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jeudi 16 mars 2017

LGBT à l’honneur et honneur des LGBT



En 2017, la réception à l’Elysée de représentants associatifs LGBT est une information.
Tel est le premier constat et il n’honore personne.

Il montre qu’en dépit des avancées et des oppositions, les luttes des associations et des activistes et militants gays, lesbiennes, bi, trans et intersexes demeurent tout sauf banales.

Il faudrait donc d’une certaine façon rendre hommage à François Hollande de ce geste qu’il adresse à la fois à ses convives et à la société dans son ensemble ?

Seulement voilà, cette invitation souligne par sa dimension exceptionnelle, son caractère problématique.

Car, dans la mesure où c’est la loi de la République que de s’incarner à travers des symboles et du cérémonial et l’une des fonctions du Président que de figurer dans la dimension une et indivisible de la République le rassemblement en son sein de toutes ses composantes, une telle réception ne devrait pas attirer l’attention plus qu’une ligne parmi d’autres dans un agenda élyséen. Et sa fréquence ne devrait pas trancher avec la régularité de rendez-vous qui réunissent d’autres corps intermédiaires de la société civile.

Or qui pourrait nier que ce soit pour s’en réjouir, s’en gausser, la critiquer, la mépriser ou s’y opposer, que cette réception de vendredi garde un aspect événementiel ?

Bref, depuis 5 ans que François Hollande préside, les militants pinky les plus institutionnels auraient déjà dû se fondre sans plus ni moins de grâce qu’un pot de fleur hétéro et cis dans la mare aux canards des Garden Party juillettiste.

Ce qui m’amène assez naturellement au calendrier.

Les militants LGBT, qui sont par définition, relativement familiers de la notion de retournement du stigmate, ne pourront qu’apprécier combien François Hollande emprunte à une méthode qui n’en est pas au fond très différente.

Car de quoi faudrait-il en fait le créditer, si ce n’est de transformer en vertu une action qui vaut en grande partie pour ce qu’elle tranche avec l’absence qui la précède.

Jusqu’au dernier brin, François Hollande usera de la ficelle de l’éternelle virginité de la gauche par opposition à ses prédécesseurs et à la droite.

Et ses rejetons (dont on ne sait d’ailleurs toujours pas lesquels font office d’héritiers en attendant que le suffrage donne l’onction) ont retenu la méthode qui font de même, s’exonérant chacun à leur façon de rendre des comptes de la part qu’ils ont pris au bilan quinquennal.

Voilà donc les LGBT conviés au bal des entrants à l’Elysée, à chausser les pointes pour, à leurs propres objectifs défendant, être les protagonistes de quelques ultimes pirouettes à gauche prétendant faire oublier que le cavalier est sortant.

C’est le sort des minorités politiques pour qui la porte est étroite dans la lutte pour faire valoir la dignité de leurs vies comme la justesse et la nécessité de leurs engagements contre les violences et les haines recuites.

Coincées entre l’acceptation de reconnaissances qui leur sont dues et ont été arrachées du fait de leurs combats et les instrumentalisations des politiques cherchant à inverser l’humilité d’hommages qu’ils doivent en mérite et espoirs à-valoir dont il faudrait leur être redevables.

Ce n’est d’ailleurs pas sans rappeler la visite du Président au chevet de Théo Luhaka le 7 février dernier à l'hôpital d’Aulnay-sous-Bois, quand dans le même temps sa majorité parlementaire non contente d’avoir renié ses promesses de campagne vote en dernière loi de son exercice un élargissement inique de la légitime défense.

Sortir du complexe de Cendrillon, c’est rappeler que la politique est un rapport de force dans lequel les minorités n’obtiennent d’avancées qu’à condition de refuser d’entretenir la geste dans laquelle c’est le politique qui honore.

C’est rappeler qu’ils sont acteurs au sens d’agissants et non pas seulement de représentation.

Rappeler que cette invitation à l’Elysée est le fruit d’une histoire et d’affrontements.

Ce quinquennat ne déroge pas à cette règle. Il suffit de contextualiser le calendrier des réceptions par le Président de la République.

Ce sont les porte-parole de l’Inter-LGBT reçus suite à la manifestation de militants devant Solferino en réaction à François Hollande envisageant de soumettre nos droits à une clause de conscience.

Ce sont des représentants de l’Inter-LGBT, du Centre gai et lesbien d’Ile de France et de SOS Homophobie reçus au moment précis où la communauté décide de remettre en question frontalement le bilan du gouvernement sur les questions LGBT et de ne pas permettre que celui-ci en impose sa version.

Ce sont des représentants reçus ce vendredi à quelques semaines des élections présidentielles et législatives.
Dernière tentative de redorer à peu de frais le bilan de cinq années qui auront vu les gays, lesbiennes, bi, trans et intersexes subir un backlash de violences largement nourri par les instrumentalisations, atermoiements et renoncements des gouvernements Hollande et qui voit les héritiers au mieux resservir les mêmes promesses qu’en 2012 avec moins encore de garanties de les tenir et des copiés-collés de déclarations hollando-vallsiennes sur la nécessité de ne pas heurter ceux qui nous violentent.

