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vendredi 27 juin 2025

Faire des attaques de la Marche des Fiertés, un moment de clarification re-constituant

 Face aux attaques d’une coalition de toutes les droites et extrêmes-droites, sans distinction d'orientation sexuelle, la première des tâches qui nous incombent, me semble-t-il c’est de nous attacher à identifier un moment politique.

Après des années, non de dépolitisation, mais de tendance globale à une droitisation molle du mouvement LGBT dans ses expressions les plus mainstream, nous voici confrontées à un moment de clarification et d’accélération du fascisme qui concerne évidemment ici en 1er lieu les TPG, queers et non binaires mais s’inscrit dans un contexte plus global de répression de tous les mouvements antiracistes et mouvements qui défendent des alternatives, des résistances et des alliances solidaires et s’opposent à la politique d’État de criminalisation généralisée de la solidarité avec la Palestine

L’une de nos premières réponses devrait être de pas participer à minimiser et masquer les enjeux et de refuser l’usage de termes qui en participent comme polémiques, provocations, etc.

A nous de nous saisir de ce moment et d’assumer que cette période de normalisation droitière molle de l’expression LGBT se termine pour entrer dans une phase d’alliances offensives entre tous les réacs.

Qui ne s’embarrasse plus de masquer que ces alliances se font contre les minorités politiques au sein des TPG, queers et non binaires et d’abord contre les racisés.

Il s’agit d’assumer les ruptures nécessaires avec un projet d’hégémonie excluante basée sur le racisme, l’islamophobie, la transphobie et la défense d’une économie libérale et martiale.

L’unité à tout prix n’a pas de sens. Et c’est un mythe.

La lutte contre le sida par exemple, contrairement aux ré-écritures à postériori, ne s’est pas construite sur une unité de masse des LGBT mais au contraire sur des ruptures, des affrontements internes, parfois violents, et des rapports de force.

D’ailleurs il a fallu attendre 2025, pour que cette lutte apparaisse, à travers la représentation d’un t-shirt d’Act Up, dans une affiche officielle d’appel à la Marche.

Des ruptures qui passent par rendre visible ce projet qui prétend se dissimuler derrière une novlangue euphémisante inversant tous les termes, inclusivité, universalisme, laïcité, etc. mais se réclame d’une visibilité qui ne saurait être que blanche, cis, valide, et islamophobe, excluant tous les autres, personnes et corps, du champ et avec pour seul projet de s’insérer dans la respectabilité des dominants.

Il n’y a aucun hasard si l’offensive a été lancée par le Beit Haverim, c’est à dire un groupe gay qui se revendique en défenseur des politiques d’Israël et s’opposant aux dénonciations du pink washing. Et si cette offensive se développe dans un moment de justification de la complicité et d’adhésion d’État à une politique raciste, coloniale et génocidaire.

Ces derniers mois se sont multipliées les tentatives d’instrumentalisations des luttes féministes, queer et LGBT contre les mouvements de solidarité avec la Palestine.

Comme ces tentatives n’ont pas réussi à faire taire toute résistance, nous voyons se développer des politiques de répression de nos expressions autonomes,

Tentatives d’imposer par les forces de l’ordre, la présence de collectifs sionistes et d’extrême droite dans les manifestations.

Tentatives d’interdire des marches comme la marche féministe radicale du 7 mars dernier.

Parfois mixte des deux : la menace de l’interdiction de la Marche des Fiertés de Paris aurait été brandie après de l’AFP selon le Huff Post par l’entourage de Retailleau pour faire accepter la présence des fachos d’Eros.

Tentatives d’interdire les centres-villes, marquant ainsi un retour de la symbolique de l’exclusion de la Cité, comme à Dijon en invoquant des risques de «troubles à l’ordre public», un ordre nécessairement hétérosexiste !

Chantages aux subventions de la part du gouvernement et de la droite, aux associations féministes par la voix d’Aurore Bergé, et donc il y a quelques jours aux assos LGBT par celle de Valérie Pécresse.

Si ces offensives se développent, c’est que l’entreprise de domestication raciste, autoritaire et sécuritaire du mouvement LGBT a en partie échoué comme son enrôlement de force en soutien de la politique coloniale et génocidaire d’Israël.

