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jeudi 28 avril 2016

PMA : J’voudrais bien mais j’peux point

 

« Les personnes LGBT ne sont pas des pigeons que l’on peut appâter tous les cinq ans, une promesse à la fois »[1] a réaffirmé l’Inter-LGBT en réaction aux propos de Laurence Rossignol sur LCP mercredi 20 avril. La ministre y estimait que « la gauche s'engagerait pendant la campagne présidentielle de 2017, à ouvrir l'accès à la Procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules ».[2]

Chiche ! donnons crédit à cette affirmation de l’Inter-LGBT de sa volonté prédictive (plus que descriptive comme le reconnaissait lui-même un des porte-parole de l’inter associative sur les réseaux sociaux).

La Marche des Fiertés de juillet prochain à Paris, qui rappelons-le sera la dernière de ce quinquennat, devrait nous en apprendre plus sur l’étendue de cette volonté de se dissocier de la communication gouvernementale.

Elle sera l’une des dernières occasions, de signifier collectivement et massivement au parti majoritaire qu’il ne pourra s’abriter derrière un mariage incomplet, inégalitaire et dont pour profiter, il est préférable de ne pas être trop en situation de vulnérabilité, pour prétendre afficher un bilan positif.

Il reste un an.

Mais à l’heure actuelle, il serait indécent de permettre aux représentants du parti socialiste de parader à la tête de nos mobilisations.

Car dans la balance, il y a des choix délibérés, tranchés alors même que tous les leviers du pouvoir étaient à disposition :

- l’absence d’une politique de fond contre les LGBT-phobies,
- les personnes trans laissées à l’arbitraire des tribunaux pour l’obtention de papiers conformes à leur genre. Tribunaux qui vont jusqu’à exiger opérations et stérilisation comme conditions de la modification de la mention du sexe sur les registres de l'état civil.
- la restriction de l’accès à la PMA. Et une obligation de mariage pour les lesbiennes pour pouvoir adopter leurs propres enfants et se voir garantir leurs droits et devoirs parentaux.
- Le refus de prendre des mesures pour protéger les enfants intersexes des opérations chirurgicales et mutilations génitales non consenties et médicalement inutiles



Dans ce contexte à quoi riment les propos de Laurence Rossignol ?

Bien sûr, il y a cette dernière Pride pré-présidentielle qui se profile et même, ce gouvernement qui ne voit rien, n’entend rien et ne fait rien de ce que sa gauche en attend, ne peut totalement ignorer que ça grogne y compris chez les LGBT.

Alors, certes il serait préférable de s’épargner une série de Marches à charge et des responsables chahutés, conspués, voire boutés hors des cortèges.

Le scénario socialiste idéal est connu. Aux socialistes, le rôle de l’adulte, responsable et raisonnable. Au mouvement gay, celui du pupille docile, exprimant sa gratitude au seul tuteur acceptant de le prendre sous son aile protectrice.

Mais, au fond, pour les scénaristes du pouvoir, notre observance de ce rôle taillé par avance n’est pas primordiale, tant ils orchestrent déjà, avec la complicité des classes privilégiées, la variante destinée à contrer toute critique venue de gauche, qui range les récalcitrants dans la catégorie des enfants gâtés, aux exigences renvoyées au caprice et prétendument contradictoires avec les responsabilités du réel.

Car il ne faut pas se leurrer, le message de la ministre ne nous est pas principalement destiné.

On peut d’ailleurs observer une redoutable cohérence dans la communication des gouvernements de François Hollande autour de la PMA.

Alors que la réforme a été enterrée, elle ne cesse d’être remise dans l’actualité par ceux-là mêmes qui l’ont renvoyé aux calendes.

Ainsi, rien que ces dernières semaines, Laurence Rossignol s’était déjà exprimée à ce propos à la suite du récent remaniement ministériel le 12 février sur BFM[3], et avait réitéré le 16 février dans Libération[4] « Ces sujets doivent être traités par une société apaisée. Je travaille à l’apaiser ».

Si vraiment la PMA n’avait été abandonnée qu’en raison de la violence de la réaction à la loi  Mariage pour tous, pourquoi passer son temps à la remettre sur la table, sans en parallèle travailler l’opinion à son bien-fondé ?



Depuis le début du quinquennat, les questions gaies n’ont été traitées que comme marqueur de différenciation entre la droite et la gauche, avec une volonté maintes fois réitérée d’incarner une position centriste modérée, jugée la plus susceptible de mettre en difficulté la droite tempérée.
Il s’agissait moins de transformer la société, que de se présenter comme seul à même d’enregistrer les évolutions de la société et de les traduire en terme juridiques et légaux. Ni plus, ni moins. Là s’arrête le projet de transformation sociale des gouvernements Hollande.

