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vendredi 3 octobre 2014

GPA : un Premier ministre contre le droit




Manuel Valls prétend qu’il serait incohérent de reconnaître à des parents leur autorité, pire même il prétend leur refuser cette qualité de parent au prétexte de la prohibition sur le sol français de la technique de procréation qu’ils ont utilisée pour mettre au monde leurs enfants. Ce refus, il le justifie au nom du rôle des parents « responsables de l’éducation des enfants, c’est-à-dire chargés de la transmission de nos droits et de nos devoirs. »[1]

Ainsi, le fait de contourner la loi française les disqualifierait dans leur qualité parentale. Si on s’en tient à cette logique, toute infraction à la loi devrait produire les mêmes effets et tout parent ayant commis une infraction ou un délit devrait être aussitôt déchu de ses droits parentaux puisqu’il ne serait plus en état de jouer son rôle de modèle et de transmettre les valeurs du respect de la loi.

Le Premier ministre nous assure penser à la protection des enfants nés par GPA, protection qui  passerait par une mesure de substitution à l’autorité parentale.
En bref, pour les protéger, commençons par déconsidérer leurs parents et les déchoir de leur autorité. Des parents dont même Manuel Valls reconnaît qu’ils le sont (parents) quand, pas à une contradiction près, il déclare que ces enfants ont bien une filiation tout à fait légale : « Ils ont une filiation et une identité, mais établies à l’étranger ».

Alors ces parents maltraitent-ils leurs enfants ? Ce qui est somme toute la seule question qui devrait s’imposer en matière de droits parentaux ; non, seul le mode de conception qui a présidé à leur naissance est en cause. Mais cette question a-t-elle vraiment à être posée là ? Dîtes-nous comment vous avez conçu vos enfants ? De la réponse à cette question dépend que nous permettions ou non à vos enfants de bénéficier de leurs liens de filiation et des droits qui les accompagnent !

 Et puisque Manuel Valls entend faire du respect du droit le critère d’accessibilité à nos responsabilités et devoirs, appliquons cette logique Vallsienne à ses propres déclarations.

Le 26 juin dernier, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la France pour son refus de retranscrire leur filiation à des enfants nés d’une gestation pour autrui. La France avait jusqu’au 26 septembre, pour faire appel de cette décision (qui ne remet en rien en cause l’interdiction de la GPA par la France) et elle ne l’a pas fait. L'arrêt de la CEDH est donc devenu définitif.

Pourtant Manuel Valls affirme que « le gouvernement exclut totalement d’autoriser la transcription automatique des actes étrangers ». Si cette affirmation conduit la France à refuser à nouveau à des enfants nés à l’étranger cette transcription de leur état civil, elle s’expose à de nouvelles condamnations.

Alors paraphrasons un peu Manuel Valls, j’ajoute qu’il est incohérent de désigner comme Premier ministre une personne qui contourne clairement le droit … tout en affirmant qu’il est responsable des plus hautes obligations de l’Etat, c’est-à-dire chargé de la transmission de nos droits et de nos devoirs.

mercredi 16 juillet 2014

GPA : Cachez ces enfants qu’on ne saurait voir





Dans une lettre ouverte[1], publiée dans Libération le 13 juillet dernier, et adressée à François Hollande, un aréopage de personnalités s’offusque que la Cour européenne des droits de l’homme ait condamné la France pour son refus de retranscrire leur filiation, y compris paternelle (au demeurant biologiquement avérée) à des enfants nés d’une gestation pour autrui[2].

Une situation qui privait de ce fait ces enfants de leurs droits élémentaires à bénéficier de leur état civil et de leur nationalité, les transformant en sans-papiers dans leur propre pays.

Pourtant loin de se réjouir de la réintégration de ces enfants dans leurs droits, ces personnalités demandent à François Hollande de s’opposer à cette décision.

Concédant à reculons qu’il serait « concevable de trouver des solutions techniques pour améliorer la situation juridique des enfants présents sur le sol français sans succomber à ce qui est un triomphe de l’industrie de l’enfantement sur commande, et sans que cela leur coûte le statut d’être humain par la reconnaissance de l’efficacité du contrat de mère porteuse qui les a désignés comme une chose. »

Selon les auteurs de cette lettre donc, permettre à un enfant de bénéficier des protections légales auxquelles il a droit le transformerait en chose, tandis que lui concéder un statut juridique de seconde zone et dérogatoire (dont on ne sait d’ailleurs pas très bien ce qu’il pourrait être) ne bafoue en rien son statut d’être humain.