Leur remarquable élan d’effroi ne dit qu’une chose, à quel point ces droites réactionnaires et racistes se sentent frustrées d’un début de contestation de leur volonté d’imposer leur politique de la Marche des Fiertés qui fonctionnait plutôt pas trop mal pour eux.

Toutes ces droites et ext-droites s’y engouffrent parce qu’elles n’ont en réalité jamais adhéré à nos luttes.

Il faut rappeler que sexisme, homophobie, transphobie, racisme, validisme, ce ne sont pas seulement des discriminations mais des systèmes de domination et d’exploitation qui sont au cœur du système économique capitaliste avec pour clé de voute le racisme.

Et qu’à défaut de pouvoir s’opposer frontalement – pour l’instant - aux luttes, dans un 1er temps, elles tentent de les instrumentaliser et discipliner, d’en modifier la nature, de s’en poser en opérateurs et d’empêcher la constitution de fronts solidaires.


Pour ce qui concerne les LGBT, nous avons l’expérience des politiques de répression, non seulement nous n’avons pas cédé face à elles mais il est temps de se rappeler que notre identité politique est construite de nos révoltes victorieuses face aux répressions.

Restons solides, refusons de nous laisser isoler et désolidariser des combats des réprimés. Nous le savons d’expérience, c’est avec autonomie mais par les constructions de front politique solidaire entre militants de gauche, syndicaux et travailleurs, les mouvements de jeunesse, les antiracistes, les décoloniaux et queers et féministes que nous avons mené nos luttes et conquis des droits, pour nous mais aussi pour tous.

Refusons de céder aux intimidations.

Oui, comme l’Inter LGBT s’est efforcée d’élaborer une réponse collective en ce sens,

il faut refuser la présence du groupuscule Eros et ses affidés dans la Marche.

Oui, il faut s’opposer à l’ingérence de l’État dans nos luttes et à sa complicité dans l'offensive des ext. droites de destruction des outils qui s'opposent à eux, même modérément, qui chaque jour s'affirme un peu plus.

Mais Eros ne doit pas devenir l’arbre qui cache la forêt.

Les fachos vont marcher dans cette Pride et ce n’est pas une nouveauté, des racistes, des islamophobes, des coloniaux, des transphobes, des flics de tous genres, organisés ou en ordre dispersé, sans causer des exploiteurs et des extractivistes …

Eros n’en sont pas les seuls représentants, seulement ceux qui revendiquent des étiquettes sans équivoques.


Et après tout, cette offensive pourrait provoquer l’inverse de ce qu’elle poursuit.

Provoquer un retour du mouvement LGBT à ses fondements. Détruire les systèmes de hiérarchie des vies.

En refusant le pacte qui nous tolère exotiques, inoffensifs et domestiqués, n’affectant pas l’hétérosexisme et se rangeant au service du nationalisme et du colonialisme blanc.


vendredi 20 novembre 2015

Les Etats généraux LGBTI : d’Avignon à la Marche des Fiertés 2016



Dans un contexte extrêmement difficile, qui voyait des militants avoir à la fois la tête à Paris et à Avignon, les organisateurs ont réussi à permettre aux nombreux participants qui s’étaient réunis pour ces Etats généraux LGBTI[1] d’échanger dans une sérénité qui n’avait rien d’évidente.

Au départ, personne ne savait vraiment ce qu’il allait en être, et beaucoup sont venus avec une bonne dose de scepticisme et des attentes minimalistes. Mais sans tomber dans la naïveté ou le dithyrambe, je crois pouvoir affirmer que les participants sont repartis plutôt contents d’être venus, et ça, par les temps qui courent, ce n’est pas négligeable.

Pas de révolution, le mouvement associatif ne ressort pas de là avec une nouvelle organisation structurelle, une stratégie prête à l’emploi et une liste de revendications claires et hiérarchisées. Ça peut sembler frustrant à certains, pour ma part ça me va bien.

Dans cet esprit, il ne me paraît pas négligeable que le fait de se retrouver, physiquement, nombreux, dans un même lieu ait contribué à lutter contre le marasme et le sentiment d’isolement dans lequel la séquence mariage a plongé nombre de militants.

