules ni caution ou attachés de presse de politiques et communications qui blanchissent institutions et élus.

Parce que, rappelez-vous, l'homme aujourd'hui à la tête de l'Etat en avait débusqué au moins une, qui pour l'instant, y a toute sa place au chaud dans la République :

« Le fait que la PMA ne soit pas ouverte aux couples de femmes et aux femmes seules est une discrimination intolérable. » Emmanuel Macron.




on notera qu'Emmanuel Macron, interpellé lui aussi, n'a rien exprimé
Par la suite la secrétaire d'Etat a également ajouté à ce tweet la réception dans ses bureaux d'une sélection d'associations
12Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH)

jeudi 28 avril 2016

PMA : J’voudrais bien mais j’peux point

 

« Les personnes LGBT ne sont pas des pigeons que l’on peut appâter tous les cinq ans, une promesse à la fois »[1] a réaffirmé l’Inter-LGBT en réaction aux propos de Laurence Rossignol sur LCP mercredi 20 avril. La ministre y estimait que « la gauche s'engagerait pendant la campagne présidentielle de 2017, à ouvrir l'accès à la Procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules ».[2]

Chiche ! donnons crédit à cette affirmation de l’Inter-LGBT de sa volonté prédictive (plus que descriptive comme le reconnaissait lui-même un des porte-parole de l’inter associative sur les réseaux sociaux).

La Marche des Fiertés de juillet prochain à Paris, qui rappelons-le sera la dernière de ce quinquennat, devrait nous en apprendre plus sur l’étendue de cette volonté de se dissocier de la communication gouvernementale.

Elle sera l’une des dernières occasions, de signifier collectivement et massivement au parti majoritaire qu’il ne pourra s’abriter derrière un mariage incomplet, inégalitaire et dont pour profiter, il est préférable de ne pas être trop en situation de vulnérabilité, pour prétendre afficher un bilan positif.

Il reste un an.

Mais à l’heure actuelle, il serait indécent de permettre aux représentants du parti socialiste de parader à la tête de nos mobilisations.

Car dans la balance, il y a des choix délibérés, tranchés alors même que tous les leviers du pouvoir étaient à disposition :

- l’absence d’une politique de fond contre les LGBT-phobies,
- les personnes trans laissées à l’arbitraire des tribunaux pour l’obtention de papiers conformes à leur genre. Tribunaux qui vont jusqu’à exiger opérations et stérilisation comme conditions de la modification de la mention du sexe sur les registres de l'état civil.
- la restriction de l’accès à la PMA. Et une obligation de mariage pour les lesbiennes pour pouvoir adopter leurs propres enfants et se voir garantir leurs droits et devoirs parentaux.
- Le refus de prendre des mesures pour protéger les enfants intersexes des opérations chirurgicales et mutilations génitales non consenties et médicalement inutiles



Dans ce contexte à quoi riment les propos de Laurence Rossignol ?

Bien sûr, il y a cette dernière Pride pré-présidentielle qui se profile et même, ce gouvernement qui ne voit rien, n’entend rien et ne fait rien de ce que sa gauche en attend, ne peut totalement ignorer que ça grogne y compris chez les LGBT.

Alors, certes il serait préférable de s’épargner une série de Marches à charge et des responsables chahutés, conspués, voire boutés hors des cortèges.

Le scénario socialiste idéal est connu. Aux socialistes, le rôle de l’adulte, responsable et raisonnable. Au mouvement gay, celui du pupille docile, exprimant sa gratitude au seul tuteur acceptant de le prendre sous son aile protectrice.

Mais, au fond, pour les scénaristes du pouvoir, notre observance de ce rôle taillé par avance n’est pas primordiale, tant ils orchestrent déjà, avec la complicité des classes privilégiées, la variante destinée à contrer toute critique venue de gauche, qui range les récalcitrants dans la catégorie des enfants gâtés, aux exigences renvoyées au caprice et prétendument contradictoires avec les responsabilités du réel.

