Affichage des articles dont le libellé est ASSOCIATIONS GAY. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est ASSOCIATIONS GAY. Afficher tous les articles

vendredi 9 février 2018

Privilège communal






Privilège communal



En accompagnant sa décision d'annuler la subvention accordée par la ville de Nantes au Centre LGBT (NOSIG) de la commune du rappel qu'une municipalité « ne peut accorder une subvention à une association qu’à la condition qu’elle soit justifiée par un intérêt public communal »1
la 2ème chambre du tribunal administratif de Nantes a donc considéré, qu'au contraire d'une réfection de pelouse de football ou du ré-haussement d'une pataugeoire, il n'y aurait pas d'intérêt public communal à améliorer le bien-être des nantais.e.s homosexuel.le.s, transsexuel.le.s et  bisexuel.le.s et à travailler à éliminer les discriminations auxquelles ils et elles sont confronté.e.s.

Selon ce tribunal, veiller à ce que des nantais.e. ne soient pas discriminé.e.s, violenté.e.s en raison de leur orientation sexuelle ou identité de genre n'aurait donc aucun impact sur la qualité de vie à Nantes pas plus que sur le vivre-ensemble dans la ville.

Il y aurait matière à se réjouir de la reconnaissance par la justice de la nature politique de « l’accès à l’égalité des droits personnels et sociaux des personnes homosexuelles, transsexuelles et bisexuelles »2, s'il s'agissait de prendre enfin en compte la responsabilité qui est celle des décideurs publics dans la réalité de l'égal accès à une universalité de droits. Et à l'échelle communale, dans la lutte effective contre les discriminations matérielles et juridiques qui affectent certain.e.s des membres de la collectivité.
Mais en fait, la dimension politique réside dans la décision du tribunal d'exclure de l'intérêt public communal la lutte contre les exclusions et violences fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre.
La justice française vient une fois de plus de s'illustrer dans son incapacité à assurer la protection des minorités. Tout en renvoyant simultanément la manifestation du besoin d'échanges et de débat public sur ces questions et les expressions de revendications d'accès au droit commun à de l'expression partisane.
Le conservatisme n'a de cesse de prétendre réduire le commun à un identique, peau de chagrin. Gageons cependant que cette xème tentative de rappel à un ordre du privilège, ne dissuadera pas pédés, gouines, bies & trans en lutte contre cet ordre exclusif de participer à faire émerger une autre commune.










2 op. cit.

jeudi 16 mars 2017

LGBT à l’honneur et honneur des LGBT



En 2017, la réception à l’Elysée de représentants associatifs LGBT est une information.
Tel est le premier constat et il n’honore personne.

Il montre qu’en dépit des avancées et des oppositions, les luttes des associations et des activistes et militants gays, lesbiennes, bi, trans et intersexes demeurent tout sauf banales.

Il faudrait donc d’une certaine façon rendre hommage à François Hollande de ce geste qu’il adresse à la fois à ses convives et à la société dans son ensemble ?

Seulement voilà, cette invitation souligne par sa dimension exceptionnelle, son caractère problématique.

Car, dans la mesure où c’est la loi de la République que de s’incarner à travers des symboles et du cérémonial et l’une des fonctions du Président que de figurer dans la dimension une et indivisible de la République le rassemblement en son sein de toutes ses composantes, une telle réception ne devrait pas attirer l’attention plus qu’une ligne parmi d’autres dans un agenda élyséen. Et sa fréquence ne devrait pas trancher avec la régularité de rendez-vous qui réunissent d’autres corps intermédiaires de la société civile.

Or qui pourrait nier que ce soit pour s’en réjouir, s’en gausser, la critiquer, la mépriser ou s’y opposer, que cette réception de vendredi garde un aspect événementiel ?

Bref, depuis 5 ans que François Hollande préside, les militants pinky les plus institutionnels auraient déjà dû se fondre sans plus ni moins de grâce qu’un pot de fleur hétéro et cis dans la mare aux canards des Garden Party juillettiste.

Ce qui m’amène assez naturellement au calendrier.

Les militants LGBT, qui sont par définition, relativement familiers de la notion de retournement du stigmate, ne pourront qu’apprécier combien François Hollande emprunte à une méthode qui n’en est pas au fond très différente.

Car de quoi faudrait-il en fait le créditer, si ce n’est de transformer en vertu une action qui vaut en grande partie pour ce qu’elle tranche avec l’absence qui la précède.

Jusqu’au dernier brin, François Hollande usera de la ficelle de l’éternelle virginité de la gauche par opposition à ses prédécesseurs et à la droite.

Et ses rejetons (dont on ne sait d’ailleurs toujours pas lesquels font office d’héritiers en attendant que le suffrage donne l’onction) ont retenu la méthode qui font de même, s’exonérant chacun à leur façon de rendre des comptes de la part qu’ils ont pris au bilan quinquennal.

Voilà donc les LGBT conviés au bal des entrants à l’Elysée, à chausser les pointes pour, à leurs propres objectifs défendant, être les protagonistes de quelques ultimes pirouettes à gauche prétendant faire oublier que le cavalier est sortant.

C’est le sort des minorités politiques pour qui la porte est étroite dans la lutte pour faire valoir la dignité de leurs vies comme la justesse et la nécessité de leurs engagements contre les violences et les haines recuites.

Coincées entre l’acceptation de reconnaissances qui leur sont dues et ont été arrachées du fait de leurs combats et les instrumentalisations des politiques cherchant à inverser l’humilité d’hommages qu’ils doivent en mérite et espoirs à-valoir dont il faudrait leur être redevables.