Il ne me semble pas anodin non plus que les oppositions, divergences et diverses tensions aient été pour une fois incarnées, portées par des personnes et non exprimées au travers de posts, textes, images ou de quelques phrases qui perdent à travers leurs supports leurs qualités charnelles et leurs failles comme leur chaleur humaine. Parfois un sourire, une bonne grosse blague en font plus pour faire avancer une idée que la plus solide des argumentations.

Sur un jour et demi, il est difficile de traiter de tous les sujets, des insatisfactions et perspectives ainsi que de se mettre d’accord. Ces Etats généraux ont donc eu beaucoup de limites, certaines thématiques ont été à peine évoquées et l’état des lieux plus facile à dessiner que l’avenir. D’où la frustration sans doute de ne pas repartir avec des éléments concrets. Et peut-être la difficulté d’expliquer à ceux qui n’étaient pas là, une certaine satisfaction.

Le parti pris des organisateurs de ne pas décider à l’avance de ce que seraient ces Etats généraux a pu déconcerter, faire craindre un barnum improductif de plus, en même temps il a offert une liberté de parole très confortable, propice à faire émerger que les oppositions et les rapports de forces ne sont pas aussi certains, simples, tranchés et absolus que parfois nous nous en persuadons. Confronter les points de vue, les expériences très tranquillement a mis en évidence que nous n’étions pas (pas toujours du moins) si éloignés les uns des autres, que les lignes de fracture n’étaient pas toujours où elles semblaient être mais également mis en lumière le défaut de connaissance mutuel du travail des autres acteurs de la communauté.
De quoi nous rappeler notre peu d’impact et la nécessité non seulement de nous adresser dans nos actions à l’extérieur mais aussi à l’intérieur de cette fluctuante communauté et au-delà de nos périmètres de confort.

Ces Etats généraux se sont conclus sur la nécessité de prolonger les rencontres, essentiellement sous 4 formes :

- la bonification au quotidien des prises de contact et échanges de coordonnées entre interlocuteurs qui désormais se connaissent ; l’information réciproque, l’identification des ressources, le dialogue, le partage de savoir faire doivent trouver à se poursuivre à tous les étages : interassociatifs comme interpersonnels.

- l’organisation d’étapes régionales doit continuer. Afin de permettre l’invention de mutualisations adaptées aux situations locales, d’amplifier la portée de nos voix sur tous les territoires, les aider à se faire écho d’une région à l’autre mais aussi de cultiver l’état d’esprit de ces Etats généraux et participer pleinement à la préparation d’une seconde édition à l’échelon national.

- les rencontres d’Avignon se sont terminées sur un constat unanime de la nécessité d’une deuxième session, qui après, la phase de l’initiation d’un dialogue, doit entrer dans le cœur des débats. Certains de ces débats pourront trouver des traductions concrètes, d’autres seront plus ardus à mener mais ces Etats généraux ont montré qu’il était possible de mettre les désaccords sur la table et que les positions n’étaient pas aussi figées qu’elles le semblent.
Qu’en partie au moins, certains de ces désaccords reposent sur la méconnaissance de ce qui fait la réalité des unes et des autres.
Quoi qu’il en soit, une majorité s’est dégagée pour en finir avec le fait d’enterrer les débats par avance au prétexte qu’il y aurait divergences.
Et à plusieurs reprises, ont été pointées les conséquences de la recherche systématique d’une position consensuelle qui s’affirme au détriment des plus exposés d’entre nous aux violences.
D’où la nécessité de re-trouver des modes de fonctionnements non seulement plus respectueux des minorités en notre sein mais qui prennent en compte aussi les dimensions d’urgence et de vulnérabilité.

- enfin, compte-tenu du contexte politique, du contexte électoral, de notre peu de poids dans le débat public, du coup d’arrêt qui a été porté à nos revendications, la question de la coordination des différentes marches des Fiertés se pose.

Tout naturellement aussi la question de la représentativité et de l’efficacité de la Marche des Fiertés parisienne de juin prochain s’est retrouvée au cœur des préoccupations.