A aucun moment, il n’a été question d’entraîner le pays dans une voie de réflexion (encore moins de remise en cause) sur la nature structurelle des inégalités qu’elles soient sociétales ou économiques.

On se leurre à penser que le président serait intéressé par une étiquette de rénovateur, affubler un conservatisme consensuel d’un léger vernis de modernisation qui suffit à lui permettre de se renouveler et prospérer lui convient très bien.

François Hollande n’est pas très éloigné de ses prédécesseurs. Certes, il est bien moins brillant qu’un François Mitterrand se campant en pacificateur d’une France unie en 1988, après avoir conspué les clans et les factions et se rapproche plus du spectre Jospinien de 2002 dont le projet n’était pas socialiste.

Néanmoins le positionnement en réalité n’a pas beaucoup changé, et les ambitions à venir sont d’ors et déjà claires. Jean Marc Ayrault, dimanche dernier, au soir de la victoire dans la législative partielle de Karine Daniel, candidate PS dans la 3ème circonscription de Loire Atlantique, nous en a redonné, pour ceux qui n’auraient pas saisi, le refrain : «Je crois que c’est la responsabilité de ceux qui sont élus, ou pas élus d’ailleurs, de faire leur travail de façon exemplaire sans se disperser dans des querelles secondaires (...). C’est comme ça que nous retrouverons le chemin de la confiance»[5]. Entendez plutôt le chemin de l’Elysée.

Hé ho, entonne-t-on, ailleurs ! pour nous convaincre, qu’il n’y a de progressisme que différentiel. Ce slogan de dessin animé n’est pas sans rappeler les campagnes du milieu des années 80, et notamment le « dis-moi jolie droite, pourquoi as tu de si grandes dents » qui s’était inspiré de l’imaginaire des cartoons. « Au secours la droite revient » avait-on crié au loup, en ces années-là.



On semble avoir oublié au PS que ces campagnes avaient débouché sur une défaite aux législatives …

Qu’importe, c’est au nom de ce seul argument «le PS ou la droite » qu’on essaie de nous enfermer dans une alternative irrecevable : accepter de reléguer nos droits élémentaires dans la catégorie accessoire, ou se voir réduit à occuper dans la balance tactique du PS, la plateau opposé de LMPT et des réacs, dans une symétrie immonde qui n’a pour but que de construire une prétendue médiane.

Nous ne sommes « pas des pigeons que l’on peut appâter tous les 5 ans une promesse à la fois ». Mais, quelle autre promesse nous fait le PS que celle d’avoir à choisir entre deux droites ? Bien malin, qui sait qui avalera quel appât.



Le PS veut le beurre et l’argent du beurre, séduire un centre élargi et rallier sans condition les électeurs de gauche.

Sortir de ce piège implique d’un point de vue communautaire de nous adresser, au-delà de nos cercles militants et des politiques, à l’opinion publique que nous devons convaincre que ces clés de lecture de nos revendications sont fausses.

Le mariage a été défendu comme une fin en soi, une forme d’aboutissement de l’égalité. Il n’est donc guère étonnant qu’il soit désormais affiché comme tel dans le bilan quinquennal. C’est cet axiome même que nous devons récuser.

Sans diminuer l’intérêt de cette ouverture, c’est à nous de démontrer qu’elle ne peut véritablement prendre sens qu’inscrite dans un mouvement général de la société vers l’égalité, et non si elle doit signifier l’enterrement d’une telle dynamique.

A nous de manifester que nos revendications s’inscrivent dans une interrogation globale des systèmes de domination et de porter une remise en question de l’inégalité républicaine objective et structurelle qui dépasse nos seuls intérêts.

Aujourd’hui, nous sommes à l’envers. Nous sommes perçus comme approuvant une normativité majoritaire dont nous ne demanderions que des ajustements qui nous bénéficieraient spécifiquement, quand c’est de tout l’inverse que nous devrions nous faire les relais : à partir de nos spécificités pointer la normative institutionnalisation des discriminations.

Pour ma part, je demeure persuadée que c’est en travaillant à une autonomie réaffirmée et à la mise en valeur de l’originalité de nos points de vue que se trouvent les solutions. Encore faut-il pour cela, se tourner vers nos propres ressources plutôt que de nous en remettre prioritairement aux bienveillance et volonté supposées d’experts et acteurs extérieurs.