Ce n’est d’ailleurs pas sans rappeler la visite du Président au chevet de Théo Luhaka le 7 février dernier à l'hôpital d’Aulnay-sous-Bois, quand dans le même temps sa majorité parlementaire non contente d’avoir renié ses promesses de campagne vote en dernière loi de son exercice un élargissement inique de la légitime défense.

Sortir du complexe de Cendrillon, c’est rappeler que la politique est un rapport de force dans lequel les minorités n’obtiennent d’avancées qu’à condition de refuser d’entretenir la geste dans laquelle c’est le politique qui honore.

C’est rappeler qu’ils sont acteurs au sens d’agissants et non pas seulement de représentation.

Rappeler que cette invitation à l’Elysée est le fruit d’une histoire et d’affrontements.

Ce quinquennat ne déroge pas à cette règle. Il suffit de contextualiser le calendrier des réceptions par le Président de la République.

Ce sont les porte-parole de l’Inter-LGBT reçus suite à la manifestation de militants devant Solferino en réaction à François Hollande envisageant de soumettre nos droits à une clause de conscience.

Ce sont des représentants de l’Inter-LGBT, du Centre gai et lesbien d’Ile de France et de SOS Homophobie reçus au moment précis où la communauté décide de remettre en question frontalement le bilan du gouvernement sur les questions LGBT et de ne pas permettre que celui-ci en impose sa version.

Ce sont des représentants reçus ce vendredi à quelques semaines des élections présidentielles et législatives.
Dernière tentative de redorer à peu de frais le bilan de cinq années qui auront vu les gays, lesbiennes, bi, trans et intersexes subir un backlash de violences largement nourri par les instrumentalisations, atermoiements et renoncements des gouvernements Hollande et qui voit les héritiers au mieux resservir les mêmes promesses qu’en 2012 avec moins encore de garanties de les tenir et des copiés-collés de déclarations hollando-vallsiennes sur la nécessité de ne pas heurter ceux qui nous violentent.

On notera aussi que cette réception intervient à deux jours de l’organisation de la seconde Marche pour la Justice et la Dignité.1

Une marche à l’appel des familles victimes de violences policières qui intervient dans un contexte où la radicalisation autoritaire et anti-sociale de la politique du gouvernement et l’extension des violences institutionnelles ont conduit à des mobilisations collectives et des rapprochements entre activistes et militants de divers fronts (état d’urgence, loi travail, soutien à la famille d’Adama Traoré, à Théo Luhaka, 8 mars …).

Une solidarité en marche, une coalition des minorisés et une ébauche de repolitisation collective autonome que le gouvernement attaque de toutes ses forces.
Et notamment par la voix de Gilles Clavreul, son Préfet, Délégué interministériel à la lutte contre le racisme et hop, depuis moins d’un an à la lutte contre la Haine anti-LGBT (DILCRAH2) , c’est-à-dire, tiens donc, depuis que le gouvernement a compris que l’ouverture du mariage ne lui garantissait plus bilan choupi-choupi.

Attardons-nous quelques instants d’ailleurs sur l’intitulé et le vocabulaire choisis du carton d’invitation qu’ont reçu les impétrants.

On notera bien sûr que la formule évite soigneusement toute mention d’une quelconque forme de lutte, de politisation, de militance et évidemment de communauté.

Mais on enregistrera aussi que si le Président de la République invite « des actrices et des acteurs engagés contre la haine et les discriminations anti-LGBT », avec un "des" qui est article partitif (ce qui signifie donc qu’il invite une partie de ces acteur.e.s. engagés), en réalité sur le carton, il a été choisi d'écrire « en l'honneur des actrices et des acteurs » avec un "des" qui lui est un article défini (c’est-à-dire l’outil de la détermination complète). En conséquence de quoi, en bon français, l'Elysée prétend définir qui sont les acteur.e.s de ces luttes.

Qu’il y ait choix des invités c’est de bonne guerre et que ce choix se fasse, en priorité, en privilégiant plutôt les moins critiques aussi.

Par contre un mouvement qui se veut autonome se doit à minima de dénoncer qu'il y a eu tri et la dimension politique de ce tri, sauf à s’en arranger et accepter de servir des intérêts qui sont ceux du politique et non ceux des LGBT.

Il y aurait à s’inquiéter aussi que ce tri en indique un autre à venir (prévisible ?) : à savoir que les financements de projets relevant de la DILCRAH aient été attribués non pas en fonction de leur utilité mais avec cette même grille idéologique inversement proportionnelle à l’indépendance politique.

Pour le reste que l’Elysée fasse de la politique, c’est la moindre des choses. C’est pourquoi d’ailleurs, veillant à ne pas verser dans une caricature, quelques invitations ont été adressées à des représentants qu’on ne peut soupçonner de complaisance. En revanche, on aura bien compris qu’ils seront très minoritaires.

Je n’ironiserai pas plus qu’en passant sur le fait qu’il semble que quelques invitations se soient égarées dans l’espace sidéral du net. Qu’on apprenne alors qu’Alice Coffin questionne la légitimité du tri effectué et s’en émeut, que ce sont celles d’Act Up et de l’AJL qui ne sont pas parvenues à leurs destinataires est sans doute pur hasard.

J’ajouterais, pour être très claire, que la question n’est pas de savoir si les structures et personnes « oubliées » y seraient allées ou pas.