De fait le centralisme républicain politique, administratif et médiatique français pèse sur nos organisations.

De fait, la marche de Paris ne peut pas être la marche d’une ville ; les Parisiens bénéficient d’un éclairage privilégié et national, de cette situation leur incombent des devoirs vis-à-vis de leurs pairs en régions.

La marche des Fiertés de Paris n’appartient ni à ses organisateurs, ni même aux Parisiens, elle est notre patrimoine commun.

Elle est notre outil principal de visibilité. Et nous ne pouvons nous permettre de mettre des centaines de milliers de personnes dans la rue sans nous interroger collectivement sur le message qu’elle doit porter et sur la façon de maximiser son efficacité.

L’enjeu est d’autant plus sérieux, que cette marche sera la dernière avant les élections présidentielles. Si nous ne parvenons pas à nous saisir de ce levier pour nous affirmer acteurs des débats, d’autres n’hésiteront pas soit à nous réduire au silence soit à produire en nos lieux et place le bilan du quinquennat écoulé et à nous imposer leurs priorités et calendriers.

L’Inter-LGBT a été invitée à se dépasser elle-même et à prendre en compte qu’elle ne peut se contenter ni de sa dimension parisienne ni de sa propre légitimité.

Comme souvent dans ce type d’événements, cette discussion initiée par la plénière de restitution du travail des ateliers s’est poursuivie dans les coursives. Et il a été demandé à l’Inter-LGBT de se mettre au service de la dynamique des États Généraux et d’organiser à court terme (d’ici deux mois, le temps d’en assurer une large communication communautaire et de s’organiser pour ceux qui devront faire le voyage), une réunion publique conviant à la fois des représentants de toutes les associations et collectifs qui ont participé à cette première session, mais aussi toutes celles et ceux qui n’ont pu faire le voyage en Avignon, ou qui souhaitent se joindre (individus compris) à cette énergie manifestée, afin que nous puissions le plus collectivement possible définir ensemble ce que nous souhaitons faire de ce patrimoine commun qu’est donc la Marche des Fiertés.

La situation est exceptionnelle et demande une réponse qui ne l’est pas moins. Face aux militants qui l’interrogeaient, Jérôme Beaugé, président de l’inter-LGBT s’est engagé publiquement à répondre à cette demande sous réserve que ses adhérents l’approuvent.

La question qui leur est posée est relativement simple, les Etats généraux ont montré une volonté commune dans le respect de nos spécificités de redonner un élan collectif à nos expressions et de permettre aux plus vulnérables d’entre nous d’être entendus et défendus.

Pendant 3 jours à Avignon, une centaine d’associations, plus de deux cents participants se sont efforcés d’ouvrir espaces et perspectives à la constellation LGBTI au-delà de leurs chapelles respectives. L’Inter-LGBT doit se saisir de cette responsabilité pour, en lien et en coopération avec les organisateurs des Etats Généraux, faire perdurer l’ouverture dont ces derniers ont été moteur et peuvent être garants. Ensemble ils doivent travailler à une première traduction immédiate et concrète de cette mobilisation réaffimée.


[1]Les Etats généraux LGBTI se sont déroulés les 13, 14 et 15 novembre 2015 à Avignon.
http://www.etatsgenerauxlgbti.fr/

mardi 8 juillet 2014

Une réussite, la Marche des Fiertés, vraiment ?




Une fois passée la satisfaction d’avoir, après une autre année difficile, pu marcher quelques heures au sein de ses pairs, d’avoir exprimé frustrations, indignations, colères contre les innombrables reculs du gouvernement, reculs ratifiés par le parti socialiste - car faut-il rappeler cette réalité, y compris dans un quinquennat présidentiel, un gouvernement n’existe pas sans le soutien d’une majorité parlementaire-, l’heure est-elle à se féliciter ou à s’interroger sur la réelle portée de cette marche ?
Je précise qu’il n’est question ici que de la Marche parisienne, qui revêt certaines caractéristiques qui lui sont propres et ne me paraît pas avoir à remplir exactement aux mêmes fonctions que les marches en régions.