On notera aussi que cette réception intervient à deux jours de l’organisation de la seconde Marche pour la Justice et la Dignité.1

Une marche à l’appel des familles victimes de violences policières qui intervient dans un contexte où la radicalisation autoritaire et anti-sociale de la politique du gouvernement et l’extension des violences institutionnelles ont conduit à des mobilisations collectives et des rapprochements entre activistes et militants de divers fronts (état d’urgence, loi travail, soutien à la famille d’Adama Traoré, à Théo Luhaka, 8 mars …).

Une solidarité en marche, une coalition des minorisés et une ébauche de repolitisation collective autonome que le gouvernement attaque de toutes ses forces.
Et notamment par la voix de Gilles Clavreul, son Préfet, Délégué interministériel à la lutte contre le racisme et hop, depuis moins d’un an à la lutte contre la Haine anti-LGBT (DILCRAH2) , c’est-à-dire, tiens donc, depuis que le gouvernement a compris que l’ouverture du mariage ne lui garantissait plus bilan choupi-choupi.

Attardons-nous quelques instants d’ailleurs sur l’intitulé et le vocabulaire choisis du carton d’invitation qu’ont reçu les impétrants.

On notera bien sûr que la formule évite soigneusement toute mention d’une quelconque forme de lutte, de politisation, de militance et évidemment de communauté.

Mais on enregistrera aussi que si le Président de la République invite « des actrices et des acteurs engagés contre la haine et les discriminations anti-LGBT », avec un "des" qui est article partitif (ce qui signifie donc qu’il invite une partie de ces acteur.e.s. engagés), en réalité sur le carton, il a été choisi d'écrire « en l'honneur des actrices et des acteurs » avec un "des" qui lui est un article défini (c’est-à-dire l’outil de la détermination complète). En conséquence de quoi, en bon français, l'Elysée prétend définir qui sont les acteur.e.s de ces luttes.

Qu’il y ait choix des invités c’est de bonne guerre et que ce choix se fasse, en priorité, en privilégiant plutôt les moins critiques aussi.

Par contre un mouvement qui se veut autonome se doit à minima de dénoncer qu'il y a eu tri et la dimension politique de ce tri, sauf à s’en arranger et accepter de servir des intérêts qui sont ceux du politique et non ceux des LGBT.

Il y aurait à s’inquiéter aussi que ce tri en indique un autre à venir (prévisible ?) : à savoir que les financements de projets relevant de la DILCRAH aient été attribués non pas en fonction de leur utilité mais avec cette même grille idéologique inversement proportionnelle à l’indépendance politique.

Pour le reste que l’Elysée fasse de la politique, c’est la moindre des choses. C’est pourquoi d’ailleurs, veillant à ne pas verser dans une caricature, quelques invitations ont été adressées à des représentants qu’on ne peut soupçonner de complaisance. En revanche, on aura bien compris qu’ils seront très minoritaires.

Je n’ironiserai pas plus qu’en passant sur le fait qu’il semble que quelques invitations se soient égarées dans l’espace sidéral du net. Qu’on apprenne alors qu’Alice Coffin questionne la légitimité du tri effectué et s’en émeut, que ce sont celles d’Act Up et de l’AJL qui ne sont pas parvenues à leurs destinataires est sans doute pur hasard.

J’ajouterais, pour être très claire, que la question n’est pas de savoir si les structures et personnes « oubliées » y seraient allées ou pas.

En fait d’ailleurs, cette question de se rendre ou pas à l'Elysée ne me semble que de très peu d’intérêt à partir du moment où elle n’est pas posée en termes politiques et collectifs et de faire savoir.

Un boycott collectif argumenté et médiatisé, aurait eu un sens. Y aller peut en avoir aussi : porter des paroles silenciées, interroger le tri, contrecarrer le bilan tout positif qu'on veut vendre à l'opinion publique et rappeler que l'honneur des activistes n'a pas attendu que l'Elysée nous remette un diplôme, et qu'à l'inverse les activistes ne sont pas prêts d'organiser une cérémonie à l'honneur des gouvernements socialistes …

2Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Haine anti-LGBT (DILCRAH)

lundi 17 novembre 2014

Au gré des vents




Génial, Sarkozy postule au rôle du coq perché au sommet de l’église et nous voilà promus experts en météo juridique !

Bon, la bonne nouvelle, c’est que si une partie des militants de l’UMP est ravie du retour du patron, cet enthousiasme n’est visiblement pas partagé par ses cadres. Qui se sont empressés d’exploiter l’image peu flatteuse, pour qui prétend incarner la hauteur d’un chef d’Etat, du tribun cédant aux imprécations d’une salle rugissante.
La mauvaise nouvelle, c’est que passent ainsi pour modérées les propositions de ses concurrents de ne s’en tenir qu’à une réécriture de la loi Taubira et d’interdire toute progression de nos droits.

Peut-on, ne peut-on pas ? La bataille n’est pas juridique mais idéologique. Faut-il rappeler, qu’en dernier ressort, le juridique n’a aucune existence objective et demeure en toute circonstance soumis à interprétation politique.

Il y a une quinzaine d’années, Caroline Mécary faisait remarquer que rien n’interdisait dans la loi de marier des couples homos, pourtant il a fallu 15 ans justement et une loi spécifique pour y parvenir. Tout simplement parce que l’interprétation du droit n’échappe pas au rapport de forces idéologiques.