Si nous en revenons à la PMA, cessons de brandir des sigles désincarnés qui ne suscitent aucune empathie, acceptons de dire haut et fort que nous voulons une refonte générale de la filiation, cessons de laisser les politiques se cacher derrière des prétendues peurs et confrontons-les au fait « qu’ils ont juste une vision rétrograde de la filiation ou du devenir parent ».[6]
Multiplions les témoignages concrets des effets de leurs lois comme le font les Enfants d’arc-en-ciel, valorisons nos propres experts[7] et le savoir-faire de nos militants sur le terrain.
Ne nous réfugions pas derrière des ultimatums et des menaces électorales aléatoires, mais assumons nos positions. Oui, le mariage est une avancée. Non, il n’est pas l’égalité. Et non il ne tient pas lieu de politique contre l’homophobie et la transphobie.

Si le mariage et les systèmes de parenté représentaient la fin du politique, la solution absolue et définitive aux discriminations et à la domination, l’alpha et l’oméga de l’organisation sociale, les hétéros s’en seraient aperçus, non ?

Alors, osons dire qu’il n’y aura pas de politique de gauche sans droits pour les minorités. Toutes les minorités.

Confrontés à une société qui organise la précarité et se replie sur l’autoritarisme, sur la désignation de boucs émissaires et le racisme institutionnalisé, il est plus que temps de réaffirmer que nous n’en serons ni l’alibi, ni les faire-valoir.

jeudi 6 novembre 2014

Des rats et des sorcières




Je n’ai aucune sympathie pour Ségolène Royal[1] assurément moins émouvante que la frimousse vulnérable de ragondins, plus ou moins renvoyés au bestiaire empathique et imaginaire de la construction de notre humanité.

Certes, ces derniers jetés à leur corps défendant dans le ragoûtant potage médiatique qui nous était servi hier au sujet des manifestations non des paysans mais de certains agriculteurs exigeant qu’on les laisse polluer en paix, ont quelque peu coagulé dans l’assiette qu’on s’était efforcé de nous présenter toute la journée.

Il n’en reste pas moins que l’association de la Ministre de l’écologie à ces dits ragondins, c’est-à-dire à la classe des rongeurs ou pour faire plus direct encore à celle des rats, et ceci de manière plus qu’explicite : "Les ragondins, c'est comme Ségolène, c'est des nuisibles"[2], n’a semblé susciter aucun émoi.

En outre ces propos, si on s’en rapporte au Huffington Post, étaient ainsi complétés par un autre manifestant "C'est symbolique, c'est des nuisibles, on est la meilleure profession pour les gérer".

Reste à y ajouter une image multidiffusée également dans l’indifférence générale qui montrait des manifestants s’efforçant de brûler une effigie de Ségolène Royal.

Il n’y a pas à en douter l’entreprise de définition de la violence légitime, compréhensible et respectable, a fonctionné à plein cette semaine.

Et dans l’ordre traditionnel et autoritaire que cette violence entend défendre, et que le gouvernement  (y compris Ségolène Royal) soutient, on brûle toujours les sorcières en place publique.



[1] Que je considère comme l’une des non négligeables courroies de transmission de l’ordre socialo-autoritaire que les classes dominantes souhaitent nous voir accepter en un silence déférent et reconnaissant.
[2] "C'est en ces termes qu'un agriculteur justifie, dans une vidéo diffusée de Télénantes l'action de manifestants qui ont maltraité des ragondins vivants."

mardi 8 juillet 2014

Une réussite, la Marche des Fiertés, vraiment ?




Une fois passée la satisfaction d’avoir, après une autre année difficile, pu marcher quelques heures au sein de ses pairs, d’avoir exprimé frustrations, indignations, colères contre les innombrables reculs du gouvernement, reculs ratifiés par le parti socialiste - car faut-il rappeler cette réalité, y compris dans un quinquennat présidentiel, un gouvernement n’existe pas sans le soutien d’une majorité parlementaire-, l’heure est-elle à se féliciter ou à s’interroger sur la réelle portée de cette marche ?
Je précise qu’il n’est question ici que de la Marche parisienne, qui revêt certaines caractéristiques qui lui sont propres et ne me paraît pas avoir à remplir exactement aux mêmes fonctions que les marches en régions.

Certes il n’est en 2014 toujours pas négligeable d’être visibles et de faire nombre, ni de s’offrir du plaisir à défiler ensemble au cœur de la Cité.

Cependant à lire commentaires et comptes-rendus tant sur les réseaux sociaux que dans les médias, la réussite de cette édition tiendrait à un renouveau de son caractère politique, et preuve en serait l’omniprésence des messages et pancartes fustigeant les abandons d’une loi destinée à déjudiciariser et démédicaliser le changement d’état civil pour les trans, de l’ouverture de l’accès de la PMA à toutes et tous et, dernière actualité, des ABCD de l’égalité.

