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mardi 8 janvier 2019

Consensus républicain : l'HomoLesboTransPhobie, ça se discute !

Macron, Corbière, Jouanno, La Manif pour tous, LCP, Europe 1, qui sera le suivant à se précipiter pour remettre une pièce dans le revival homophobe, sans même prendre une demie-seconde pour le questionner, sans parler de s'en désolidariser ?

Au bal des universalistes, les pédés, les gouines, les trans, c'est Cendrillon qui ne retrouve pas sa pantoufle. Mais au château, on a la conscience tranquille car on a trouvé des responsables aux Gilets tape à l'oeil à désigner au cas où il faudrait des coupables.

Ceux-là n'ont rien demandé de tel, mais peu importe.

Pour les politiques comme les médias, que ce soit au prétexte de vouloir satisfaire des aspirations de justice sociale et fiscale ou de noyer ces aspirations : dans leur bataille concurrentielle pour incarner la légitimité de la représentation du Peuple et le grand barnum qui s'annonce, les droits des minorités font et vont faire office de monnaie de singe.

Mais il y aura de bonnes âmes pour prôner de s'en remettre aux politiques, à leurs calendriers, éléments de langage et bon vouloir et peu importe que ce soient eux, qui n'ont eu de cesse de reporter l'ouverture de la PMA, d'appeler les homophobes les plus directs à s'exprimer plus qu'ils ne le faisaient déjà et de légitimer leur expression.

Contribuant ainsi à maintenir mobilisés les réseaux Manif pour tous & co et leur laissant vifs la possibilité et l'espoir d'arracher d'autres reports.

Montrant ainsi le peu d'importance qu'ils attachent en réalité aux violences qui en résultent et vont en résulter.

Démontrant qu'ils n'ont aucune volonté de s'attacher à éradiquer l'homophobie comme instrument structurant de domination. Ni de changer le statut de seconde zone qu'elle produit.

Après Hollande et sa liberté de conscience,

Macron estimant qu'on avait pas assez écouté les familles prêchant l'homophobie et leur offrant les Etats Généraux de la bioéthique en terrain de jeu,

Voici maintenant Jouanno qui invoque la liberté d'expression pour cautionner qu'on puisse dans un débat institué par un organisme administratif agissant au nom de l'État discuter de priver d'un droit acquis une catégorie de personne au motif de leur orientation sexuelle, 

Et peu à peu se reconstruit insidieusement un consensus politique habillé de progressisme et de républicanisme tendant à inscrire le droit à discriminer dans le champ des libertés et celui de ne pas être discriminé dans celui de la censure.


« chacun est libre d’organiser un débat sur le sujet qu’il souhaite. Il n’est pas dans mon pouvoir de censurer les sujets » (https://twitter.com/Chantal_Jouanno/status/1082252148799352832)


Additif  (9 janvier 2019):
Depuis, Fabien Roussel, tout nouveau secrétaire national du PCF a, à son tour, ajouté un jeton dans la machine.
Comme les autres, il a ensuite rétropédalé médiocrement, sur l'air de, mais non c'est pas ce que je voulais dire, les pas beaux c'est les autres, pas nous les défenseurs des droits fondamentaux. Nous, on est pour, hein ! Et si pour montrer que nous on est les bons, il faut donner un coup de main pour monter la mayo rance, tant pis pour les collatéraux.
Et comme les autres, - Alexis Corbière, Chantal Jouanno - à aucun moment, il n'a présenté d'excuse aux gays, lesbiennes et trans qu'il a contribué à exposer aux violences. Ni regret, ni manifestation de compréhension de ce que, ils et elle, en assimilant à une simple discussion le fait de retirer des droits aux gays, lesbiennes et trans au motif de ce qu'ils sont, participent de la banalisation et de la légitimation de l'homophobie.
Et s'ils sont prompt à titre perso ou au compte de leurs orgas, à rappeler qu'ils sont et ont été pour l'ouverture des droits, on remarquera que ce n'est pas tant pour réaffirmer leur opposition et un engagement à combattre un système de domination mais plutôt comme des médailles qui devraient leur servir d'à-valoir imprescriptible blanchissant par avance toute contribution au maintien de l'hétéro-cis-sexisme.