Certes il n’est en 2014 toujours pas négligeable d’être visibles et de faire nombre, ni de s’offrir du plaisir à défiler ensemble au cœur de la Cité.

Cependant à lire commentaires et comptes-rendus tant sur les réseaux sociaux que dans les médias, la réussite de cette édition tiendrait à un renouveau de son caractère politique, et preuve en serait l’omniprésence des messages et pancartes fustigeant les abandons d’une loi destinée à déjudiciariser et démédicaliser le changement d’état civil pour les trans, de l’ouverture de l’accès de la PMA à toutes et tous et, dernière actualité, des ABCD de l’égalité.

La concomitance de ce dernier recul avec la Marche me semble devoir à minima nous interroger sur la considération portée à nos mouvements et sur la réalité de leur poids politique. Surtout si on y ajoute que le vendredi précédant cette Pride a également vu boucler le vote d’une loi famille soigneusement expurgée de tous les éléments censés nous concerner. C’est dire si la perspective d’une Marche des Fiertés à charge contre la politique de Hollande et consorts ne constitue guère un motif de préoccupation dans les esprits de nos dirigeants.

Et après tout ont-ils tort ? Car si toutes les marches ont battu leurs records d’affluence en région, ce fut loin d’être le cas à Paris. Et si les pluies diluviennes de samedi ont certainement joué un rôle dans cette faible mobilisation (très éloignée des 700 000 participants de Cologne ou du million de personnes défilant à Madrid), on ne peut se contenter de cette explication.

Quant à l’écho médiatique, si on s’y attarde quelques instants, que constate-t-on ? La relative bonne couverture de la presse écrite et/ou en ligne ne peut faire oublier que les journaux de 20h de TF1 et France 2 ont carrément fait l’impasse sur la manifestation (et ce n’était pas par manque d’espace ou de temps, mais par choix éditorial). Les chaînes d’info continue et les radios ont pour leur part assuré une couverture minimale.

Mais quel message fut envoyé ? Que la PMA avait été renvoyée aux calendes grecques et que les lesbiennes, pédés et trans s’estimaient trahis par leur allié traditionnel. Cette information apportait-elle quelque chose de nouveau par rapport aux messages d’ors et déjà véhiculés par ces mêmes médias depuis des mois, assurément non. J’ajouterais cependant un bémol à mon propos en posant l’hypothèse d’une meilleure visibilité des trans qu’à l’accoutumée ?

Cette marche n’a pas pesé sur les décisions ni du gouvernement ni sur la solidarité témoignée de fait par le PS aux choix de ce dernier. N’a réussi à faire passer aucun message nouveau. Et n’a somme toute exprimé qu’une colère modérée et impuissante.

Tolérant même que Jean-Paul Huchon, au cœur du carré de tête de la manifestation, déclare à propos du choix de ne pas ouvrir l’accès à la PMA qu’il « peut comprendre aujourd’hui que le gouvernement essaye de ne pas élargir la fracture [ouverte par la bataille du mariage] et de ne pas relancer la bagarre là-dessus », renvoyant cette ouverture à « un jour ou l’autre, il faudra bien en passer à la PMA »[1]. Un jour ou l’autre !
En attendant, ce qu’était venu afficher Huchon à la marche, ce n’était donc pas son indignation devant les renoncements du gouvernement mais au contraire son soutien à la politique d’apaisement de celui-ci. Ce qui n’a semblé poser problème à aucun des militants qui l’entouraient à l’avant-garde de cette marche.

Pourtant c’était exactement ce qu’était censé combattre cette manifestation : cette compréhension officielle de la discrimination, affichée depuis la clause de conscience, qui n’est rien d’autre qu’une validation de l’homophobie. Une autorisation symbolique venue du sommet de l’Etat, inscrivant certaines des violences qui s’exercent sur nous dans la catégorie de l’admissible.

Pire encore, en opposant notre accès au droit commun à la paix civile, il est clairement posé que ces violences à notre encontre ne sont même pas considérées comme portant atteinte à cette paix. Qu’il n’y a pas là de fracture ! Ce qui revient à nous renvoyer de facto à un statut de second rang.