En fait d’ailleurs, cette question de se rendre ou pas à l'Elysée ne me semble que de très peu d’intérêt à partir du moment où elle n’est pas posée en termes politiques et collectifs et de faire savoir.

Un boycott collectif argumenté et médiatisé, aurait eu un sens. Y aller peut en avoir aussi : porter des paroles silenciées, interroger le tri, contrecarrer le bilan tout positif qu'on veut vendre à l'opinion publique et rappeler que l'honneur des activistes n'a pas attendu que l'Elysée nous remette un diplôme, et qu'à l'inverse les activistes ne sont pas prêts d'organiser une cérémonie à l'honneur des gouvernements socialistes …

2Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Haine anti-LGBT (DILCRAH)

samedi 31 janvier 2015

Charlie White : un ordre de plus en plus straight






Il n’aura pas fallu bien longtemps aux politiques pour s’exonérer de toute responsabilité dans la survenue des événements de janvier 2015. Et transformer le soutien à la liberté d’expression en injonction de sujétion à l’expression majoritaire.
Alors je suis effrayée. Oui. Par la rapidité avec laquelle, sous le règne de l’émotion, nous abdiquons en son nom pourtant, notre liberté critique.
Beaucoup s’étaient gaussé des Américains, bien prompts, selon nous, à se laisser embarquer dans les croisades bushiennes adossées à une vision manichéenne d’un occident pourfendeur du Mal. Mais nous voici à notre tour invités à nous draper dans nos certitudes morales et politiques d’incarner l’absolu démocratique.
Bien sûr notre liturgie est différente. Qui puise ses accents mythologiques dans notre conviction historique d’entraîner le monde vers les lumières. Voilà donc, la république en danger, qui nous appelle à rejouer Valmy, à retrouver dans les accents lyriques de Michelet la mobilisation d’un peuple qui refuse de se laisser dominer.
La très grande majorité de celles et ceux qui se sont proclamés et affichés Charlie l’ont fait, ce n’est pas discutable, en se réclamant de la solidarité, de l’ouverture à la différence et du refus de l’anathème.
Et le Je suis Charlie fut pensé à n’en pas douter comme une main tendue, un témoin viral assez flou pour se propager à grande vitesse et répondre au besoin immédiat de lien. De ces gestes qui relèvent de l’émotion pure, et ne visent qu’à apaiser une douleur. A conjurer la menace. Un geste simple. Universel. Mais précisément là, le bât blesse. L’assimilation en un seul terme de l’objet, des meurtres et de leur condamnation a entraîné mécaniquement une sanctuarisation de l’objet, se transformant en sommation à n’être qu’un et interdisant toute réflexion sur ce un.
Les mouvements sociaux ont ceci de particulier que leur sens ne se forme pas de l’agrégation des messages qu’entendent porter les participants. Il arrive souvent qu’ils servent à justifier exactement l’inverse.
Il ne s’agit pas ici de venir redoubler les textes qui ici où là s’efforcent de dénoncer et déconstruire en détail la tonalité des réponses gouvernementales, inscrites quasi unilatéralement dans le registre de l’autoritaire et du sécuritaire : répression judiciaire, militarisation de l’ordre public, renforcement des mesures d’exception et de la surveillance administrative de l’expression, etc., mais plutôt de m’étonner du silence relatif des associations gays et lesbiennes dans l’opération de récupération et de contrôle social qui est à l’œuvre.
Pour mieux effacer les conditions politiques et économiques qui produisent des soldats perdus et l’intérêt qu’il trouve à voir perdurer ces conditions, le gouvernement a choisi de prétendre que nous ferions face à un défaut d’autorité morale.
Sans aucune vergogne, il s’efforce d’organiser une focalisation sur l’école pour mieux faire accepter l’idée qu’il n’y aurait aucun facteur social à la fabrication de la violence. Avec dans ce mauvais remake des classes dangereuses, un premier rôle attribué aux enfants de l’immigration posés à priori en sauvages dépourvu de morale qu’il conviendrait de civiliser. Quoi de mieux que de faire porter la responsabilité de la violence de notre société sur ceux qui en pâtissent en premier lieu ? Et on n’est prié de ne voir là aucun amalgame, bien sûr. Peut-on se montrer plus cynique encore ?
Car il n’est pas question de s’intéresser aux conditions, moyens ou qualité de l’enseignement. Non, on nous annonce seulement le sacrifice de l’instruction au profit de la morale et du conditionnement, la confusion de l’éducation avec la rééducation. Ce que la responsable politique de la rédaction de France 2 a traduit sans artifice par la nécessité de « traiter » ceux qui ne s’y prêtaient pas de leur plein gré[1].
Donc plutôt que de traiter des causes, de s’interroger sur la faillite collective qui a conduit à ces meurtres odieux et des enfants français à s’imaginer un destin en assassins, on préfère occulter toute forme de dimension systémique. Et pour s’assurer de cette occultation, tant pis s’il faut traquer jusque dans les écoles primaires de potentielles mauvaises graines qu’on pourra désigner (mais toujours sans faire d’amalgame comme il se doit) à la majorité de la population qui elle, se veut exempte de toute responsabilité. Ajoutant ainsi aux discriminations, une nouvelle dose d’humiliation. Banalisant et autorisant un peu plus encore les stigmatisations à priori. Et justifiant à l’avance la surenchère de surveillance et de contrôle social à venir. Tout comme les violences islamophobes. Dont on s’accommodera comme de conséquences collatérales et inévitables. Justifiées par le deuil national !
Alors que nous ayons choisi de nous dire Charlie ou pas, nous sommes en train de nous faire enfler.
Où sont passés les messages d’amour, de bienveillance, d’écoute et de partage que souhaitaient opposer les manifestants au terrorisme ? la volonté de vivre ensemble ? Le refus de l’injustice ? et la célébration de la liberté d’expression ? On ne fabrique pas l’adhésion par la contrainte. Par la surenchère de contrôle. Par le refus de la différence.
Que ne résonnent notre colère et notre indignation devant cette dénaturation ?
L’union nationale est orchestrée politiquement pour n’autoriser qu’une seule partition.
Qui interdit l’analyse de nos politiques extérieures. Du racisme structurel et institutionnalisé. Qui s’exonère de lutter contre les discriminations. La différence est aujourd’hui suspecte. Le communautaire discrédité, accusé de dérive identitaire. Le savoir-faire associatif dédaigné. Quand il faudrait faire l’inverse, se tourner vers ces ressources vives.
Un seul message est toléré qui veut que pas une tête ne dépasse. Qui nous condamne au binaire du pour ou contre. Interdit le débat contradictoire et l’expression des désaccords. Désigne des hérétiques à la vindicte.
En tant que gouines et pédés, nous connaissons bien la violence de l’assignation à l’universel. Du refus de la singularité. De l’invisibilité imposée. Nous devrions être au premier rang du refus de cette offensive de la conformité.
Encore une fois il nous est asséné qu’il n’y aurait pas d’alternative. Ce serait la république autoritaire ou le terrorisme. Encore une fois nous sommes sommés de nous fondre dans un seul moule sous la menace. De nous plier à un seul modèle. Revoilà les bons français ! #NotInMyName.