vendredi 9 février 2018

Privilège communal






Privilège communal



En accompagnant sa décision d'annuler la subvention accordée par la ville de Nantes au Centre LGBT (NOSIG) de la commune du rappel qu'une municipalité « ne peut accorder une subvention à une association qu’à la condition qu’elle soit justifiée par un intérêt public communal »1
la 2ème chambre du tribunal administratif de Nantes a donc considéré, qu'au contraire d'une réfection de pelouse de football ou du ré-haussement d'une pataugeoire, il n'y aurait pas d'intérêt public communal à améliorer le bien-être des nantais.e.s homosexuel.le.s, transsexuel.le.s et  bisexuel.le.s et à travailler à éliminer les discriminations auxquelles ils et elles sont confronté.e.s.

Selon ce tribunal, veiller à ce que des nantais.e. ne soient pas discriminé.e.s, violenté.e.s en raison de leur orientation sexuelle ou identité de genre n'aurait donc aucun impact sur la qualité de vie à Nantes pas plus que sur le vivre-ensemble dans la ville.

Il y aurait matière à se réjouir de la reconnaissance par la justice de la nature politique de « l’accès à l’égalité des droits personnels et sociaux des personnes homosexuelles, transsexuelles et bisexuelles »2, s'il s'agissait de prendre enfin en compte la responsabilité qui est celle des décideurs publics dans la réalité de l'égal accès à une universalité de droits. Et à l'échelle communale, dans la lutte effective contre les discriminations matérielles et juridiques qui affectent certain.e.s des membres de la collectivité.
Mais en fait, la dimension politique réside dans la décision du tribunal d'exclure de l'intérêt public communal la lutte contre les exclusions et violences fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre.
La justice française vient une fois de plus de s'illustrer dans son incapacité à assurer la protection des minorités. Tout en renvoyant simultanément la manifestation du besoin d'échanges et de débat public sur ces questions et les expressions de revendications d'accès au droit commun à de l'expression partisane.
Le conservatisme n'a de cesse de prétendre réduire le commun à un identique, peau de chagrin. Gageons cependant que cette xème tentative de rappel à un ordre du privilège, ne dissuadera pas pédés, gouines, bies & trans en lutte contre cet ordre exclusif de participer à faire émerger une autre commune.










2 op. cit.

samedi 13 décembre 2014

Outing, le bal des hypocrites


En décembre 2013, la Cour d'appel de Paris a ouvert une brèche en rompant avec une jurisprudence qui interdisait la pratique de l’outing en France. Dans une affaire qui opposait des cadres du Front National (déjà !) et un jeune auteur[1], elle a considéré que le public est en droit de connaître l'homosexualité d'un responsable politique lorsque cette information est «de nature à apporter une contribution à un débat d'intérêt général»[2]. Jusque-là rendre publique l’orientation sexuelle d’une personne sans son autorisation relevait d’une atteinte à la vie privée, celle-ci étant protégée par l'article 9 du code civil[3].