En outre, en admettant même que l’on veuille suivre les auteurs de cette tribune sur la voie de l’assimilation pure et simple des pratiques de gestation pour autrui à un commerce, il est assez déconcertant de lire sous la plume de certains parlementaires que ce serait l’encadrement juridique qui réifierait et non la pratique elle-même (opinion que je ne partage pas) ou son organisation sauvage.

Cette tribune n’a de cesse d’emprunter au vocabulaire commercial pour mieux asséner son point de vue et il y a quelque chose d’indécent quelle que soit son opinion quant à la GPA d’en arriver à prétendre que des individus qui recourent à ce mode de conception ne seraient préoccupés que de faire valider la pratique plutôt que par la protection de leurs enfants.

Assimiler ces parents à des consommateurs de pizzas livrées à domicile est injurieux, pour ces parents comme pour leurs enfants. Et à lire cette tribune, on peut se demander qui transforme ces enfants en chose ? Est-ce ceux qui les ont voulus ? Ou ceux qui leur affirment que leur mode de conception les exclut de l’humanité ?

La gestation pour autrui interroge. Et c’est heureux. La pratique existe et se développe. Et force est de reconnaître que les réponses apportées par la France sont insatisfaisantes et n’empêchent en rien les risques d’exploitation de femmes en situation de vulnérabilité.

Mais plutôt que nous appeler collectivement à la réflexion, nous préférons adopter une position prétendument morale de condamnation. Les auteurs de la tribune prétendent que la reconnaissance des enfants ouvrira la voie à une discrimination par l’argent entre ceux qui pourront se payer une GPA et les autres qui subiront l’interdiction. Mais dans quelle tour d’ivoire vivent-ils ? C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui. Et les enfants n’ont pas à en payer le prix.

Loin de mettre un terme à la commercialisation, l’interdiction la favorise. Et génère des pratiques douteuses, des organisations plus ou moins mafieuses, du trafic. A défaut d’encadrement légal, l’argent devient même le principal vecteur structurant de ces pratiques.

Il n’est jamais bon que le droit ignore la réalité - cela ne fait pas disparaître les problèmes. Ne serait-il pas de notre responsabilité de trouver des solutions dont d’autres ne s’encombrent pas ?

Mais nous préférons nous donner bonne conscience en interdisant la GPA sur notre territoire. Oups, par un tour de passe-passe, nous sommes les bons. La GPA, c’est pas chez nous.

Et pour cause, nous l’avons délocalisée !

vendredi 1 février 2013

GPA, publication de la circulaire Taubira : bourde ou coup tactique ?




La publication de cette circulaire au moment où le Projet de loi sur le mariage pour tous arrive à l’Assemblée Nationale relève-t-elle vraiment de la bourde ou du coup de billard à trois bandes ?

En termes politiques, l’annonce de cette publication a eu trois effets immédiats :

1 : Véritable chiffon rouge agité devant les députés UMP, ils se sont aussitôt rués dans la porte ouverte, sans se demander un seul instant si elle ne leur avait pas, après tout, été très opportunément désignée.

On peut bien s’agacer à l’Elysée, l’exécutif protester d’un télescopage malencontreux, Christiane Taubira paraître acculée à se défendre, le résultat est là : l’opposition au mariage pour tous en passerait presque au second plan. Les leaders de la droite n’en ont qu’après la légalisation de la GPA, c’est-à-dire un projet qui n’existe pas.

La gauche peut même ironiser, les députés de l’opposition manqueraient-ils à ce point d’arguments contre le mariage pour préférer s’acharner sur un projet fantôme ?

Autre élément à charge contre les députés de l’opposition, il est aisé de leur opposer leur mauvaise foi quand ils dénoncent une circulaire adoptée en catimini alors que, le 16 janvier dernier en commission des Lois à l’Assemblée nationale, la garde des Sceaux leur a annoncé que la dite circulaire était prête. Pas de cris d’orfraie, l’ambiance était courtoise, et aucun des 38 députés de l’opposition présents ne s’est indigné à cette annonce (Compte-rendu : http://www.assemblee-nationale.fr/14/cr-cloi/12-13/c1213031.asp#P7_349).