« C'est justement ceux qui ne sont pas "Charlie" qu'il faut repérer, ceux qui, dans certains établissements scolaires ont refusé la minute de silence, ceux qui "balancent" sur les réseaux sociaux et ceux qui ne voient pas en quoi ce combat est le leur. Eh bien ce sont eux que nous devons repérer, traiter, intégrer ou réintégrer dans la communauté nationale. »
Nathalie Saint-Cricq (responsable du service politique de France 2), lundi 12 janvier 2015, France 2, journal de 13h.

jeudi 27 juin 2013

Couples imaginaires, homophobie réelle





Si l'exposition de photographies réalisées par Olivier Ciappa m’intéresse, ce n’est pas tant pour elle-même que par ce qu’elle révèle en creux.

Olivier Ciappa n'est pas un militant. Il le dit lui-même. Mieux, il fait partie des homosexuels qui, jusqu'au mois de novembre dernier, pensait que l'homophobie n'existait plus. Ou seulement de façon résiduelle.

Ces photos sont nées, il l’explique, en réaction aux manifestations d’hostilité à l’ouverture du mariage aux couples homosexuels.

Et si, pour mener à bien son projet, il s'est adossé à deux associations, Aides et SOS homophobie, cette exposition n'en reste pas moins le fruit d'une initiative individuelle.

Les clichés, dans un second temps, devront être vendus et les sommes récoltées reversées au profit du Refuge, une association qui vient en aide aux jeunes homosexuels rejetés par leurs parents.

S’il me semble important de souligner ces éléments, c’est parce qu’ils permettent de comprendre comment des trajectoires personnelles, au-delà de l’expérience singulière, ont été impactées de façon semblable par l’homophobie ces derniers mois.

Ces quatre points forment un schéma éclairant de la façon dont nombre d’homosexuels à priori non militants ont répondu à l’agressivité qui soudain les atteignait :

- Découverte brutale de la persistance d’une homophobie haineuse dans une frange non négligeable de la société.

- Réaction au travers d’initiatives individuelles, basée sur la créativité et les vecteurs modernes d’expression (photo, graphisme, réseaux sociaux).

- Recours aux associations existantes comme ressources structurelles permettant une mise à disposition au plus grand nombre.

- Soutien accru aux associations assumant concrètement les dégâts consécutifs aux manifestations de l’homophobie.

Si cette dimension individuelle de la réaction s’est avérée si évidente, c’est notamment parce qu’elle est venue occuper un terrain laissé vacant par les structures associatives.

Pourquoi une telle discrétion des associations ?

Pour les unes, leur vocation n’est pas l’intervention dans le débat public. Leur objet relève de la convivialité ou du loisir, et ce sont désormais celles dont les adhérents sont les plus nombreux.

Pour les autres, leurs effectifs ont fondu. Ce d’autant plus sûrement que de nombreux homosexuels partageaient avec Olivier Ciappa l’idée que l’homophobie n’était plus qu’un lointain souvenir.

De ce fait, leurs forces vives, déjà mobilisées sur le terrain quotidien de l’homophobie, ont eu beaucoup de mal à mener de front les deux batailles de la prise en charge concrète et de la réponse idéologique.

Enfin, la délégation depuis des années à une seule grosse structure, de type interassociative (qui par sa nature même a tendance à favoriser l’expression du plus petit dénominateur commun), coincée par sa conception traditionnelle de la politique et sa proximité quasi incestueuse avec le Parti socialiste a, une de fois de plus, montré ses limites.

Mon intérêt pour « les couples imaginaires » ne relève ni de leur aspect artistique, ni de leur caractère singulier mais au contraire de ce que l’objet nous révèle du substrat politique.

A ce titre, la mise en lumière de l’aspect réactif (plutôt que prescriptif) et la forte dimension d’engagement individuel ne sont pas les seules caractéristiques "climatiques" que cette exposition permet de dégager.