Et bien ! heureusement que cette marche était celle de la colère. Qui permet à un responsable socialiste de venir parader à sa tête en prêchant la compréhension de choix qui nous maltraitent ! Et seulement agacés, on faisait quoi, on offrait un mégaphone à Manuel Valls ?

En fait cette marche était en réalité à l’image d’un mouvement gay, lesbien et trans qui n’a pas fait son aggiornamento.

Traversé par la colère mais incapable d’aller au bout de ses constats et de consommer la rupture avec un allié dont il a pris l’habitude de tout attendre. Sans doute effrayée par la nécessité de réinventer ses modes d’actions et l’articulation de ses revendications, la nébuleuse LGBT hésite entre se donner les moyens de son autonomie et patienter sans trop irriter les responsables du PS en attendant leur retour à de meilleures dispositions.

Alors ménageant la chèvre et le chou, avec la trouille de perdre ses soutiens familiers et les rares subventions qui lui tiennent lieu de moyens, désemparée, elle s’efforce de dissocier socialisme gouvernemental et socialisme local, acceptant une distribution des rôles qui n’est qu’à moitié recevable entre bad et good cops.

Une stratégie risquée qui loin de pousser les uns et les autres à revoir leur implication à la hausse pourrait au contraire permettre aux gentils de se reposer sur leurs acquis et de se contenter de gestes symboliques qui par comparaison à leurs collègues suffiraient à leur assurer leur badge gay friendly.

Madame Hidalgo et monsieur Huchon prétendent vouloir lutter à nos côtés ? Prenons-les au mot. Cessons de nous adresser à eux en ordre dispersé et de nous satisfaire de bouts de ficelles au prétexte que la droite nous a toujours refusé ces mêmes appoints. Proposons à ces élus d’établir ensemble un véritable cahier des charges de ce que serait une politique ambitieuse d’intégration des homos et des trans à la vie de la région.

Et de notre côté, sortons de l’allégeance. Réinvestissons le culturel, tournons-nous vers la société civile, ancrons à nouveau nos mouvements dans une contestation plus vaste de l’injustice sociale, dans un mouvement général de lutte contre les systèmes d’aliénation et de domination. Contre ces politiques qui fragilisent et précarisent toujours plus les populations les plus vulnérables quand elles n’en font pas des boucs émissaires et des cibles.

Rénovons la façon dont nous portons nos revendications afin de leur redonner leur charge imaginative et conquérante. L’égalité nous a enfermé dans une demande de remise à niveau au détriment de la dynamique transformatrice. Entre la doléance catégorielle et la sujétion à un statu quo qui nous inclurait. Comme si notre seule préoccupation était d’obtenir une place dans la société telle qu’elle est. Avec pour résultat d’ailleurs de n’obtenir au final qu’un strapontin ! et un impact minimal.
Le mariage a-t-il été rénové ? La famille s’est-elle enrichie de nos modes de vie ? Les parents (hétérosexuels) ayant recours à la PMA peuvent-ils s’en ouvrir plus sereinement au-delà de leurs cercles intimes ? Nos déconvenues nous dépassent.

Nos outils et nos discours sont inefficaces, périmés. Allons-nous tirer les leçons de la séquence qui s’est terminée avec l’adoption d’une forme de mariage qui ne protège même pas nos familles et n’est toujours pas accessible à certains des nôtres ou préférer l’étirer en une lente impuissance ?

Nos adversaires s’organisent, mutualisent leurs forces (bien plus considérables que les notres), gagnent du terrain mais nous, nous n’en sommes encore qu’à témoigner de notre colère ?

La politique est affaire de rapports de force et de domination idéologique ; si nous voulons nous en mêler, il va nous falloir nous inventer de nouvelles ressources et réveiller notre imagination collective.

L’année dernière, le collectif Ouiouioui évoquait l’idée de rassembler des Etats généraux de l’homosexualité, sans en avoir la capacité organisationnelle.

Des Etats généraux ouverts. Non seulement aux militants et aux associatifs mais également aux électrons libres qui ne trouvent pas leur place dans le mouvement d’aujourd’hui et aux nouvelles transversalités – embryonnaires encore, certes – qui tentent de s’organiser. Ce pourrait être une piste. Un petit pas vers une autonomie désespérément nécessaire.