La concomitance de ce dernier recul avec la Marche me semble devoir à minima nous interroger sur la considération portée à nos mouvements et sur la réalité de leur poids politique. Surtout si on y ajoute que le vendredi précédant cette Pride a également vu boucler le vote d’une loi famille soigneusement expurgée de tous les éléments censés nous concerner. C’est dire si la perspective d’une Marche des Fiertés à charge contre la politique de Hollande et consorts ne constitue guère un motif de préoccupation dans les esprits de nos dirigeants.

Et après tout ont-ils tort ? Car si toutes les marches ont battu leurs records d’affluence en région, ce fut loin d’être le cas à Paris. Et si les pluies diluviennes de samedi ont certainement joué un rôle dans cette faible mobilisation (très éloignée des 700 000 participants de Cologne ou du million de personnes défilant à Madrid), on ne peut se contenter de cette explication.

Quant à l’écho médiatique, si on s’y attarde quelques instants, que constate-t-on ? La relative bonne couverture de la presse écrite et/ou en ligne ne peut faire oublier que les journaux de 20h de TF1 et France 2 ont carrément fait l’impasse sur la manifestation (et ce n’était pas par manque d’espace ou de temps, mais par choix éditorial). Les chaînes d’info continue et les radios ont pour leur part assuré une couverture minimale.

Mais quel message fut envoyé ? Que la PMA avait été renvoyée aux calendes grecques et que les lesbiennes, pédés et trans s’estimaient trahis par leur allié traditionnel. Cette information apportait-elle quelque chose de nouveau par rapport aux messages d’ors et déjà véhiculés par ces mêmes médias depuis des mois, assurément non. J’ajouterais cependant un bémol à mon propos en posant l’hypothèse d’une meilleure visibilité des trans qu’à l’accoutumée ?

Cette marche n’a pas pesé sur les décisions ni du gouvernement ni sur la solidarité témoignée de fait par le PS aux choix de ce dernier. N’a réussi à faire passer aucun message nouveau. Et n’a somme toute exprimé qu’une colère modérée et impuissante.

Tolérant même que Jean-Paul Huchon, au cœur du carré de tête de la manifestation, déclare à propos du choix de ne pas ouvrir l’accès à la PMA qu’il « peut comprendre aujourd’hui que le gouvernement essaye de ne pas élargir la fracture [ouverte par la bataille du mariage] et de ne pas relancer la bagarre là-dessus », renvoyant cette ouverture à « un jour ou l’autre, il faudra bien en passer à la PMA »[1]. Un jour ou l’autre !
En attendant, ce qu’était venu afficher Huchon à la marche, ce n’était donc pas son indignation devant les renoncements du gouvernement mais au contraire son soutien à la politique d’apaisement de celui-ci. Ce qui n’a semblé poser problème à aucun des militants qui l’entouraient à l’avant-garde de cette marche.

Pourtant c’était exactement ce qu’était censé combattre cette manifestation : cette compréhension officielle de la discrimination, affichée depuis la clause de conscience, qui n’est rien d’autre qu’une validation de l’homophobie. Une autorisation symbolique venue du sommet de l’Etat, inscrivant certaines des violences qui s’exercent sur nous dans la catégorie de l’admissible.

Pire encore, en opposant notre accès au droit commun à la paix civile, il est clairement posé que ces violences à notre encontre ne sont même pas considérées comme portant atteinte à cette paix. Qu’il n’y a pas là de fracture ! Ce qui revient à nous renvoyer de facto à un statut de second rang.

Et bien ! heureusement que cette marche était celle de la colère. Qui permet à un responsable socialiste de venir parader à sa tête en prêchant la compréhension de choix qui nous maltraitent ! Et seulement agacés, on faisait quoi, on offrait un mégaphone à Manuel Valls ?

En fait cette marche était en réalité à l’image d’un mouvement gay, lesbien et trans qui n’a pas fait son aggiornamento.

Traversé par la colère mais incapable d’aller au bout de ses constats et de consommer la rupture avec un allié dont il a pris l’habitude de tout attendre. Sans doute effrayée par la nécessité de réinventer ses modes d’actions et l’articulation de ses revendications, la nébuleuse LGBT hésite entre se donner les moyens de son autonomie et patienter sans trop irriter les responsables du PS en attendant leur retour à de meilleures dispositions.

Alors ménageant la chèvre et le chou, avec la trouille de perdre ses soutiens familiers et les rares subventions qui lui tiennent lieu de moyens, désemparée, elle s’efforce de dissocier socialisme gouvernemental et socialisme local, acceptant une distribution des rôles qui n’est qu’à moitié recevable entre bad et good cops.