Dans cette brèche, le magazine Closer a vu miroiter un filon inexploité. En révélant au grand public l’orientation sexuelle du vice-président du Front National, Florian Philippot, le magazine savait s’offrir un succès commercial sur fond de buzz garanti. Peut-être aussi l’opportunité d’élargir cette brèche juridique susceptible d’enrichir son fond de commerce. L’argumentation de sa rédactrice en chef n’étonnera donc pas qui voudrait inscrire le droit à la peopolisation dans le débat d'intérêt général.
Plus amusant, ce positionnement affirme se placer au-dessus de la mêlée homophobe en n’établissant aucune distinction entre hétérosexuels et homosexuels. Y renvoyant ainsi ses seuls détracteurs et feignant de ne pas chercher soi-même, précisément, le maximum de publicité sur l’existence même de cette distinction.
Evidemment, personne n’imaginera sérieusement que Closer s’est découvert soudainement une vocation de défenseur des droits des gays ! Ce n’est pas son affaire. Closer vend du papier et du scandale. Et ce n’est pas à Closer de se substituer au travail militant.
D’ailleurs, cet affichage grand public de l’orientation sexuelle de Florian Philippot ne s’inscrit pas dans une définition politique de l’outing qui consiste à révéler délibérément l’homosexualité d’une personnalité publique qui par son silence ou par son action fait le jeu de l’homophobie[4].
Mais au contraire dans sa définition la plus large et la plus commune de révélation par un tiers de l’homosexualité (réelle ou supposée) d’une personne sans son accord préalable
En effet, peu importe au magazine que Philippot en tant que cadre de premier plan du FN, défende des politiques homophobes.
Il y a même fort à parier que, si argumentation politique il devait y avoir, cette nécessité de rendre publique l’homosexualité du vice-président du Front National serait justifiée (comme l’année dernière à propos de Steeve Briois) par un raisonnement exactement inverse : il faudrait expliquer la relative retenue de Marine Le Pen contre le mariage pour tous par l’homosexualité de ses lieutenants.
Est-ce parce que ceux-ci sont homosexuels qu’on n’hésite pas à réduire leurs choix politiques à leur orientation sexuelle ? Pourquoi pas ? mais alors ne devrait-on pas entendre dire ailleurs que le refus de l’ouverture du mariage exprimé par d’autres responsables politiques se fonderait, plutôt que sur des convictions et avant toute autre considération, sur leur seule hétérosexualité ?
Etrange manière de ne faire aucune distinction entre hétérosexuels et homosexuels ! un homo est toujours présumé lobbyiste en puissance des droits de ses pairs quand l’hétéro se voit attribué un pseudo détachement universel de sa condition !
Quoi qu’il en soit, nous assistons peu à peu à un effacement de la définition de l’outing au sens que lui avaient donné les activistes gays (sans doute parce que les militants français ne l’ont en fait jamais pratiqué) au profit d’une autre qui vise à l’autoriser non pas, en réalité, au nom des droits des gays mais du droit à l’information du grand public.
Il est d’ailleurs quelque peu ironique de constater que la justice qui s’était toujours refusée à considérer l’orientation sexuelle comme un élément d’information de nature politique quand il s’agissait de dénoncer l’homophobie, n’a trouvé l’élément recevable que le jour où il devait démontrer que l’homosexuel visé ne serait pas assez homophobe !
Dans cette zone d’entre-deux, où n’est entrée dans l’espace public à côté de l’hétérosexualité que l’homosexualité de celles et ceux qui ont choisi qu’il en soit ainsi, soit de par le mariage, soit de par leur visibilité, il y a désormais les pédés du FN qui ne se sont pas assez opposés au mariage pour tous !
Car l’arbitrage judiciaire a, à l’heure actuelle, décidé de ne s’en tenir qu’au personnel politique et même qu’aux responsables politiques de premier plan (en-soi, ça laisse bien de la place à d’autres outing possibles, y compris au sein d’autres formations que le FN !)[5].
Cela montre bien que nous sommes encore loin de la banalisation. On peut révéler l’orientation sexuelle de Florian Philippot mais pas l’identité de son compagnon. Closer ne s’y est d’ailleurs pas risqué ! Le parallèle avec un couple hétéro que certains développent ne tient pas. Pas encore du moins. Quel sens aurait un article de Closer nous annonçant l’hétérosexualité de Hollande illustré d’une photo le montrant en compagnie d’une actrice floutée !
Et si ce parallèle ne tient pas, c’est bien par ce qu’il n’y a toujours pas d’équivalence entre le fait de dire d’une personne qu’elle est hétérosexuelle ou homosexuelle. Le personnel politique qui s’indigne, à grands renforts de tweets scandalisés contre la violation de la vie privée de leur collègue FN, n’en est pas le moins responsable qui se refuse à mettre en œuvre une politique indubitable contre l’homophobie à tous les étages. Mais il est tellement plus simple d’exprimer une solidarité de classe (car même homo, même Front National, Philippot n’en appartient pas moins à cette classe privilégiée de dirigeants politiques professionnels) que de prendre ses responsabilités.
C’est aussi pourquoi contrairement à ce que prétend la rédactrice en chef de Closer, il demeure non anodin de révéler l’homosexualité d’une personne. Parce que quelles que soient les avancées, la société française reste homophobe. Et c’est là qu’est le scandale (pas dans une violation de la vie privée qui n’existe pas). Un scandale qui ne suscite pas d’indignation généralisée.
Suite à cet outing, Florian Philippot subira certainement, conséquences aussi des options politiques qu’il défend, des attaques, sur la base de son orientation sexuelle. Je ne doute pas non plus qu’il trouvera le moyen de les retourner à son profit, et hélas à celui de son parti. Mais en raison de son statut social privilégié, les risques qu’il encourt n’ont rien à voir avec les multiples agressions quotidiennes que vivent des pédés et des gouines anonymes. Ces pédés et ces gouines, elles et eux, ne bénéficieront pas d’un tel élan de solidarité politique.
L’outing est à la fois symptôme et thermomètre. Et la seule chose qu’il traduit en fait, c’est le degré d’homophobie environnementale.