Alors évidemment on peut, c’est compliqué, délicat, peu probable, des garde-fous (quasiment au sens littéral) existent, mais quand le vent devient mauvais, rien n’est impossible. Et je ne vais pas expliquer comment à nos ennemis, ils en ont déjà quelques idées assez précises. Y compris à d’autres échelles qu’hexagonales.

Sans en arriver là, pour le moment, ils réussissent toujours à marquer des points. Peu importe que les déclarations de Sarkozy le revenant soient crédibles et aient vocation à se réaliser ou non, non seulement ils parviennent à imposer qu’on débatte encore et toujours, en dépit des tendances légitimistes lourdes de la population, de la validité d’une loi votée mais qui plus est, ils nous acculent à défendre cette seule avancée, nous empêchant d’en pointer les insuffisances et de développer nos propres revendications.

Comme le souligne le communiqué des Enfants d’Arc en Ciel, pourtant « Un mariage au rabais c’est déjà ce qui nous a été accordé. Certains d’entre nous ne peuvent pas se marier en raison de la nationalité de l’un d’eux, la filiation n’est pas accessible à nos enfants dès leur naissance et sans procédure judiciaire, les enfants ne peuvent pas être conçus dans leur pays grâce à l’aide médicale à la procréation, etc. »[1]

Mais une fois de plus, ce week-end, il a été question non du mariage mais de mariage homosexuel. Nul n’est besoin en fait de nous proposer un mariage à part, puisque d’une certaine façon c’est toujours le cas dans les esprits et dans la loi.

Parler de mariage homosexuel, c’est en fait souligner et entretenir malgré cette loi, l’idée que nos unions n’accèdent toujours pas et n’ont pas à accéder au droit commun.

Une façon à minima de bloquer toute évolution nous y conduisant. Xavier Héraud de Yagg, dans son édito[2] d’aujourd’hui, peut bien se moquer de Bruno Le Maire défendant des interdictions déjà à l’œuvre, il n’empêche qu’à les agiter, il passe pour modéré et responsable. Quasi consensuel ! et contribue à les rendre indiscutables.

J’ai vu ici et là déplorer que Sarkozy nous utilise, mais il n’est pas le seul. Toute la classe politique, avec la complicité des médias, se joue de nous. Sarkozy qui veut se faire le champion de toute la droite, Le Maire, Fillon, Juppé qui souhaitent reprendre à François Hollande la chaire de la modération responsable et le Président qui en profite pour nous rappeler à l’apaisement[3], brandissant avec satisfaction la menace d’une alternance pire que sa gouvernance.

Le temps d’un week-end, les médias friands de ce type de divertissement, ont consenti à nous ouvrir leurs micros, et faute de mieux nous voilà contraints à jouer les pompiers bénévoles des insuffisances socialistes !

La Manif pour tous et ses avatars nous donnent des leçons d’activisme minoritaire. En maintenant constante leur pression sur la légitimité même de la loi Taubira, ils nous obligent à concentrer nos forces et nos énergies en défense.

Heureusement, pendant ce temps, l’ADFH[4] a obtenu d’échanger son strapontin à l’UNAF contre un siège de membre à part entière. Là, on avance, même si nous ne sortons toujours pas du cercle de la famille.



[2] «Sarkozy, l’UMP et les homos: un mensonge chasse l’autre», par Xavier Héraud,
[3] «Cette loi est respectée, elle est d’ailleurs chaque jour mieux comprise. Ensuite il appartiendra, s’il devait y avoir alternance, à ce que ce débat se repose. Mais aujourd’hui, il n’est pas posé, il n’est plus posé et je vais vous dire aussi que dans ce débat-là, qui est maintenant derrière nous, moi je pense que l’apaisement est la meilleure des méthodes. Le consensus est toujours préférable à la division.»

lundi 3 février 2014

PS : on attend le médecin légiste





Il est communément admis que le gouvernement, et par extension les socialistes, reculeraient sur leurs engagements et promesses de campagne sous la pression des opposants à leurs projets.
Il faudrait dès lors imputer ces reculs soit à un manque de courage, soit à la volonté si ce n’est de satisfaire ces opposants, au moins de les apaiser.
Face à ces choix du gouvernement, une partie des sympathisants de gauche répond par la résignation - compte-tenu de l’exacerbation des colères et des difficultés économiques, il n’y aurait pas d’alternative au compromis et à la temporisation – tandis que d’autres expriment une incompréhension grandissante.

Cette incompréhension progresse à partir de deux constats : le gouvernement s’adresserait à un électorat qui n’est pas le sien et qu’il ne sera jamais en mesure de conquérir. De plus, ce calcul ne produit pas la pacification promise. Au contraire les mouvements de contestation s’inscrivent peu à peu dans la durée et multiplient les manifestations d’hostilité, élargissant chaque jour le registre de leurs prétentions.

Cependant il me semble que relier les reniements socialistes à la seule puissance des manifestations réactionnaires est non seulement réducteur mais surtout erroné.

François Hollande n’est ni stupide, ni aveugle et encore moins dépourvu de sens tactique. Il serait naïf d’imaginer que sa politique viserait à séduire, même si peu que ce soit, la frange la plus réactionnaire de la droite.