Une stratégie risquée qui loin de pousser les uns et les autres à revoir leur implication à la hausse pourrait au contraire permettre aux gentils de se reposer sur leurs acquis et de se contenter de gestes symboliques qui par comparaison à leurs collègues suffiraient à leur assurer leur badge gay friendly.

Madame Hidalgo et monsieur Huchon prétendent vouloir lutter à nos côtés ? Prenons-les au mot. Cessons de nous adresser à eux en ordre dispersé et de nous satisfaire de bouts de ficelles au prétexte que la droite nous a toujours refusé ces mêmes appoints. Proposons à ces élus d’établir ensemble un véritable cahier des charges de ce que serait une politique ambitieuse d’intégration des homos et des trans à la vie de la région.

Et de notre côté, sortons de l’allégeance. Réinvestissons le culturel, tournons-nous vers la société civile, ancrons à nouveau nos mouvements dans une contestation plus vaste de l’injustice sociale, dans un mouvement général de lutte contre les systèmes d’aliénation et de domination. Contre ces politiques qui fragilisent et précarisent toujours plus les populations les plus vulnérables quand elles n’en font pas des boucs émissaires et des cibles.

Rénovons la façon dont nous portons nos revendications afin de leur redonner leur charge imaginative et conquérante. L’égalité nous a enfermé dans une demande de remise à niveau au détriment de la dynamique transformatrice. Entre la doléance catégorielle et la sujétion à un statu quo qui nous inclurait. Comme si notre seule préoccupation était d’obtenir une place dans la société telle qu’elle est. Avec pour résultat d’ailleurs de n’obtenir au final qu’un strapontin ! et un impact minimal.
Le mariage a-t-il été rénové ? La famille s’est-elle enrichie de nos modes de vie ? Les parents (hétérosexuels) ayant recours à la PMA peuvent-ils s’en ouvrir plus sereinement au-delà de leurs cercles intimes ? Nos déconvenues nous dépassent.

Nos outils et nos discours sont inefficaces, périmés. Allons-nous tirer les leçons de la séquence qui s’est terminée avec l’adoption d’une forme de mariage qui ne protège même pas nos familles et n’est toujours pas accessible à certains des nôtres ou préférer l’étirer en une lente impuissance ?

Nos adversaires s’organisent, mutualisent leurs forces (bien plus considérables que les notres), gagnent du terrain mais nous, nous n’en sommes encore qu’à témoigner de notre colère ?

La politique est affaire de rapports de force et de domination idéologique ; si nous voulons nous en mêler, il va nous falloir nous inventer de nouvelles ressources et réveiller notre imagination collective.

L’année dernière, le collectif Ouiouioui évoquait l’idée de rassembler des Etats généraux de l’homosexualité, sans en avoir la capacité organisationnelle.

Des Etats généraux ouverts. Non seulement aux militants et aux associatifs mais également aux électrons libres qui ne trouvent pas leur place dans le mouvement d’aujourd’hui et aux nouvelles transversalités – embryonnaires encore, certes – qui tentent de s’organiser. Ce pourrait être une piste. Un petit pas vers une autonomie désespérément nécessaire.


Gaypride Paris 2014 - Le Reportage - 28/06 (à partir de 2’50) ; GayvoxVideos

lundi 5 mai 2014

L'appel de Rome : PMA & austérité, la convergence




A la veille du 1er mai, le Premier ministre, Manuel Valls, s’adresse-t-il aux travailleurs ? Non. Il se rend officiellement au Vatican pour assister aux canonisations de deux papes, Jean-Paul II (dont l’opposition meurtrière à la capote n’est plus à rappeler) et Jean XXIII. Et, de Rome, s’adresse aux catholiques et aux opposants à l’intégration des droits des homosexuels dans le droit commun pour les assurer de l’opposition du gouvernement à tout texte d’ouverture de la procréation médicalement assistée « jusqu'à la fin de la législature ».

Puis, deux jours plus tard, le même demande aux députés socialistes d’approuver à l’Assemblée nationale son plan de 50 milliards d'économies. Ce scrutin, présenté comme un véritable vote de confiance, était destiné certes à asseoir la légitimité du gouvernement mais il fera surtout date dans l’inscription définitive du Parti socialiste dans le camp libéral.

Ces deux événements ont été chroniqués par la plupart des observateurs comme s’ils n’avaient aucun lien entre eux, si ce n’est de l’ordre du symbolique. Le gouvernement renoncerait à ses réformes de société pour apaiser une population frondeuse qu’il ne parvient pas à convaincre de l’efficacité de ses réformes économiques et sociales.