Gaypride Paris 2014 - Le Reportage - 28/06 (à partir de 2’50) ; GayvoxVideos

jeudi 23 mai 2013

Fierté 2013 : des mariages et un enterrement ?





C’est beau des députés qui scandent "égalité, égalité" dans une enceinte parlementaire. On verse une larme, puis on s’offre des fleurs, on s’auto-congratule en versant le champagne, et après tout on l’a bien mérité, cet instant de bonheur, ce droit d’associer le printemps à des parfums de joie plutôt qu’à des remontées nauséabondes.

Mais sous les clameurs, en fond, persiste une petite note discordante, que d’aucuns voudraient étouffer. Elle prend la couleur de trois lettres, PMA, qui s’affichent sur des pancartes et deviennent emblématiques de renoncements qui la dépassent.

Il ne faut guère patienter longtemps pour entendre le Président de la République, le Premier Ministre, la ministre de la Famille et même le président de l’Assemblée Nationale - rien que ça ! – reprendre en chœur le nouvel hymne officiel : fermez le ban, l’heure est désormais à l’apaisement.

Passage en force contre cohésion sociale, opposition des réformes sociétales aux réformes économiques, les logiques et les mots sont ceux du refus de nos unions, et nous voilà priés de nous concentrer sur nos listes de mariage plutôt qu’à celles de nos revendications.

Quand la droite arrive au pouvoir, elle n’a aucun complexe à appliquer la politique pour laquelle son électorat l’a choisie. Tandis que les socialistes semblent toujours vouloir donner des gages à leurs opposants. Accepter et se mesurer aux règles et références de ces derniers. Comme s’il n’y avait de consensus possible que dans leur cadre, le cadre d’une économie libérale et d’une morale conservatrice.

Ce faisant, ils ne font qu’encourager la droite à instruire un incessant procès en illégitimité. Et nous perdons sur tous les tableaux, non seulement les réformes sont, à plus ou moins court terme, abandonnées ou amputées mais qui plus est, la droite même battue, peut continuer à imposer ses valeurs en référence.

Or si nos idées cessent d’être portées. Comment les faire avancer ?

François Hollande a choisi sa posture présidentielle ; naguère il se voulait l’homme de la synthèse au parti socialiste, aujourd’hui il prétend incarner le compromis raisonnable. Comme si s’affrontaient des forces équivalentes qu’il lui revenait d’arbitrer, incarnant ainsi le seul équilibre possible.

Dès lors, le système présidentiel fait ses ravages. Le parti socialiste enfermé dans sa position de parti du Président ne peut que s’incliner, les Verts et le Front de Gauche quasi inexistants au Parlement sont renvoyés au chimérique et la gauche n’est plus politiquement représentée.

Comment s’étonner alors que le système politique ne cesse de se déporter vers la droite. Quand le candidat élu par la gauche pour porter une alternative n’a pour seule ambition que d’offrir au néolibéralisme un visage plus humain.

Sans grandes illusions sur les perspectives de changements réels sur le plan économique qu’ouvrait l’élection d’un François Hollande, pouvait-on vraiment espérer que celui-ci se montre plus audacieux sur le plan sociétal et s’oppose au moins dans ce domaine aux résistances du conservatisme ? Là encore, il faudra se contenter du plus petit des dénominateurs.

Alors, allons-nous nous montrer raisonnables ? comme le Président pour qui le déferlement d’homophobie de ces derniers mois participe d’un débat légitime où « toutes les opinions doivent être respectées, toutes les sensibilités »[1]

Allons-nous accepter de brader nos droits au nom d’une conception de la paix sociale qui admet qu’on nous violente institutionnellement, verbalement et physiquement ? Allons-nous nous contenter de protester avec une vigueur désormais toute socialiste ?

Et puisqu’il n’est plus question d’égalité, quelle petite musique va entonner la marche des fiertés ?
Que vont faire nos lobbyistes patentés ? Adopter l’agenda gouvernemental et son analyse de la situation ? Cette nécessité d’apaisement ?
Nous assurer qu’ils travaillent, discutent, déploient force convictions dans les corridors et antichambres des ministères. Et qu’en attendant que ce travail de fourmi paie, il faut être réaliste, ne pas faire de vagues.