Et ce n’est pas la force de nuisance de celle-ci qui le contraint à abandonner un projet de société qui lui tiendrait à cœur quand il recule sur la PMA, la démédicalisation et déjudiciarisation du changement d’état civil pour les personnes trans ou la loi Famille. Il n’a d’ailleurs pas attendu l’émergence de la Manif pour tous, pour s’inscrire dans une stratégie qui doit conduire, selon ses analyses, à un second quinquennat socialiste.

Cette stratégie repose sur le fait minoritaire de la gauche dans le pays. Une gauche dont l’impuissance collective à imposer ses schèmes conduit le Président de la République à estimer qu’une réélection ne saurait être possible qu’à condition d’empêcher la droite de s’unir, de récupérer les voix centristes et de convaincre les décideurs économiques qu’une gauche modérée au pouvoir est bien plus à même de leur permettre de mener à bien leur entreprise de démolition libérale de l’Etat qu’une droite dure.

Ratification du traité sur la stabilité, 
la coordination et la gouvernance
au sein de l’Union économique et monétaire, ANI (accord national interprofessionnel sur la compétitivité et la sécurisation de l’emploi), réforme des retraites (et bientôt pacte de responsabilité), autant de réformes souhaitées par la droite et le patronat et menées par le gouvernement Ayrault sans qu’aucune grève ou mouvement social d’envergure ne viennent en gêner la mise en œuvre.

Seuls les faits s’imposent. François Hollande ne mène pas une politique socialiste. Il ne mène même pas une politique sociale-démocrate. Non, il mène une politique de centre droit. Economique, sociale et sociétale.

A un moment il faut en tirer les conséquences, le PS n’est pas une force de transformation sociale, au mieux c’est un conservatisme modéré. Il ne trahit pas la gauche, il n’en fait plus partie.

Prétendre qu’il la trahit c’est encore l’aider à entretenir une supercherie.

Face à une droite minée par les divisions internes, privée de ses principaux arguments programmatiques sur le plan économique et poussée par sa fraction la plus archaïque à durcir ses positions sociétales au risque de se couper de ses modérés,

Face à une gauche émiettée, se déchirant dans des rivalités stériles, incapable de tracer des perspectives et de disputer son leadership au PS et un électorat déboussolé à qui l’on ne cesse de répéter qu’il n’existe pas d’alternative,

Il se sert de nos revendications comme d’un chiffon rouge visant à afficher sa modération.

Il se moque de nous comme des réacs qui occupent nos rues. Les uns et les autres ne sommes utiles que pour figurer une ligne médiane susceptible d’incarner une gouvernance raisonnable.

Voilà à quoi servent les messages d’apaisement.

A convaincre la majorité de la population qu’entre deux extrêmes, le PS représente la seule solution responsable.

François Hollande et le PS n’ont guère l’intention de se préoccuper de nos incompréhensions, de notre colère devant ses reniements ou de nos frustrations, ils n’ont qu’un objectif consolider leur centralité sur l’échiquier politique.

Il ne sert à rien d’attendre de leur part qu’ils défendent nos revendications. Nous n’avons pas d’autres solutions que de les porter nous-mêmes, de les faire vivre dans la société sans en rabattre jamais sur nos valeurs, jusqu’à contraindre les partis politiques à les reprendre à leur compte parce qu’il n’est plus de leur intérêt de les ignorer plus longtemps.

La politique n’est rien d’autre qu’un rapport de force.

Plus que des gesticulations d’obscurantistes, c’est de notre impuissance commune à nous mobiliser que naissent les reniements du PS. Dans la lâcheté, l’indifférence et la résignation collective.

Empêtrés dans les difficultés quotidiennes, bridés par un carcan idéologique qui veut nous soumettre, il n’y a pourtant pas d’autres voies que de nous faire, nous-mêmes, acteurs du changement.