[1] Deux cadres du Front National souhaitaient interdire à Octave Nitkovski de mentionner leur orientation sexuelle dans son livre, Le Front national des villes et le Front national des champs, (éditions Jacob-Duvernet). A propos de cette affaire, on pourra lire l’un de mes posts précédents : http://gwenfauchois.blogspot.fr/2013/12/ce-nest-toujours-pas-de-louting.html, 
[3]« Chacun a droit au respect de sa vie privée. Les juges peuvent, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que séquestre, saisie et autres, propres à empêcher ou faire cesser une atteinte à l'intimité de la vie privée : ces mesures peuvent, s'il y a urgence, être ordonnées en référé. »
[4] Sur cette question, on pourra se reporter à un de mes précédents textes: http://gwenfauchois.blogspot.fr/2013/06/louting-une-plaisanterie.html
[5] Ainsi la Cour d'appel de Paris a estimé que le droit à l’information du public devait l’emporter sur « l’atteinte à la vie privée » dans le cas de Steeve Briois, compte tenu de son statut de «personnalité politique de premier plan» mais pas dans le cas du second cadre FN qui était mentionné dans le livre de Nitkovski.

lundi 17 novembre 2014

Au gré des vents




Génial, Sarkozy postule au rôle du coq perché au sommet de l’église et nous voilà promus experts en météo juridique !

Bon, la bonne nouvelle, c’est que si une partie des militants de l’UMP est ravie du retour du patron, cet enthousiasme n’est visiblement pas partagé par ses cadres. Qui se sont empressés d’exploiter l’image peu flatteuse, pour qui prétend incarner la hauteur d’un chef d’Etat, du tribun cédant aux imprécations d’une salle rugissante.
La mauvaise nouvelle, c’est que passent ainsi pour modérées les propositions de ses concurrents de ne s’en tenir qu’à une réécriture de la loi Taubira et d’interdire toute progression de nos droits.

Peut-on, ne peut-on pas ? La bataille n’est pas juridique mais idéologique. Faut-il rappeler, qu’en dernier ressort, le juridique n’a aucune existence objective et demeure en toute circonstance soumis à interprétation politique.

Il y a une quinzaine d’années, Caroline Mécary faisait remarquer que rien n’interdisait dans la loi de marier des couples homos, pourtant il a fallu 15 ans justement et une loi spécifique pour y parvenir. Tout simplement parce que l’interprétation du droit n’échappe pas au rapport de forces idéologiques.

Alors évidemment on peut, c’est compliqué, délicat, peu probable, des garde-fous (quasiment au sens littéral) existent, mais quand le vent devient mauvais, rien n’est impossible. Et je ne vais pas expliquer comment à nos ennemis, ils en ont déjà quelques idées assez précises. Y compris à d’autres échelles qu’hexagonales.

Sans en arriver là, pour le moment, ils réussissent toujours à marquer des points. Peu importe que les déclarations de Sarkozy le revenant soient crédibles et aient vocation à se réaliser ou non, non seulement ils parviennent à imposer qu’on débatte encore et toujours, en dépit des tendances légitimistes lourdes de la population, de la validité d’une loi votée mais qui plus est, ils nous acculent à défendre cette seule avancée, nous empêchant d’en pointer les insuffisances et de développer nos propres revendications.