Assurément il y a déjà beaucoup à critiquer dans cette façon, dont les médias se font assez globalement complices, de présenter l’égalité juridique comme un caprice d’enfants gâtés qui détourneraient avec leurs exigences personnelles des véritables problèmes de la société française. Mais n’y a-t-il pas plus que cela ? La prétendue volonté d’apaiser ne masque-t-elle pas en fait une forme de convergence ?

Car le gouvernement ne s’est pas contenté d’annoncer l’enterrement de réformes promises lors de la campagne électorale. Il a aussi choisi de recevoir des représentants de La manif pour tous dont Ludovine de la Rochère, ancienne chargée de communication de la Fondation Jérôme Lejeune ou encore Frigide Barjot de l’Avenir pour tous et d’en faire subitement des interlocuteurs. Alors même qu’il ne leur avait été opposé, depuis l’adoption de la loi Taubira, que des fins de non-recevoir.

Il y a donc là un véritable choix. D’ailleurs Laurence Rossignol à propos de ces rendez-vous a même évoqué l’idée de « trouver un terrain d’entente sur certains sujets »[1] avec ces interlocuteurs, les propulsant quasiment au rôle de partenaires éventuels.

Or quelles sont les valeurs portées par ces différents groupes si ce n’est la volonté de justifier les inégalités ? Et en particulier l’inégalité des sexes et des sexualités. Volonté de revenir sur l’ouverture du mariage, sur la liberté d’avorter, de s’opposer à la lutte contre les stéréotypes de genre.

Et parce que nous imaginons encore ces valeurs éloignées, en apparence, de celles professées par les socialistes, ce rapprochement reste pensé comme superficiel. Le gouvernement n’aurait qu’un intérêt tactique et ponctuel à redonner légitimité à ces lobbys.

Pourtant ne s’apprête–t-il pas lui-même, avec son plan d’austérité, à renforcer les inégalités entre les femmes et les hommes ?

Non seulement les femmes seront directement les premières victimes des mesures annoncées : gel des salaires dans la fonction publique, gel des prestations sociales et des pensions, mais elles vont également être convoquées pour pallier aux coupes sombres dans les services publics.

En effet, qui sera en première ligne pour s’occuper des malades que la santé publique prendra moins ou mal en charge ? Pour prendre soin des personnes âgées qui ne pourront payer des maisons de retraite hors de prix ou proposant des services indignes ? Pour garder les enfants à la maison en compensation de crèches jamais ouvertes ? Pour pallier tant bien que mal aux insuffisances d’une éducation nationale dévalorisée ?

Alors, n’y a-t-il pas là une cohérence ?

Le gouvernement a renoncé à transformer la société. Sa politique économique ne s’attaque pas à la pauvreté mais au contraire renforce les dynamiques d’exclusion, les accélère encore.

Travail, santé, éducation, les inégalités sont criantes mais sont désormais présentées comme inévitables. Il n’y aurait pas d’alternative, veut-on nous faire croire.

Alors, quel meilleur moyen quand on se refuse à construire les conditions d’une reconfiguration globale que d’interdire toute interrogation des processus de domination à l’œuvre ?

Favoriser l’émancipation des catégories dominées, ce serait les encourager à interroger le bien-fondé de la politique menée, une politique qui ne tient que parce que chacun reste à sa place. Le Parti socialiste s’est trouvé des alliés sur la base d’intérêts communs bien compris.



[1] http://www.metronews.fr/info/manif-pour-tous-je-ne-suis-pas-la-pour-negocier-previent-laurence-rossignol/mndv!QYY5XOEDJyd/

lundi 3 février 2014

PS : on attend le médecin légiste





Il est communément admis que le gouvernement, et par extension les socialistes, reculeraient sur leurs engagements et promesses de campagne sous la pression des opposants à leurs projets.
Il faudrait dès lors imputer ces reculs soit à un manque de courage, soit à la volonté si ce n’est de satisfaire ces opposants, au moins de les apaiser.
Face à ces choix du gouvernement, une partie des sympathisants de gauche répond par la résignation - compte-tenu de l’exacerbation des colères et des difficultés économiques, il n’y aurait pas d’alternative au compromis et à la temporisation – tandis que d’autres expriment une incompréhension grandissante.

Cette incompréhension progresse à partir de deux constats : le gouvernement s’adresserait à un électorat qui n’est pas le sien et qu’il ne sera jamais en mesure de conquérir. De plus, ce calcul ne produit pas la pacification promise. Au contraire les mouvements de contestation s’inscrivent peu à peu dans la durée et multiplient les manifestations d’hostilité, élargissant chaque jour le registre de leurs prétentions.

Cependant il me semble que relier les reniements socialistes à la seule puissance des manifestations réactionnaires est non seulement réducteur mais surtout erroné.