Car il ne faut pas se leurrer, le message de la ministre ne nous est pas principalement destiné.

On peut d’ailleurs observer une redoutable cohérence dans la communication des gouvernements de François Hollande autour de la PMA.

Alors que la réforme a été enterrée, elle ne cesse d’être remise dans l’actualité par ceux-là mêmes qui l’ont renvoyé aux calendes.

Ainsi, rien que ces dernières semaines, Laurence Rossignol s’était déjà exprimée à ce propos à la suite du récent remaniement ministériel le 12 février sur BFM[3], et avait réitéré le 16 février dans Libération[4] « Ces sujets doivent être traités par une société apaisée. Je travaille à l’apaiser ».

Si vraiment la PMA n’avait été abandonnée qu’en raison de la violence de la réaction à la loi  Mariage pour tous, pourquoi passer son temps à la remettre sur la table, sans en parallèle travailler l’opinion à son bien-fondé ?



Depuis le début du quinquennat, les questions gaies n’ont été traitées que comme marqueur de différenciation entre la droite et la gauche, avec une volonté maintes fois réitérée d’incarner une position centriste modérée, jugée la plus susceptible de mettre en difficulté la droite tempérée.
Il s’agissait moins de transformer la société, que de se présenter comme seul à même d’enregistrer les évolutions de la société et de les traduire en terme juridiques et légaux. Ni plus, ni moins. Là s’arrête le projet de transformation sociale des gouvernements Hollande.

A aucun moment, il n’a été question d’entraîner le pays dans une voie de réflexion (encore moins de remise en cause) sur la nature structurelle des inégalités qu’elles soient sociétales ou économiques.

On se leurre à penser que le président serait intéressé par une étiquette de rénovateur, affubler un conservatisme consensuel d’un léger vernis de modernisation qui suffit à lui permettre de se renouveler et prospérer lui convient très bien.

François Hollande n’est pas très éloigné de ses prédécesseurs. Certes, il est bien moins brillant qu’un François Mitterrand se campant en pacificateur d’une France unie en 1988, après avoir conspué les clans et les factions et se rapproche plus du spectre Jospinien de 2002 dont le projet n’était pas socialiste.

Néanmoins le positionnement en réalité n’a pas beaucoup changé, et les ambitions à venir sont d’ors et déjà claires. Jean Marc Ayrault, dimanche dernier, au soir de la victoire dans la législative partielle de Karine Daniel, candidate PS dans la 3ème circonscription de Loire Atlantique, nous en a redonné, pour ceux qui n’auraient pas saisi, le refrain : « Je crois que c’est la responsabilité de ceux qui sont élus, ou pas élus d’ailleurs, de faire leur travail de façon exemplaire sans se disperser dans des querelles secondaires (...). C’est comme ça que nous retrouverons le chemin de la confiance »[5]. Entendez plutôt le chemin de l’Elysée.

Hé ho, entonne-t-on, ailleurs ! pour nous convaincre, qu’il n’y a de progressisme que différentiel. Ce slogan de dessin animé n’est pas sans rappeler les campagnes du milieu des années 80, et notamment le « dis-moi jolie droite, pourquoi as tu de si grandes dents » qui s’était inspiré de l’imaginaire des cartoons. « Au secours la droite revient » avait-on crié au loup, en ces années-là.



On semble avoir oublié au PS que ces campagnes avaient débouché sur une défaite aux législatives …

Qu’importe, c’est au nom de ce seul argument «le PS ou la droite » qu’on essaie de nous enfermer dans une alternative irrecevable : accepter de reléguer nos droits élémentaires dans la catégorie accessoire, ou se voir réduit à occuper dans la balance tactique du PS, la plateau opposé de LMPT et des réacs, dans une symétrie immonde qui n’a pour but que de construire une prétendue médiane.