jeudi 16 janvier 2014

La violence du consensus




L’allégeance de François Hollande aux politiques de droite ne se limite pas à ses propositions économiques (assez largement commentées pour que je ne m’y attarde pas). Sur les questions de société aussi, le Président de la République donne des gages au conservatisme.
L’habileté du Président consiste à habiller ses choix de la délicate et si appréciée tournure du consensus. Pour connue qu’elle soit, la méthode Hollande fonctionne chaque fois que les observateurs lui laissent endosser les habits de l’homme de la synthèse. Au prétexte du rassemblement, il incarnerait ainsi la voie de la modération raisonnable.
L’arnaque fonctionne d’autant mieux qu’elle rencontre une complicité objective des media dont la logique n’est pas très éloignée de celle du Président : s’attacher un auditoire le plus large possible dans une France qu’on imagine conservatrice.
L’exercice est simple, on présente l’objectif à travers des termes positifs, concorde, apaisement, tout en prenant soin au contraire d’habiller l’alternative d’antonymes suggérant le désordre : divisions et polémique.
Et pour mieux s’ériger en arbitre, on forge de fausses équivalences.
Plaçant sur le même plan des actes racistes, illégaux et d’autres qui ne le sont pas, le blasphème : « s'exhiber dans une église »[1]. Comme s’il était indifférent de s’en prendre à des personnes ou de s’attaquer à une institution.
Une demande d’élargissement du droit commun : l’ouverture du mariage et l’autorisation de s’exonérer du respect de la loi : la clause de conscience.
Des mouvements revendiquant le droit pour chacun à disposer de son corps et à décider des conditions de sa propre mort et ceux qui souhaitent imposer aux autres leur refus de cette liberté.
Quand le gouvernement persiste à prétendre qu’il est légitime de questionner l’orientation sexuelle des femmes avant de leur permettre l’accès à la PMA, il ne fait qu’autoriser la discrimination.
Quand il conditionne cette réforme à un futur (et improbable) apaisement de ceux qui la refusent, il ne travaille pas au rassemblement mais autorise une faction bruyante à décider en nos lieux et places de l’organisation de nos modes de vie.
De la même façon, prétendre élaborer un texte sur la fin de vie « sans polémiques, sans divisions et simplement dans l’idée qu’un cheminement est possible pour rassembler toute la société »[2] revient à confier à cette même faction le pouvoir de décider pour l’ensemble de la société de ce qui est acceptable ou non.
Gageons qu’ils sauront faire fructifier cet encouragement présidentiel à contrer cette réforme pour la réduire à peau de chagrin et continuer à imposer en règle universelle leur très catholique morale personnelle.
Interdire à ses concitoyens de disposer librement de leurs corps n’a rien de démocratique.
Nous voici, donc, avec un président de la République qui, d’un ton patelin, défend la discrimination, confond allègrement légal et illégal et réhabilite avec bonhomie, les forces les plus obscurantistes et antirépublicaines de la société.
François Hollande réussit la synthèse entre le pire du système présidentiel : quand un seul homme décide, et celui du système parlementaire : quand une minorité finit par imposer ses idées à la majorité. Ni François Mitterrand, ni Jacques Chirac, lors des cohabitations avec des majorités qui ne leur étaient pas favorables, n’avaient pour autant renoncé à défendre les valeurs de leurs électorats respectifs.
François Hollande qui lui pourrait s’appuyer sur une majorité qui détient tous les pouvoirs a non seulement choisi de ne pas s’opposer à la domination idéologique de la droite, mais il est en train d’offrir à ses courants les plus violemment réactionnaires un pouvoir que les urnes leur ont refusé. Ils ne se priveront pas d’en abuser.
A trop miser sur une explosion de l’UMP et un affrontement binaire qui verrait s’opposer Front National et un PS incarnant désormais la droite modérée, il pourrait bien n’y avoir que des perdants.



[1]Conférence de presse du président de la République au Palais de l’Élysée, 14 janvier 2014, http://www.elysee.fr/conference-de-presse-du-president-de-la-republique-confpr-2/
[2]Conférence de presse du président de la République au Palais de l’Élysée, 14 janvier 2014, http://www.elysee.fr/declarations/article/ouverture-de-la-conference-de-presse-du-president-de-la-republique-au-palais-de-l-elysee-le-14-janvier-201/

mardi 24 septembre 2013

Pourquoi nous devons mener la bataille de la PMA, épisode 1


PROCRASTINATION, subst. fém. Littér. Tendance à différer, à remettre au lendemain une décision ou l'exécution de quelque chose. Synon. ajournement, atermoiement.



Il y a maintenant un peu moins d’un an, le 21 novembre 2012, l’invraisemblable clause de conscience inventée par François Hollande à propos de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, poussaient quelques centaines de pédés et de gouines à manifester leur indignation rue de Solferino, devant le siège du PS.

Au sortir de cette manifestation, je décidai d’ouvrir un blog pour m’opposer à ma façon aux concerts d’énormités qui accompagnaient la présentation du projet de loi. J’en étais persuadée, l’ouverture du mariage serait une bataille idéologique ; elle serait longue, rude, et les gays devraient compter sur leurs propres forces pour y faire entendre leur parole.

Il me paraissait en outre évident que la tonalité de ces débats conditionnerait la suite du quinquennat. Accepter sans réagir le refus de ce gouvernement d’assumer son propre programme ne pouvait conduire qu’à l’assurance de reculs à venir dans tous les autres domaines (PMA, droit des trans, droit de vote des étrangers, droits des putes, mais aussi droit à la retraite, droits des malades …).

C’est pourquoi, en dépit des insuffisances du texte présenté, sa défense s’imposait. Il devenait au-delà de droits futurs, le thermomètre d’un rapport de force politique. Le symbole de la résistance aux diktats d’une morale conservatrice visant à défendre un ordre hétéropatriarcal, blanc et biologisant.

Les tergiversations du gouvernement sur l’ouverture de la PMA (procréation médicalement assistée) à toutes les femmes relèvent du même registre. Avec ses dérobades successives, il montre une bien pauvre conception de la politique : loin de défendre une volonté de transformation éthique de la société, il ne cesse de céder aux pressions des réactionnaires, les encourageant dans leurs tentatives de contester les droits des minorités.

Avec la PMA, les socialistes nous promettent, comme pour le Mariage, une bataille de longue haleine. Parions que cette promesse-là (la durée), ils la tiendront. Et puisqu’il faudra y revenir, j’ai décidé d’aborder la question par son versant le plus simple, l’égalité des couples.

Concrètement, la PMA recouvre les pratiques d’insémination artificielle et de fécondation in-vitro. Chaque année en France, des dizaines de milliers de couples ont recours à ces techniques et donnent naissance à près de 20 000 enfants.

Concrètement, notre pays, à ce jour, a décidé que seuls les couples hétérosexuels mariés (ou en couple depuis 2 ans) pouvaient accéder à ces pratiques, à condition d’infertilité ou pour éviter la transmission d’une maladie grave.