En effet, en élaborant son projet, le photographe s’est éloigné de son cliché initial qui le mettait en scène avec son compagnon pour privilégier les représentations de couples imaginaires. Fictifs dit-il. Et de fait, les homosexuels réels n’apparaissent plus qu’à titre d’exception dans cette exposition.

Il est évident que le même regard ne peut pas être porté sur un travail artistique personnel, même s’il se revendique d’une portée politique (Olivier Ciappa entend participer à « apaiser une société en tension avec ses minorités après les débats difficiles »[1]) que celui qui pourrait être posé sur un projet associatif.

Néanmoins, il me paraît significatif, que ce soit à cette expression que les médias aient accordé une exposition conséquente quant ils ignoraient la plupart des autres messages.

Car au-delà du fait qu’ils préfèrent éclairer de leurs projecteurs l’initiative individuelle et artistique plutôt qu’un discours politique supposé rébarbatif, le people plutôt que le militant, il est assez symptomatique que ce soit une représentation fantasmée de l’homosexualité qui ait leur faveur. Comme s'il n’y avait de place sur leurs écrans que pour une homosexualité qui, justement, n’en est pas.

Pourrait-on en déduire que pour bénéficier d’une exposition médiatique, l’homosexualité devait être hétérosexuelle ? On peut se souvenir, dans le même ordre d’idée du succès qu’avait rencontré le baiser de Marseille[2], quand deux jeunes hétérosexuelles, choquées par une manifestation anti-mariage avaient décidé de s’embrasser face aux opposants.

En mettant en scène quasi exclusivement des hétéros solidaires, l’exposition révèle un autre point, l’absence d’investissement dans ce débat des personnalités publiques ouvertement homosexuelles. Presque absentes sur ces clichés, on ne peut pas vraiment retenir qu’elles aient manifesté leur soutien ailleurs ! et les quelques prises de paroles dont on peut se souvenir n’ont pas été d’un engagement remarquable.
Quant à ceux qui espéraient des coming-out, ils en ont été pour leurs illusions.

Le dernier enseignement que je tire de cette exposition ressort au vandalisme qui s’est exercé dès lors qu’elle s’est installée dans la rue.

Je ne reviendrais pas sur la dimension totalitaire de toute destruction et/ou censure d’une œuvre artistique, beaucoup s’en sont déjà chargés.

Les dégradations infligées à ces photographies ont modifié la nature même de l’exposition. C’est ce qu’a bien compris le photographe quand il a pris la décision de ne pas les remplacer mais au contraire de les exposer en l’état accompagnés de nouveaux tirages.

Ceux qui s’en sont pris à ces photos voulaient signifier leur volonté de s’opposer à la possibilité d’afficher des couples homosexuels, même fictifs, dans l’espace public. Ces couples devaient disparaître. Ne pas exister.

Afficher ces clichés lacérés, c’est non seulement refuser cet effacement mais aussi montrer, telles qu’ils les ont exprimées, la volonté de destruction qui anime les homophobes et leur violence.

Durant des mois, il a été répété qu’il n’y avait pas d’homophobie à s’opposer à la reconnaissance égale des couples homosexuels.

Depuis quelques semaines, le président de la République (mais aussi le Premier ministre et son gouvernement) tente de justifier l’enterrement de ses promesses de campagne (ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes, droit des trans) au nom de la nécessité d’apaiser les tensions nées de sa gestion du dossier mariage.

Cette volonté d’apaisement, Olivier Ciappa s’est efforcé de lui donner des visages. Les homophobes n’en ont cure.



[2] http://blogs.afp.com/makingof/?post/2012/10/24/Le-baiser-de-Marseille

lundi 17 juin 2013

L’outing, une plaisanterie ?





Mort, sans jamais avoir été pratiqué, voilà qui pourrait être la réalité de l’outing en France.

Depuis le 1er juin (2013), c’est une boutade selon Stéphane Bern, qui a déclaré dans une émission de télé, à propos de Geoffroy Didier, cofondateur à l'UMP du mouvement de la Droite forte, «Tout le monde sait qu'il est homo, mais il dit qu'il est hétéro »[1]. Une affirmation non démentie sur l’instant par l’intéressé qui a préféré s’ériger en victime quelques jours plus tard par tweet interposé.

Mais qu’est-ce que l’outing exactement ? Car selon qu’on invoque sa définition politique, sa dimension juridique, ou le langage commun, l’outing ne recouvre pas exactement les mêmes réalités.

Si on se réfère à la définition la plus large, l’outing serait la révélation par un tiers de l’homosexualité (réelle ou supposée) d’une personne sans son accord préalable. Dans ce cadre, il est susceptible de concerner tout un chacun.

A ce jour, du point de vue juridique, rendre publique l’orientation sexuelle d’une personne sans son autorisation relève d’une atteinte à la vie privée. Et celle-ci est protégée par l'article 9 du code civil[2].

En fait, la plupart du temps, quand on parle d’outing, on fait référence à sa définition politique, et c’est à cet outing-là que je m’intéresserais ici. En commençant par circonscrire de quoi il s’agit : d’un acte politique qui consiste à révéler délibérément l’homosexualité d’une personnalité publique qui par son silence ou par son action fait le jeu de l’homophobie.

Et si on s’en tient strictement à cette définition, il me semble qu’on peut affirmer qu’il n’y a jamais eu d’outing en France.

En effet, si l’association de lutte contre le sida, Act Up-Paris est très souvent associée à cette idée, il est bon de rappeler que contrairement à une idée largement répandue, elle n’est jamais passée à l’acte.