Comme le souligne le communiqué des Enfants d’Arc en Ciel, pourtant « Un mariage au rabais c’est déjà ce qui nous a été accordé. Certains d’entre nous ne peuvent pas se marier en raison de la nationalité de l’un d’eux, la filiation n’est pas accessible à nos enfants dès leur naissance et sans procédure judiciaire, les enfants ne peuvent pas être conçus dans leur pays grâce à l’aide médicale à la procréation, etc. »[1]

Mais une fois de plus, ce week-end, il a été question non du mariage mais de mariage homosexuel. Nul n’est besoin en fait de nous proposer un mariage à part, puisque d’une certaine façon c’est toujours le cas dans les esprits et dans la loi.

Parler de mariage homosexuel, c’est en fait souligner et entretenir malgré cette loi, l’idée que nos unions n’accèdent toujours pas et n’ont pas à accéder au droit commun.

Une façon à minima de bloquer toute évolution nous y conduisant. Xavier Héraud de Yagg, dans son édito[2] d’aujourd’hui, peut bien se moquer de Bruno Le Maire défendant des interdictions déjà à l’œuvre, il n’empêche qu’à les agiter, il passe pour modéré et responsable. Quasi consensuel ! et contribue à les rendre indiscutables.

J’ai vu ici et là déplorer que Sarkozy nous utilise, mais il n’est pas le seul. Toute la classe politique, avec la complicité des médias, se joue de nous. Sarkozy qui veut se faire le champion de toute la droite, Le Maire, Fillon, Juppé qui souhaitent reprendre à François Hollande la chaire de la modération responsable et le Président qui en profite pour nous rappeler à l’apaisement[3], brandissant avec satisfaction la menace d’une alternance pire que sa gouvernance.

Le temps d’un week-end, les médias friands de ce type de divertissement, ont consenti à nous ouvrir leurs micros, et faute de mieux nous voilà contraints à jouer les pompiers bénévoles des insuffisances socialistes !

La Manif pour tous et ses avatars nous donnent des leçons d’activisme minoritaire. En maintenant constante leur pression sur la légitimité même de la loi Taubira, ils nous obligent à concentrer nos forces et nos énergies en défense.

Heureusement, pendant ce temps, l’ADFH[4] a obtenu d’échanger son strapontin à l’UNAF contre un siège de membre à part entière. Là, on avance, même si nous ne sortons toujours pas du cercle de la famille.



[2] «Sarkozy, l’UMP et les homos: un mensonge chasse l’autre», par Xavier Héraud,
[3] «Cette loi est respectée, elle est d’ailleurs chaque jour mieux comprise. Ensuite il appartiendra, s’il devait y avoir alternance, à ce que ce débat se repose. Mais aujourd’hui, il n’est pas posé, il n’est plus posé et je vais vous dire aussi que dans ce débat-là, qui est maintenant derrière nous, moi je pense que l’apaisement est la meilleure des méthodes. Le consensus est toujours préférable à la division.»

mardi 8 juillet 2014

Une réussite, la Marche des Fiertés, vraiment ?




Une fois passée la satisfaction d’avoir, après une autre année difficile, pu marcher quelques heures au sein de ses pairs, d’avoir exprimé frustrations, indignations, colères contre les innombrables reculs du gouvernement, reculs ratifiés par le parti socialiste - car faut-il rappeler cette réalité, y compris dans un quinquennat présidentiel, un gouvernement n’existe pas sans le soutien d’une majorité parlementaire-, l’heure est-elle à se féliciter ou à s’interroger sur la réelle portée de cette marche ?
Je précise qu’il n’est question ici que de la Marche parisienne, qui revêt certaines caractéristiques qui lui sont propres et ne me paraît pas avoir à remplir exactement aux mêmes fonctions que les marches en régions.

Certes il n’est en 2014 toujours pas négligeable d’être visibles et de faire nombre, ni de s’offrir du plaisir à défiler ensemble au cœur de la Cité.

Cependant à lire commentaires et comptes-rendus tant sur les réseaux sociaux que dans les médias, la réussite de cette édition tiendrait à un renouveau de son caractère politique, et preuve en serait l’omniprésence des messages et pancartes fustigeant les abandons d’une loi destinée à déjudiciariser et démédicaliser le changement d’état civil pour les trans, de l’ouverture de l’accès de la PMA à toutes et tous et, dernière actualité, des ABCD de l’égalité.