François Hollande n’est ni stupide, ni aveugle et encore moins dépourvu de sens tactique. Il serait naïf d’imaginer que sa politique viserait à séduire, même si peu que ce soit, la frange la plus réactionnaire de la droite.

Et ce n’est pas la force de nuisance de celle-ci qui le contraint à abandonner un projet de société qui lui tiendrait à cœur quand il recule sur la PMA, la démédicalisation et déjudiciarisation du changement d’état civil pour les personnes trans ou la loi Famille. Il n’a d’ailleurs pas attendu l’émergence de la Manif pour tous, pour s’inscrire dans une stratégie qui doit conduire, selon ses analyses, à un second quinquennat socialiste.

Cette stratégie repose sur le fait minoritaire de la gauche dans le pays. Une gauche dont l’impuissance collective à imposer ses schèmes conduit le Président de la République à estimer qu’une réélection ne saurait être possible qu’à condition d’empêcher la droite de s’unir, de récupérer les voix centristes et de convaincre les décideurs économiques qu’une gauche modérée au pouvoir est bien plus à même de leur permettre de mener à bien leur entreprise de démolition libérale de l’Etat qu’une droite dure.

Ratification du traité sur la stabilité, 
la coordination et la gouvernance
au sein de l’Union économique et monétaire, ANI (accord national interprofessionnel sur la compétitivité et la sécurisation de l’emploi), réforme des retraites (et bientôt pacte de responsabilité), autant de réformes souhaitées par la droite et le patronat et menées par le gouvernement Ayrault sans qu’aucune grève ou mouvement social d’envergure ne viennent en gêner la mise en œuvre.

Seuls les faits s’imposent. François Hollande ne mène pas une politique socialiste. Il ne mène même pas une politique sociale-démocrate. Non, il mène une politique de centre droit. Economique, sociale et sociétale.

A un moment il faut en tirer les conséquences, le PS n’est pas une force de transformation sociale, au mieux c’est un conservatisme modéré. Il ne trahit pas la gauche, il n’en fait plus partie.

Prétendre qu’il la trahit c’est encore l’aider à entretenir une supercherie.

Face à une droite minée par les divisions internes, privée de ses principaux arguments programmatiques sur le plan économique et poussée par sa fraction la plus archaïque à durcir ses positions sociétales au risque de se couper de ses modérés,

Face à une gauche émiettée, se déchirant dans des rivalités stériles, incapable de tracer des perspectives et de disputer son leadership au PS et un électorat déboussolé à qui l’on ne cesse de répéter qu’il n’existe pas d’alternative,

Il se sert de nos revendications comme d’un chiffon rouge visant à afficher sa modération.

Il se moque de nous comme des réacs qui occupent nos rues. Les uns et les autres ne sommes utiles que pour figurer une ligne médiane susceptible d’incarner une gouvernance raisonnable.

Voilà à quoi servent les messages d’apaisement.

A convaincre la majorité de la population qu’entre deux extrêmes, le PS représente la seule solution responsable.

François Hollande et le PS n’ont guère l’intention de se préoccuper de nos incompréhensions, de notre colère devant ses reniements ou de nos frustrations, ils n’ont qu’un objectif consolider leur centralité sur l’échiquier politique.

Il ne sert à rien d’attendre de leur part qu’ils défendent nos revendications. Nous n’avons pas d’autres solutions que de les porter nous-mêmes, de les faire vivre dans la société sans en rabattre jamais sur nos valeurs, jusqu’à contraindre les partis politiques à les reprendre à leur compte parce qu’il n’est plus de leur intérêt de les ignorer plus longtemps.

La politique n’est rien d’autre qu’un rapport de force.

Plus que des gesticulations d’obscurantistes, c’est de notre impuissance commune à nous mobiliser que naissent les reniements du PS. Dans la lâcheté, l’indifférence et la résignation collective.

Empêtrés dans les difficultés quotidiennes, bridés par un carcan idéologique qui veut nous soumettre, il n’y a pourtant pas d’autres voies que de nous faire, nous-mêmes, acteurs du changement.

lundi 23 septembre 2013

Lundi d’automne




Certaines rentrées ont la couleur d’un automne prématuré. Plutôt que flamboyantes, plombées du gris de dépressions successives, comme une anticipation d’interminables retraites.

Alors vous avez profité de vos vacances, complété vos provisions de vitamines, aéré vos neurones ? Vous vous êtes gavés de pâtisseries et autres pièces montées ? Parce qu’après une année à se fader du mariage pour tous, se profile tout un programme de batailles d’arrière-garde pour arracher à l’énergie dans les décombres des promesses socialistes quelques avoirs.