Nous ne sommes « pas des pigeons que l’on peut appâter tous les 5 ans une promesse à la fois ». Mais, quelle autre promesse nous fait le PS que celle d’avoir à choisir entre deux droites ? Bien malin, qui sait qui avalera quel appât.



Le PS veut le beurre et l’argent du beurre, séduire un centre élargi et rallier sans condition les électeurs de gauche.

Sortir de ce piège implique d’un point de vue communautaire de nous adresser, au-delà de nos cercles militants et des politiques, à l’opinion publique que nous devons convaincre que ces clés de lecture de nos revendications sont fausses.

Le mariage a été défendu comme une fin en soi, une forme d’aboutissement de l’égalité. Il n’est donc guère étonnant qu’il soit désormais affiché comme tel dans le bilan quinquennal. C’est cet axiome même que nous devons récuser.

Sans diminuer l’intérêt de cette ouverture, c’est à nous de démontrer qu’elle ne peut véritablement prendre sens qu’inscrite dans un mouvement général de la société vers l’égalité, et non si elle doit signifier l’enterrement d’une telle dynamique.

A nous de manifester que nos revendications s’inscrivent dans une interrogation globale des systèmes de domination et de porter une remise en question de l’inégalité républicaine objective et structurelle qui dépasse nos seuls intérêts.

Aujourd’hui, nous sommes à l’envers. Nous sommes perçus comme approuvant une normativité majoritaire dont nous ne demanderions que des ajustements qui nous bénéficieraient spécifiquement, quand c’est de tout l’inverse que nous devrions nous faire les relais : à partir de nos spécificités pointer la normative institutionnalisation des discriminations.

Pour ma part, je demeure persuadée que c’est en travaillant à une autonomie réaffirmée et à la mise en valeur de l’originalité de nos points de vue que se trouvent les solutions. Encore faut-il pour cela, se tourner vers nos propres ressources plutôt que de nous en remettre prioritairement aux bienveillance et volonté supposées d’experts et acteurs extérieurs.

Si nous en revenons à la PMA, cessons de brandir des sigles désincarnés qui ne suscitent aucune empathie, acceptons de dire haut et fort que nous voulons une refonte générale de la filiation, cessons de laisser les politiques se cacher derrière des prétendues peurs et confrontons-les au fait « qu’ils ont juste une vision rétrograde de la filiation ou du devenir parent ».[6]
Multiplions les témoignages concrets des effets de leurs lois comme le font les Enfants d’arc-en-ciel, valorisons nos propres experts[7] et le savoir-faire de nos militants sur le terrain.
Ne nous réfugions pas derrière des ultimatums et des menaces électorales aléatoires, mais assumons nos positions. Oui, le mariage est une avancée. Non, il n’est pas l’égalité. Et non il ne tient pas lieu de politique contre l’homophobie et la transphobie.

Si le mariage et les systèmes de parenté représentaient la fin du politique, la solution absolue et définitive aux discriminations et à la domination, l’alpha et l’oméga de l’organisation sociale, les hétéros s’en seraient aperçus, non ?

Alors, osons dire qu’il n’y aura pas de politique de gauche sans droits pour les minorités. Toutes les minorités.

Confrontés à une société qui organise la précarité et se replie sur l’autoritarisme, sur la désignation de boucs émissaires et le racisme institutionnalisé, il est plus que temps de réaffirmer que nous n’en serons ni l’alibi, ni les faire-valoir.

jeudi 16 octobre 2014

Gouines, pédés : nous avons rendez-vous à l’Existrans !




Confrontés à la violence que représentaient la dernière parade de La Manif pour tous et l’écho complaisant que lui lui ont offert (et continuent de lui offrir) les médias, nombre d’homos se sont interrogés les dernières semaines sur la façon d’y répliquer. Comment exprimer le refus de baisser la tête ? Comment faire entendre la brutalité de la récusation de la légitimité de nos existences qui prétend se dissimuler sous des atours policés ?