Petit rappel des faits.

En mars 1991, le principe de l’outing est voté et adopté par l’association.

Après la manifestation des anti-Pacs du 31 janvier 1999 lors de laquelle fleurissent des slogans homophobes du type "les pédés au bûcher", Act Up-Paris menace d’outer un député de droite qui y avait participé.

S’en suit un tollé médiatique. Politiques et journalistes sont unanimes pour dénoncer le procédé. Position partagée par une large frange de la communauté gay. On notera cependant que dans le même temps les mêmes cherchent par tous les moyens à décrypter les indices donnés par l’association quant à l’identité du député visé.

Conséquence non négligeable de la menace brandie par Act Up-Paris, la dimension homophobe des manifestations anti-Pacs s’impose enfin sur la place publique et les dérapages sont dénoncés.

Act Up peut dès lors tranquillement renoncer au passage à l’acte (et s’épargner les poursuites judiciaires qui s’en suivraient), l’association a atteint son but sans coup férir.

Pour finir, c’est, le journaliste et essayiste, Guy Birenbaum qui se chargera, en 2003, d’outer Renaud Donnedieu de Vabres dans son livre Nos délits d’initiés. « Ce qui m’intéressait confie-t-il aux Inrockuptibles, c’était d’abord de pointer les contradictions de personnalités publiques entre leur discours et leurs actes au niveau personnel. »[3] Renaud Donnedieu de Vabres n’a jamais porté plainte.

Avec cette publication, Guy Birenbaum rompt le gentleman agrement qui régit les relations internes de la communauté politico-médiatique. Une communauté où les frontières entre vie privée et vie publique sont poreuses mais relèvent de l’entre soi.

Des pratiques qui sont justement à l’origine de ce qui fut appelé l’outing de Jean-Luc Romero.

Si les faits furent condamnés[4] par la 17e chambre civile du tribunal de Paris, dans un jugement qui statuait que « l’orientation sexuelle relève de la sphère privée », les qualifier d’outing me paraît néanmoins politiquement discutable.

Car la mention, en octobre 2000, de l’homosexualité de Jean-Luc Romero au détour d’un édito[5] du journaliste Alain Royer dans le magazine gratuit gay e-m@le ne visait en aucun cas à dénoncer une quelconque homophobie de Jean-Luc Romero et relevait du malentendu. Pas un instant, le journaliste ou sa rédaction n’avaient pensé possible que le conseiller régional d'Ile-de-France ne soit pas encore officiellement sorti du placard. Ce qui n’a pas empêché Romero de porter plainte.

En juillet 2011, c’est au tour de David-Xavier Weiss, secrétaire national de l’UMP d’annoncer qu’il poursuit Le Canard enchaîné[6] pour outing. Mais là encore, si on ne s’en tient qu’à une définition strictement politique, la qualification ne tient pas.

Ni l’homophobie, ni l’homosexualité de David-Xavier Weiss ne sont les véritables sujets de l’article incriminé. L’hebdomadaire qui s’intéresse à Roger Karoutchi rapporte que celui-ci, entendu par la police, dans une affaire de diffamation sur internet liée aux élections régionales de 2010, a dans sa défense, fait référence à son compagnon, David-Xavier Weiss.

Nous en revenons donc à Stéphane Bern. Outing ou pas ? La révélation est délibérée et Bern l’associe immédiatement dans un sourire aux orientations idéologiques défendues par l’homme public Geoffroy Didier : « Je comprends que, vu vos positions politiques, ça peut vous embarrasser ».

S’en suit cependant la semaine suivante, une séquence de rétropédalage. Et Stéphane Bern d’expliquer qu’il ne sait rien de la vie privée de Geoffroy Didier et s’en moque.

« Ce n'est pas de l'outing ! L'outing, c'est de dire un tel est comme ça ! Je me serais bien gardé de parler de la vie privée de Geoffroy Didier ou de Guillaume Peltier, […] Ce n'est pas honnête de faire de l'outing. En revanche, mettre les gens face à leurs contradictions, c'est pas mal »[7]

Volonté de calmer le jeu, d’échapper à des poursuites éventuelles ? Bern patauge, semble revenir sur ses propos mais dans le même temps, s’empresse d’entretenir le doute.

De l’épisode, je retiens quelques éléments.

A l’heure actuelle, Geoffroy Didier a préféré s’en remettre à Twitter plutôt qu’à la justice.

En 2013, on s’émeut moins des affirmations d’un Stéphane Bern qu’en 1999 à l’idée d’un outing potentiel.

Sans doute peut-on minimiser la portée du constat en opposant l’inscription de cet outing dans un mélange tout à fait contemporain de divertissement, de people et de politique.

Objecter que les classes dirigeantes avaient bien plus à craindre de la décision d’une association politiquement structurée d’ajouter désormais l’outing à son arsenal militant plutôt que du mouvement d’humeur d’une personnalité publique.

Certes ; il m’apparaît cependant significatif qu’une telle personnalité choisisse aujourd’hui de révéler publiquement des conversations qui jusque-là ne se partageaient que dans la confidence de ces dîners où politiques, journalistes, hauts fonctionnaires et cadres supérieurs de nos grandes entreprises se rencontrent en toute discrétion. Rompant ainsi précisément un pacte tacite qui veut que ce qui se sait dans ces cercles du pouvoir ne se partage pas au-delà.