Ils peuvent feindre de la découvrir aujourd’hui mais les débats du 16 étaient filmés et ont été diffusés.

2 : En attirant les attaques des députés de droite sur la GPA, cette circulaire permet d’éviter qu’ils se concentrent sur la PMA qui était leur cible initiale.

Car la stratégie de la droite était connue, semer le doute sur le contenu réel du texte sur le mariage, crier aux intentions cachées, dénoncer l’engrenage inévitable et funeste. Dans ce schéma, la PMA devait jouer le rôle de l’épouvantail.

Bien que tout aussi absente du texte, la PMA est néanmoins défendue par un grand nombre de députés socialistes, aussi bien que par leurs alliés du Front de Gauche et des Verts. Le gouvernement a dû s’employer pour en repousser la discussion au Projet de loi sur la Famille qui devrait être présenté au Conseil des Ministres en mars 2013.

Repousser les questions à son propos sans se laisser entraîner dans les débats est donc autrement plus délicat à gérer. Aussi bien sur le fond qu’en termes de durée des débats. L’exécutif en se préservant de toute entrée prématurée dans cette discussion s’assure de présenter une majorité gouvernementale large et unie. Sans faille.

3 : Enfin on notera un troisième effet de la publication de cette circulaire, peut-être passé inaperçu, un effet cette fois interne au PS.

En faisant semblant de croire que le Parti Socialiste voulait favoriser la légalisation de la GPA, la droite a permis au gouvernement mais aussi à la majorité du PS de réaffirmer avec force son opposition à toute levée de l’interdiction et ce, avant même le débat de mars sur la famille.

Les prises de position des ministres qui se sont succédées ces dernières heures ont en quelque sorte engagé officiellement le gouvernement, au moins pour la durée de la mandature. Un engagement appuyé, réitéré à de nombreuses reprises dans l’hémicycle par des orateurs de la majorité répondant aux attaques de la droite.

Or, si les socialistes sont unanimes à condamner la marchandisation du corps des femmes, ils ne sont pas tous d’accord sur la meilleure façon de la combattre. Depuis quelques années, des voix s’élèvent pour réclamer un débat et prônent une légalisation encadrée, jugée plus efficace qu’une interdiction qui délocalise les pratiques mais ne les empêche pas, voire favorise les trafics.

Hier (mercredi 30 janvier 2013), soucieux de ne pas nuire au texte discuté, et parce que cette question n’avait pas lieu d’être posée dans ce cadre, refusant d’être instrumentalisés par une droite qui ne souhaitait pas le débat mais enfumer la discussion, les députés qui défendent cette opinion ont préféré ne pas aborder le sujet. A l’exception de Patrick Bloche qui, interpellé nominalement sur sa position, a répondu qu’il l’assumait, tout en rappelant qu’elle était minoritaire au PS et qu’il ne l’évoquerait pas dans la discussion générale, car étrangère au débat du jour.

D’une certaine façon, on peut penser que la droite a, de son point de vue, atteint hier, un de ses objectifs (même si ce n’était pas celui qu’elle visait) : elle a permis à la majorité du PS, opposée comme elle à tout aménagement de l’interdiction de la GPA de verrouiller le débat sur cette question avant même qu’il ait été lancé.


Mais au fait que contient cette circulaire ? Un rappel de la loi !

Adressée aux procureurs généraux près les cours d’appel, au procureur près le tribunal supérieur d’appel, aux procureurs de la République et aux greffiers en chef des tribunaux d’instance,

elle rappelle simplement la loi :
- Un enfant est français si l’un de ses parents est français.

Par conséquent, le fait qu’un enfant soit conçu par GPA ne peut suffire à lui refuser la délivrance d’un certificat de nationalité française dès lors qu’il est prouvé que l’un de ses parents est français.

Que ne contient-elle pas ?

La circulaire ne concerne pas la transcription des actes d’état civil étrangers sur le registre d’état civil français.

Elle ne dit rien de la filiation par GPA qui demeure non établie.

Elle n’autorise pas la GPA qui reste interdite.


Dernière minute :
Ni Putes ni Soumises demande le retrait de la circulaire car elle « laisse place à ce marché, honteux des ventres à louer ».

En fait, Ni Putes ni Soumises demande au Ministère de la Justice 
de violer la loi 
et de faire de ces enfants, français, des sans papiers dans leur propre pays.