Cette condition d’infertilité concerne bien le couple et non les individus pris séparément. Il ne s’agit pas de savoir si chacun des membres de ce couple pourrait, en s’associant à un autre partenaire retrouver une fertilité naturelle.

La PMA devrait donc, à tout le moins, être accessible à tout couple infertile, quels que soient le sexe, le genre et l’orientation sexuelle des membres de ce couple ou la cause de l’infertilité.

Décider d’interroger l’orientation sexuelle ou le genre des individus avant de définir les droits auxquels ils ont accès relève purement et simplement de la discrimination.

Et s’il s’agit d’objecter, que dans le cas des couples composés de femmes, il sera nécessaire d’en appeler à une tierce personne, là encore, le seul principe d’égalité doit prévaloir. Soit nous interdisons toute technique de PMA ayant recours à une tierce personne, soit nous l’autorisons pour tous les couples.

Or, même de cette minimale et stricte application du principe d’égalité entre les couples, le gouvernement Ayrault aujourd’hui se défausse.

Pire, il prétend en faire une question de bioéthique. Mais quand la PMA en elle-même est autorisée, la seule question qui est alors posée au CCNE (Comité consultatif national d'éthique), c’est celle de la légitimité des couples non-hétérosexuels et non-cisgenre à y recourir.

Le gouvernement Ayrault a sans doute fait voter l’ouverture du mariage aux couples de même sexe mais il continue d’affirmer que tous les couples ne se valent pas !

Il y a ceux qu’il faut aider dans la construction de leurs familles et ceux qu’on peut condamner au pouvoir de l’argent et à la précarité de la clandestinité aux seuls motifs de ce qu’ils sont.

Face à ce simple constat, la question nous est posée, allons-nous comme le gouvernement, contribuer longtemps par notre silence et notre discrétion, à légitimer cette infériorisation de nos couples ? Cette infériorisation de nos vies ? Notre infériorisation tout simplement.

Rassemblement à l’appel du Collectif Oui Oui Oui
Pas d’égalité, sans la PMA. PS, tiens tes promesses !
Mercredi 25 septembre, 19h : Siège du PS, Paris, rue de Solferino
http://www.ouiouioui.org/



jeudi 23 mai 2013

Fierté 2013 : des mariages et un enterrement ?





C’est beau des députés qui scandent "égalité, égalité" dans une enceinte parlementaire. On verse une larme, puis on s’offre des fleurs, on s’auto-congratule en versant le champagne, et après tout on l’a bien mérité, cet instant de bonheur, ce droit d’associer le printemps à des parfums de joie plutôt qu’à des remontées nauséabondes.

Mais sous les clameurs, en fond, persiste une petite note discordante, que d’aucuns voudraient étouffer. Elle prend la couleur de trois lettres, PMA, qui s’affichent sur des pancartes et deviennent emblématiques de renoncements qui la dépassent.

Il ne faut guère patienter longtemps pour entendre le Président de la République, le Premier Ministre, la ministre de la Famille et même le président de l’Assemblée Nationale - rien que ça ! – reprendre en chœur le nouvel hymne officiel : fermez le ban, l’heure est désormais à l’apaisement.

Passage en force contre cohésion sociale, opposition des réformes sociétales aux réformes économiques, les logiques et les mots sont ceux du refus de nos unions, et nous voilà priés de nous concentrer sur nos listes de mariage plutôt qu’à celles de nos revendications.

Quand la droite arrive au pouvoir, elle n’a aucun complexe à appliquer la politique pour laquelle son électorat l’a choisie. Tandis que les socialistes semblent toujours vouloir donner des gages à leurs opposants. Accepter et se mesurer aux règles et références de ces derniers. Comme s’il n’y avait de consensus possible que dans leur cadre, le cadre d’une économie libérale et d’une morale conservatrice.

Ce faisant, ils ne font qu’encourager la droite à instruire un incessant procès en illégitimité. Et nous perdons sur tous les tableaux, non seulement les réformes sont, à plus ou moins court terme, abandonnées ou amputées mais qui plus est, la droite même battue, peut continuer à imposer ses valeurs en référence.

Or si nos idées cessent d’être portées. Comment les faire avancer ?

François Hollande a choisi sa posture présidentielle ; naguère il se voulait l’homme de la synthèse au parti socialiste, aujourd’hui il prétend incarner le compromis raisonnable. Comme si s’affrontaient des forces équivalentes qu’il lui revenait d’arbitrer, incarnant ainsi le seul équilibre possible.

Dès lors, le système présidentiel fait ses ravages. Le parti socialiste enfermé dans sa position de parti du Président ne peut que s’incliner, les Verts et le Front de Gauche quasi inexistants au Parlement sont renvoyés au chimérique et la gauche n’est plus politiquement représentée.

Comment s’étonner alors que le système politique ne cesse de se déporter vers la droite. Quand le candidat élu par la gauche pour porter une alternative n’a pour seule ambition que d’offrir au néolibéralisme un visage plus humain.

Sans grandes illusions sur les perspectives de changements réels sur le plan économique qu’ouvrait l’élection d’un François Hollande, pouvait-on vraiment espérer que celui-ci se montre plus audacieux sur le plan sociétal et s’oppose au moins dans ce domaine aux résistances du conservatisme ? Là encore, il faudra se contenter du plus petit des dénominateurs.