Le conservatisme socialiste nous oblige. Rien ne sera aisé. Coincés entre agendas étriqués et ambitions insatisfaisantes, le pessimisme et les divisions nous guettent. Le piège est connu.

Pour autant, nous n’avons pas à renoncer à inventer de nouvelles formes de rapport aux autres.

Quel que soit notre lot d’aspirants à la conformité, chérissons nos particularités, partageons-les et prenons soin les uns des autres plutôt que de nous enfermer dans des querelles stériles.

Il suffit de ne pas renoncer. Les victoires d’aujourd’hui sont nées de combats que tout le monde nous prédisait perdus.

mardi 5 février 2013

Les pédés et les gouines ravivent la rose





L’obstruction parlementaire menée par l’opposition (contre le mariage des couples de même sexe), ses outrances, l’affichage d’un conservatisme caricatural, les références constantes à une "loi naturelle" ont eu une vertu vivifiante pour les députés socialistes.

L’introduction du débat, la défense des différentes motions de procédure, la discussion générale ont pris des airs de séminaire de ressourcement.

Les rapports de force politique étant définis par avance, l’opposition ne peut guère escompter empêcher l’adoption d’un texte voulu par la majorité. Dans ce cas précis, elle caressait peut-être, avant que ne débutent les discussions, l’idée d’exploiter les réticences exprimées par quelques parlementaires de gauche mais elle se sait trop minoritaire à l’Assemblée pour y croire vraiment (en revanche, elle veut encore penser qu’il pourrait en être autrement au Sénat où la majorité de gauche est bien plus étroite).

C’est pourquoi, les séances publiques à l’Assemblée s’apparentent très souvent à des représentations théâtrales, la réalité du travail législatif, s’étant effectuée, pour sa plus grande part, en amont.

Il s’agit surtout pour chacun de proclamer, voire de surjouer sa position.

Certains textes, à forte charge symbolique, prennent alors des airs de super productions. Avec leurs lots de premiers rôles, de héros, récurrents ou éphémères, et de figurants condamnés à faire nombre des heures et des heures. Les mieux lotis d’entre eux accédant à leurs 2 minutes d’expression. Dans ce contexte, ils ne sont pas les derniers à rêver de la réplique bien sentie.

Les premières heures, les deux camps se livrent à une surenchère de marqueurs idéologiques dans une course à l’affirmation identitaire.

Chaque alternance mène à l’Assemblée son contingent de députés novices, qui ont découvert ces derniers jours l’atmosphère enivrante des combats frontaux. Mais ils ne sont pas les seuls à s’enflammer.

L’exacerbation des antagonismes libère la parole de tous les députés. Ce n’est pas sans risque, et même les plus aguerris peuvent s’y laisser emporter. C’est d’ailleurs une des rares armes à la disposition de l’opposition, provoquer le dérapage, la sortie non contrôlée, l’incident de séance dont elle pourra ensuite se faire l’écho sans modération. Elle doit, à tout prix, pour exister exporter les débats hors de l’hémicycle, organiser leur publicité sur les plateaux de télévision, au micro des radios, provoquer un battage médiatique. Sans se fracasser sur ses propres débordements.

Cette mise en scène, cette dramatisation ostentatoire ont pour effet, dans les premières heures du débat de renvoyer chacun dans son camp.

Si les députés socialistes pouvaient, légitimement me semble-t-il, s’interroger sur ce qui les différencie de la droite, tant la frontière entre leurs politiques économiques est devenue floue, jusqu’à leurs propres yeux, l’empressement de leurs collègues de l’opposition à enfiler le costume qui leur étaient promis de vieux réacs arqueboutés sur un ordre naturel, sexiste et patriarcal est venu les rassurer sur leur altérité.

Ainsi, face aux excès, à la mauvaise foi et aux amendements insultants, ils ne défendaient pas tant le projet de loi que leur propre identité. La fierté avec laquelle ils montaient à la tribune tranchait d’ailleurs avec la discrétion dont ils avaient pu faire preuve ces derniers mois. Certes leur engagement est réconfortant mais on aurait aimé qu’ils expriment leur indignation avec la même conviction quand les attaques les dédaignaient pour se concentrer sur nous, et pas seulement pour leur permettre d’affirmer leur différence.

Il est des débats parlementaires qui permettent ainsi à chaque camp de se ressouder, à chaque député de se persuader de son utilité, et de se sentir, ne serait-ce que quelques heures, quelques jours, acteur de l’histoire.

Le projet de loi sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe est indéniablement de ceux-là. Ça ne dispense pas pour autant de mettre les mains dans le cambouis.