Que s’est-il donc passé pour qu’un Stéphane Bern (qui lui-même, il y a quelques années n’hésitait pas à attaquer des média coupables d’avoir évoqué son orientation sexuelle) en arrive à balancer ceux-là même avec qui il dîne ?

La réponse tient sans doute dans les regrets qu’il exprime quant au peu de réactions suscitées par la révélation d’un Jean-François Copé favorable en privé à l’ouverture du mariage homosexuel mais s’agitant publiquement de toutes ses forces pour organiser et incarner l’opposition au texte de loi.

Il semble que les quelques pédés out, pourvus d’une plus ou moins grande audience médiatique, n’étaient pas les plus préparés au déferlement d’homophobie de ces derniers mois. On en prendra pour preuve, les revirements de nombre d’entre eux au sujet du mariage.

Si au mois de novembre, certains pensaient ne pas être concernés par le débat au prétexte que le mariage ne les intéressait pas à titre privé (jugeant pour eux-mêmes la reconnaissance légale superflue), les opposants se sont rapidement chargés de leur rappeler que, de leur côté, ils ne distinguaient pas entre homosexuels aisés ou non, célèbres ou non, avant de leur refuser droit de cité au nom même de leur homosexualité.

Et même si la très grande majorité de la population était et est demeurée favorable à l’ouverture du mariage, le mythe d’une société française non homophobe a violemment volé en éclats. Et sans doute plus violemment encore pour ceux qui souhaitaient se bercer de l’illusion que l’homophobie aurait été le fait de classes sociales populaires ou de populations issues de l’immigration.

Car ce ne sont pas de Barbès ou de Belleville, ni des quartiers ou des banlieues les plus économiquement défavorisées que sont venus les fidèles, roses et bleus, de la manif pour tous, et c’est à Saint Cloud ou Versailles qu’une affiche où deux hommes s’embrassent est censurée.

Confrontés à ce festival au long cours d’expression homophobe, nos people gays ont soudain pris conscience que ces manifestants et leurs soutiens les renvoyaient eux aussi à un statut de seconde zone.

Et voilà notre Stéphane Bern, horrifié par l’hypocrisie de responsables politiques, maniant un outil auparavant honni.

Malheureusement, la situation politique ne l’a pas attendu. La Manif pour tous, ne s’est pas contenté de libérer l’homophobie rampante.

En hissant au rôle de porte-voix, des homosexuels prêts à lutter contre leurs propres droits et se faisant les hérauts d’une hiérarchisation des orientations sexuelles, elle a réussi à désamorcer l’un des ressorts de l’outing : montrer que la violence de la contrainte homophobe est telle qu’elle conduit des homosexuels non seulement à se cacher mais aussi à défendre les idées qui précisément les enferment dans cette dissimulation obligatoire.

Et peu importe que ceux-ci viennent maintenant pleurnicher sur les réseaux sociaux que le monstre qu’ils ont aidé à créer se retourne contre eux.

De la même manière qu’une femme peut défendre des positions sexistes, il n’est plus choquant d’entendre un homosexuel défendre des idées homophobes.

Or une part de l’efficacité de l’outing reposait sur ce principe de rendre visible la contradiction entre l’identité et les pratiques personnelles d’un individu et les idées qu’il prône.

C’est une arme contre le mensonge et l’hypocrisie de privilégiés. Mais voilà, il semble y avoir une exception française ! Dans ce pays, personne ne s’émeut plus des tricheries, des fraudes, du népotisme et autres escroqueries du personnel politique. Il n’y a qu’à faire l’inventaire des élus, pris la main dans le sac et aussitôt réélus. Au moment de voter, l’honnêteté ne vient pas en tête de liste de nos critères de choix.

Pour un temps, la droite réactionnaire fait semblant d’accepter dans ses rangs des homosexuels, tous des hommes soit dit en passant. Comme l’église prétend condamner l’homosexualité mais pas l’homosexuel. A défaut de pouvoir (mais ça vient) revendiquer ouvertement notre disparition, elle entend réinventer une figure homosexuelle qui lui convienne. Son homo affiche les attributs de l’hétérosexualité, voire fait des enfants à une femme comme le suggérait leur égérie et accepte son "infériorité naturelle". S’il reste à cette place, on le tolèrera. Un temps.


L’outing trouve son efficacité en appuyant sur deux ressorts :

- la dénonciation de la contradiction entre comportement privé et morale publique. Or aujourd’hui tout le monde s’en fout !

- le dévoilement par sa propre brutalité de la violence systémique qui mène des individus à se faire les auxiliaires consentants de leur propre aliénation. Or aujourd’hui personne ne s’émeut plus que des homosexuels se fassent ouvertement les défenseurs de l’homophobie.

Alors l’outing est-il impraticable à l’heure actuelle ? Il me semble qu’une des manières de lui redonner une certaine efficacité serait de recourir à l’outing multiple, comme ont pu le pratiquer OutRage ou des militants italiens, c’est-à-dire non pas l'outing d'une personne mais de dix, quinze à la fois afin de se concentrer sur la dimension structurelle d’une homophobie institutionnalisée et la complicité objective de ceux qui par leur silence cautionnent ce fonctionnement.

Mais quels groupes LGBT auraient aujourd’hui la volonté et les ressources de porter une telle action ?

L’ouverture du mariage était censée améliorer la vie des pédés et des gouines dans ce pays, pour le moment les opposants ont perdu la bataille juridique mais ils ont marqué des points dans la bataille idéologique.

Non seulement, ils nous contraignent à défendre des projets minimalistes mais ils nous privent des outils que nous avions inventés pour nous faire entendre.