Alors, allons-nous nous montrer raisonnables ? comme le Président pour qui le déferlement d’homophobie de ces derniers mois participe d’un débat légitime où « toutes les opinions doivent être respectées, toutes les sensibilités »[1]

Allons-nous accepter de brader nos droits au nom d’une conception de la paix sociale qui admet qu’on nous violente institutionnellement, verbalement et physiquement ? Allons-nous nous contenter de protester avec une vigueur désormais toute socialiste ?

Et puisqu’il n’est plus question d’égalité, quelle petite musique va entonner la marche des fiertés ?
Que vont faire nos lobbyistes patentés ? Adopter l’agenda gouvernemental et son analyse de la situation ? Cette nécessité d’apaisement ?
Nous assurer qu’ils travaillent, discutent, déploient force convictions dans les corridors et antichambres des ministères. Et qu’en attendant que ce travail de fourmi paie, il faut être réaliste, ne pas faire de vagues.

Ce message-là ne devrait pas être difficile à mettre en musique, entre ceux qui n’ont qu’une envie de fête et ceux qui ont désespérément besoin de souffler, de se refaire une santé …

Pour le principe, on placera l’égalité sur nos banderoles. On glissera la PMA dans nos communiqués. On n’oubliera pas le T, dans nos signatures.

Et pour entretenir le moral des troupes, on organisera un concert, reléguant les revendications dans l’ombre de la célébration. Un couple à succès ! Vedette prévisible de la marche de juin.

Une Pride dont le mot d’ordre aurait pu être les droits des trans, grands oubliés de cette longue route vers le mariage. Tous, pédés, bi, lesbiennes & trans, unis derrière ce seul mot d’ordre, ça aurait eu de la gueule. Voilà qui aurait donné un peu de corps, un peu de crédibilité à la marque LGBT. Ne serait-il pas temps d’afficher un peu de solidarité entre communautés ? D’honorer une dette historique envers les trans qui furent les premiers à se lever dans un mouvement dont nous touchons aujourd’hui des dividendes ?

Ou bien ne pourrait-on imaginer et réaliser une gigantesque banderole inaugurale n’affichant que 3 lettres, PMA, et des centaines de lesbiennes aux premiers rangs de la manifestation ? Pour signifier irréfutablement notre refus d’une égalité tronquée.

Parions plutôt sur l’orthodoxie du cortège de tête. Avec une banderole se réclamant de l’égalité portée par ceux-là mêmes qui nous demandent d’y surseoir. Et que nous retrouverons sur les photos des premiers mariages (réussis ou perturbés), ces noces que les chaînes d’informations, après avoir multidiffusé ceux qui s’y opposaient, trouveront pour un temps tout à fait télévisuelles et divertissantes.

En acceptant de nous réjouir avec les représentants du gouvernement, en adoptant la stratégie du compagnonnage (une conception de la politique qui a tellement bien réussi à SOS Racisme), nous admettons nous en remettre à leur gestion du calendrier et renonçons à essayer de développer les conditions nécessaires à l’aboutissement de nos revendications.

Quand le chef de l’état entend gérer la politique comme un arbitrage entre différentes formes de pression de la société, en renonçant à la fois à installer les conditions de cette pression de notre part dans la sphère du débat public et à faire de la politique ailleurs que dans les structures et logiques traditionnelles, nous abdiquons toute autonomie pour nous en remettre à la bonne volonté de ceux qui nous gouvernent. Charge à eux de déterminer le moment où ils jugeront que l’équilibre politique serait devenu plus favorable.

Mais quels moyens nous donnons-nous pour travailler à modifier cet équilibre ?

Les politiques ne peuvent être les seuls acteurs de la politique. Et la droite la seule à faire entendre ses exigences. Comment le silence pourrait-il contribuer à faire évoluer les perceptions des uns et des autres sur des revendications devenues invisibles ? Comment faire valoir nos arguments s’ils demeurent confidentiels ?

Si les Gay Pride ont toujours été festives, c’est parce que le sens même de cette détermination joyeuse est politique, c’est parce que nous y avons toujours partagé le refus de nous taire, le refus de l’ombre et de l’invisible. Y compris dans les périodes les plus sombres, nous avons toujours opposé la force de nos vies aux volontés de nous enterrer. Notre émancipation ne tient qu’au fil de notre expression.

Quand nos opposants ont obtenu du gouvernement qu’il recule sur la PMA et réussi à instaurer un climat d’homophobie délétère, nous n’aurions rien d’autre à proposer que de nous faire discrets ?

Et l’égalité, on en fait quoi pendant ce temps-là ? On négocie avec la SNCF, quoi ? un geste ? des tarifs spéciaux sur les Thalys ? On les baptisera abonnements égalité !

En attendant, ah oui, le mariage ! ce ne sont quand même pas quelques gouines qui vont gâcher la fête !



[1] François Hollande, conférence de presse du 16 mai 2013

lundi 3 décembre 2012

Ils partirent 100 … engagés pour un calendrier !




On croyait avoir lu dans leur tribune publiée par Mediapart le 27 novembre dernier qu’ils s’engageaient pour l’égalité des droits et l’accès de toutes les femmes à la PMA là maintenant tout de suite, mais voilà que dès le lendemain, sans doute effrayés par leur propre témérité, certains s’empressent de nous apporter quelques précisions.