Ce message-là ne devrait pas être difficile à mettre en musique, entre ceux qui n’ont qu’une envie de fête et ceux qui ont désespérément besoin de souffler, de se refaire une santé …

Pour le principe, on placera l’égalité sur nos banderoles. On glissera la PMA dans nos communiqués. On n’oubliera pas le T, dans nos signatures.

Et pour entretenir le moral des troupes, on organisera un concert, reléguant les revendications dans l’ombre de la célébration. Un couple à succès ! Vedette prévisible de la marche de juin.

Une Pride dont le mot d’ordre aurait pu être les droits des trans, grands oubliés de cette longue route vers le mariage. Tous, pédés, bi, lesbiennes & trans, unis derrière ce seul mot d’ordre, ça aurait eu de la gueule. Voilà qui aurait donné un peu de corps, un peu de crédibilité à la marque LGBT. Ne serait-il pas temps d’afficher un peu de solidarité entre communautés ? D’honorer une dette historique envers les trans qui furent les premiers à se lever dans un mouvement dont nous touchons aujourd’hui des dividendes ?

Ou bien ne pourrait-on imaginer et réaliser une gigantesque banderole inaugurale n’affichant que 3 lettres, PMA, et des centaines de lesbiennes aux premiers rangs de la manifestation ? Pour signifier irréfutablement notre refus d’une égalité tronquée.

Parions plutôt sur l’orthodoxie du cortège de tête. Avec une banderole se réclamant de l’égalité portée par ceux-là mêmes qui nous demandent d’y surseoir. Et que nous retrouverons sur les photos des premiers mariages (réussis ou perturbés), ces noces que les chaînes d’informations, après avoir multidiffusé ceux qui s’y opposaient, trouveront pour un temps tout à fait télévisuelles et divertissantes.

En acceptant de nous réjouir avec les représentants du gouvernement, en adoptant la stratégie du compagnonnage (une conception de la politique qui a tellement bien réussi à SOS Racisme), nous admettons nous en remettre à leur gestion du calendrier et renonçons à essayer de développer les conditions nécessaires à l’aboutissement de nos revendications.

Quand le chef de l’état entend gérer la politique comme un arbitrage entre différentes formes de pression de la société, en renonçant à la fois à installer les conditions de cette pression de notre part dans la sphère du débat public et à faire de la politique ailleurs que dans les structures et logiques traditionnelles, nous abdiquons toute autonomie pour nous en remettre à la bonne volonté de ceux qui nous gouvernent. Charge à eux de déterminer le moment où ils jugeront que l’équilibre politique serait devenu plus favorable.

Mais quels moyens nous donnons-nous pour travailler à modifier cet équilibre ?

Les politiques ne peuvent être les seuls acteurs de la politique. Et la droite la seule à faire entendre ses exigences. Comment le silence pourrait-il contribuer à faire évoluer les perceptions des uns et des autres sur des revendications devenues invisibles ? Comment faire valoir nos arguments s’ils demeurent confidentiels ?

Si les Gay Pride ont toujours été festives, c’est parce que le sens même de cette détermination joyeuse est politique, c’est parce que nous y avons toujours partagé le refus de nous taire, le refus de l’ombre et de l’invisible. Y compris dans les périodes les plus sombres, nous avons toujours opposé la force de nos vies aux volontés de nous enterrer. Notre émancipation ne tient qu’au fil de notre expression.

Quand nos opposants ont obtenu du gouvernement qu’il recule sur la PMA et réussi à instaurer un climat d’homophobie délétère, nous n’aurions rien d’autre à proposer que de nous faire discrets ?

Et l’égalité, on en fait quoi pendant ce temps-là ? On négocie avec la SNCF, quoi ? un geste ? des tarifs spéciaux sur les Thalys ? On les baptisera abonnements égalité !

En attendant, ah oui, le mariage ! ce ne sont quand même pas quelques gouines qui vont gâcher la fête !



[1] François Hollande, conférence de presse du 16 mai 2013