Nous avons été quelques-uns à émettre une espérance. Celle d’une implication collective à donner une dimension visible et conséquente à la 18ème marche de l’Existrans programmée pour ce 18 octobre.

Cependant ne nous y trompons pas, cet appel relayé de voix en voix, par des militants, dans nos média et nos associations ne saurait se réduire à une simple opportunité de calendrier.

De cette marche, nous devons faire un tournant. Attester concrètement de notre mobilisation pour les plus vulnérables d’entre nous au sein de la communauté mouvante que nous prétendons constituer.

Il est question là de notre capacité à discerner les urgences, tout en continuant à nous battre sur de nombreux fronts et temporalités. Il est aussi question de nous relever et de joindre nos forces dans une contre-attaque régénérante.

A mon sens, si nous devions définir collectivement une priorité, la question de l’accès au changement d’état civil libre et gratuit, devrait s’imposer sans aucune hésitation, tant les conséquences de ses modalités de contrôle qu’elles soient judiciaires, médicales, économiques ou sociales sont immédiatement mortifères.

Nous devons nous donner les moyens de notre opposition commune à une violence structurelle et cela passe par une démonstration visible.

Et s’il faut préciser les enjeux de cette marche en tant que spécifiquement pédé ou gouine, il faut le dire clairement cette manifestation est nôtre.

Non pas qu’il faudrait la capter à notre profit, y inscrire nos revendications propres, y brandir notre visibilité, ce qui reviendrait à précisément effacer celle que les trans et Intersexes, en dépit d’obstacles innombrables (et parfois même posés par nous, pédés et gouines) tendent par leurs engagements à construire et faire vivre.

Samedi, nous devons faire nombre. Nous comporter comme des renforts acceptant de se placer sous une bannière que nous n’avons pas à écrire. Commençons par reconnaître que les trans et les intersexes sont en première ligne, plus exposés encore que nous ne le sommes, à la violence et aux discriminations. Notre seul mot d’ordre doit être le soutien. Notre apport, l’amplification d’une légitimité autonome du mouvement trans et Intersexe.

Pourtant, les raisons que nous avons à nous impliquer dépassent la seule solidarité. Tout simplement parce que dans les combats que livrent les trans et les Intersexes, ce sont également nos conditions de vie qui se jouent.

Ceux et celles qui pensent n’êtres pas directement intéressés dans cette lutte, ou seulement de loin, se leurrent.

Les freins, les refus, directs ou dilatoires - y compris ceux qui se veulent emprunts de bienveillance - de faire droit aux revendications des trans et des Intersexes s’inscrivent dans une résistance à l’autonomie de la personne dans son autodétermination. Il est ainsi frappant de constater combien, même chez ceux qui se présentent comme nos alliés et prétendent incarner le progressisme face aux renoncements du Parti socialiste, perdure en réalité une lecture normative des problématiques qui les empêche d’aller au bout de la remise en question des mécanismes structurels qui produisent les discriminations.

Les résistances à la volonté de desserrer l’étau des prédéfinitions imposées et rigides de ce que doivent être un homme et une femme (et nécessairement l’un ou l’autre) sont innombrables et multiformes. Il y a encore loin de la réalisation du célèbre slogan féministe « mon corps, mon choix ».

Savoir si nous voulons une société qui enferme dans des carcans qui préexistent à nos parcours, à nos vies et à ce que nous choisissons d’en faire est affaire commune. Une société qui favorise l’imagination, se nourrit des expressions singulières et les respecte ou s’arqueboute sur un modèle qui se prétend immuable et universel et dans la réalité viole jusqu’à nos corps et nos esprits.



samedi 18 octobre 2014, 18ème Existrans,
la marche des personnes trans et intersexes
et des personnes qui les soutiennent,
au départ de Stalingrad à 14 h
http://existrans.org/