Ainsi, le 28 novembre, le signataire Matthias Fekl (député de Lot-et-Garonne) explique au Figaro « le gouvernement souhaite dissocier la PMA du texte sur le mariage. C’est quelque chose que j’entends ».

Tandis que le porte-parole du groupe socialiste, Thierry Mandon se dit déjà, prêt à renoncer à la PMA en échange d’un calendrier.

De son côté, Matignon continue d’affirmer que le président s’est engagé pour le mariage pour tous mais que la PMA nécessite un débat de société.

Décidément, il va me falloir sérieusement penser à renouveler mon forfait optique car n’ai-je pas lu dans les documents de campagne présidentielle au rayon lutte contre les discriminations visant les personnes LGBT, je cite « ouvrir à tous les couples, de même sexe ou de sexe différent, l’assistance médicale à la procréation par insémination avec don anonyme » ? Où était le mot débat ?

Tout ça commence à dessiner une stratégie. C’est la saison des calendriers. A accrocher sur le frigo.

Mariage : les députés socialistes se réveillent enfin. Merci François Hollande ?




L’histoire est-elle condamnée à se répéter se demandent les 100 députés socialistes qui s’engagent pour l’égalité des droits dans une tribune publique publiée ce mardi 27 novembre sur le site de Mediapart.

Et si ces députés par cette question entendent mettre en accusation la droite, force est de nous rappeler que l’adoption du Pacs ne se fit pas sans une certaine obstruction à gauche.

Les propos de François Hollande sur la liberté de conscience des maires n’ont pas été sans raviver de douloureux souvenirs.

Le Président, se plaçant dans les pas de Lionel Jospin, n’allait-il pas renouveler avec le mariage le tour de force réussi en 1999 par le gouvernement socialiste de faire adopter le Pacs tout en semant colère et défiance chez nombre d’homosexuels ?

Pour beaucoup, la sortie du chef de l’état (suffisamment commentée par ailleurs pour que je ne revienne pas sur l’aberration d’entendre un Président de la République encourager benoîtement des élus à se décharger de l’application de la loi) a résonné comme une trahison.

Tout à sa volonté d’apparaître comme le défenseur du consensus, François Hollande a non seulement montré qu’il n’avait pas rompu avec l’homophobie sans laquelle on ne peut placer à équivalence de légitimité le droit à trier ses concitoyens en fonction de leur orientation sexuelle et l’exigence d’égalité, mais il a également montré qu’il n’avait toujours pas compris que la question de l’ouverture du mariage est avant tout une question éthique.

Si François Hollande pense que l’égalité peut se vendre à la découpe, morceau par morceau, et croit qu’il peut traiter les gays comme un lobby auquel il suffirait d’octroyer quelques concessions pour les faire entrer dans un jeu d’équilibriste politique, il se trompe lourdement.

Le mouvement gay n’est pas et n’a jamais été un lobby. C’est un mouvement d’émancipation. Ses associations ne se sont jamais battues pour des mesures particulières mais au contraire ont toujours défendu une vision solidaire de la société et l’universalité des droits.

Et c’est ainsi qu’elles ont remporté leurs batailles. Peut-être serait-il temps de reconnaître que tous bénéficient de leurs combats pour une meilleure prise en charge des malades, pour une revalorisation de l’AAH, pour le développement des soins palliatifs et de la prise en compte de la douleur, de la charte du patient hospitalisé, etc ? Qui a la malchance de fréquenter les hôpitaux le constatera aisément. De même, le Pacs ne profite-t-il pas autant (voire plus ?) aux hétéros qu’aux homos ?

Est-ce ce qu’ont enfin compris ces parlementaires socialistes, que les gays ne demandent aucun traitement de faveur mais simplement les mêmes droits que tout un chacun, libres à eux ensuite d’en faire usage ou non ? Que leurs couples, leurs familles et leurs enfants bénéficient des mêmes protections et considération que les autres.

Bien que tentée de ne pas bouder le plaisir du jour, tant les dernières semaines furent difficiles, cette tribune de par son aspect tardif, n’élimine pas toutes les interrogations.

Fait-elle partie de l’opération déminage rendue nécessaire par les propos de François Hollande ?

Traduit-elle un rapport de force au sein du PS ? Et dans ce cas devons-nous nous réjouir du verre à moitié plein et de la mobilisation d’une centaine de parlementaires ou nous rappeler que le groupe socialiste ne compte pas moins de 296 inscrits à l’Assemblée Nationale et 127 au Sénat ?

Seront-ils assez déterminés pour ne pas reculer face à un François Hollande déjà tenté de renvoyer nos mariages dans les placards des Mairies, de ne pas capituler si (ou quand ?) le gouvernement multiplie les lâchetés ? Sauront-ils défendre, plus que le mariage, plus que les droits de nos familles, une certaine idée de la république ?

Ou devrons-nous ranger cette tribune sur les rayons encombrés des promesses qui s’évanouissent et dont nous devrions nous contenter au prétexte que la droite n’en ferait pas tant ?

Puissent ces députés se montrer à la hauteur de leurs engagements. Une seule chose est certaine, plus que jamais la mobilisation s’impose.