Si nous voulons peser dans le débat public, y faire vivre nos idées, nous n’avons pas d’autre choix que de nous atteler à renouveler nos modes d’actions. Fêter le mariage à la Gay Pride n’y suffira pas.

A la vitesse où l’expression homophobe regagne sa légitimité, ce n’est plus au sujet de l’outing que nous devrons nous interroger mais à comment faire face à la délation.

Car bientôt, il ne sera plus question de dévoiler l’homosexualité des uns ou des autres pour démontrer combien il est violent que des homos croient encore de leur intérêt de se faire discrets mais pour mieux encore leur nier tout droit à l’existence.



[1] Dans "Salut les Terriens !", de Thierry Ardisson sur Canal+, samedi 1er juin 2013
[2] « Chacun a droit au respect de sa vie privée. Les juges peuvent, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que séquestre, saisie et autres, propres à empêcher ou faire cesser une atteinte à l'intimité de la vie privée : ces mesures peuvent, s'il y a urgence, être ordonnées en référé. »
[3] les Inrockuptibles, 15 janvier 2012
[4] Le journaliste et le magazine ont été condamnés à verser à Jean-Luc Romero 3.000 euros de dommages et intérêts.
[5] Edito consacré à la campagne municipale d’un Philippe Seguin tentant de conquérir de Paris, et à sa recherche du candidat idoine pour le 4ème arrondissement.
[6] Le Canard enchaîné, 6 juillet 2011
[7] "C à vous" sur France 5, 5 juin 2013

mercredi 3 avril 2013

Coming in : la politique des garçons très discrets




Où sont passés les représentants du mouvement gay ? Pour quel mouvement d’ailleurs ? Quelle action ? Quelle parole ? Quelle dynamique ? Quelle présence ?

Tandis que le long processus d’adoption du mariage des couples de même sexe ressemble de plus en plus à un jour sans fin cauchemardesque, gays et lesbiennes subissent de plein fouet la violence du débat sans même le filtre du support communautaire. Chacun et chacune livré(e) à sa propre capacité à encaisser, à riposter ou à la solitude.

Individuellement ou par petits groupes, sur les réseaux sociaux, les uns et les autres se mobilisent, tentent de s’organiser et fort heureusement de nouvelles solidarités s’inventent. La base s’active, échange, riposte. Fait preuve d’inventivité. De ressources individuelles inestimables.

Dispersée cependant, elle peine à exister face à une opposition restreinte mais dangereusement structurée. Disposant de moyens considérables, celle-ci occupe tous les terrains : les media, la rue, les murs. Allant jusqu’à emprunter au mouvement gay ses modes d’actions.

Face à cette omniprésente visibilité, cet activisme de tous les instants, que nous répond l’Inter LGBT ? Elle refuse l’instrumentalisation du débat, exprime son malaise (son impuissance, son incompétence ?) et prépare la gay pride ! d’ici là, débrouillez-vous !

Non contente de s’être laissée enfermer dans une stratégie monolithique et minimaliste (un objectif le droit de la famille, un champ d’action le législatif, un leitmotiv l’égalité), elle ne parvient pas à imposer sa parole, ni même un agenda et renvoie les gays à l’invisible du silence.

Pire, elle se voit contrainte de revoir ses ambitions à la baisse au gré des frileuses volte-face du gouvernement, mais n’en continue pas moins de s’enferrer, comme si de rien n’était, dans sa politique pusillanime.

L’Inter LGBT semble se satisfaire à demi mot de l’adoption d’une loi minimale sur le mariage des couples de même sexe. Une loi qui ne respecte même pas les droits des trans. Une loi qui n’ouvrira pas le droit à la PMA pour les couples de lesbiennes. PMA que le Président de la République en personne ne cesse d’essayer d’enterrer.

Ce faisant, il dément de facto toute inscription de la loi sur le mariage dans le principe d’égalité.

Cet échec devrait démontrer à nos associations qu’elles ne peuvent étayer nos luttes sur le seul argument de l’égalité, aussi utile et légitime soit-il.

Alors réaction, colère de l’Inter LGBT ? Non, silence ! Tire-t-elle des enseignements de ces signaux ? Non plus. Tout juste, communique-t-elle d’un faible communiqué de presse, son trouble et sa volonté de pédagogie ou annonce-t-elle, imperturbable, le mot d’ordre de la prochaine marche des fiertés : « LGBT : allons au bout de l’égalité ».

Quand elle devrait être à la pointe de la mobilisation, l’entraîner ou à tout le moins lui donner les moyens de s’exprimer, l’inter LGBT donne de plus en plus l’impression de la suivre, voire de la subir. Comme si elle avait intégré l’idée que le regain d’homophobie et l’abandon de toute autre revendication étaient le prix à payer pour obtenir le mariage.

Elle oublie que sans expression, nous n’existons pas. Et que laisser nos adversaires regagner du terrain dans la bataille idéologique et culturelle pourrait laisser des traces douloureuses mais aussi durables.

Nombre de gays et de lesbiennes ne se battent pour l’ouverture du mariage qu’en raison de la charge symbolique d’une telle loi et par solidarité avec ceux qui en ont besoin pour sécuriser leurs familles.

Or une égalité juridique qui ne serait pas assortie d’un travail sur les mentalités ne profiterait qu’à une minorité de privilégiés. Si ne peuvent se marier que ceux qui n’ont rien à craindre d’une homophobie qui n’a plus de honte à se manifester, est-ce vraiment le mariage pour tous ?