La concomitance de ce dernier recul avec la Marche me semble devoir à minima nous interroger sur la considération portée à nos mouvements et sur la réalité de leur poids politique. Surtout si on y ajoute que le vendredi précédant cette Pride a également vu boucler le vote d’une loi famille soigneusement expurgée de tous les éléments censés nous concerner. C’est dire si la perspective d’une Marche des Fiertés à charge contre la politique de Hollande et consorts ne constitue guère un motif de préoccupation dans les esprits de nos dirigeants.

Et après tout ont-ils tort ? Car si toutes les marches ont battu leurs records d’affluence en région, ce fut loin d’être le cas à Paris. Et si les pluies diluviennes de samedi ont certainement joué un rôle dans cette faible mobilisation (très éloignée des 700 000 participants de Cologne ou du million de personnes défilant à Madrid), on ne peut se contenter de cette explication.

Quant à l’écho médiatique, si on s’y attarde quelques instants, que constate-t-on ? La relative bonne couverture de la presse écrite et/ou en ligne ne peut faire oublier que les journaux de 20h de TF1 et France 2 ont carrément fait l’impasse sur la manifestation (et ce n’était pas par manque d’espace ou de temps, mais par choix éditorial). Les chaînes d’info continue et les radios ont pour leur part assuré une couverture minimale.

Mais quel message fut envoyé ? Que la PMA avait été renvoyée aux calendes grecques et que les lesbiennes, pédés et trans s’estimaient trahis par leur allié traditionnel. Cette information apportait-elle quelque chose de nouveau par rapport aux messages d’ors et déjà véhiculés par ces mêmes médias depuis des mois, assurément non. J’ajouterais cependant un bémol à mon propos en posant l’hypothèse d’une meilleure visibilité des trans qu’à l’accoutumée ?

Cette marche n’a pas pesé sur les décisions ni du gouvernement ni sur la solidarité témoignée de fait par le PS aux choix de ce dernier. N’a réussi à faire passer aucun message nouveau. Et n’a somme toute exprimé qu’une colère modérée et impuissante.

Tolérant même que Jean-Paul Huchon, au cœur du carré de tête de la manifestation, déclare à propos du choix de ne pas ouvrir l’accès à la PMA qu’il « peut comprendre aujourd’hui que le gouvernement essaye de ne pas élargir la fracture [ouverte par la bataille du mariage] et de ne pas relancer la bagarre là-dessus », renvoyant cette ouverture à « un jour ou l’autre, il faudra bien en passer à la PMA »[1]. Un jour ou l’autre !
En attendant, ce qu’était venu afficher Huchon à la marche, ce n’était donc pas son indignation devant les renoncements du gouvernement mais au contraire son soutien à la politique d’apaisement de celui-ci. Ce qui n’a semblé poser problème à aucun des militants qui l’entouraient à l’avant-garde de cette marche.

Pourtant c’était exactement ce qu’était censé combattre cette manifestation : cette compréhension officielle de la discrimination, affichée depuis la clause de conscience, qui n’est rien d’autre qu’une validation de l’homophobie. Une autorisation symbolique venue du sommet de l’Etat, inscrivant certaines des violences qui s’exercent sur nous dans la catégorie de l’admissible.

Pire encore, en opposant notre accès au droit commun à la paix civile, il est clairement posé que ces violences à notre encontre ne sont même pas considérées comme portant atteinte à cette paix. Qu’il n’y a pas là de fracture ! Ce qui revient à nous renvoyer de facto à un statut de second rang.

Et bien ! heureusement que cette marche était celle de la colère. Qui permet à un responsable socialiste de venir parader à sa tête en prêchant la compréhension de choix qui nous maltraitent ! Et seulement agacés, on faisait quoi, on offrait un mégaphone à Manuel Valls ?

En fait cette marche était en réalité à l’image d’un mouvement gay, lesbien et trans qui n’a pas fait son aggiornamento.

Traversé par la colère mais incapable d’aller au bout de ses constats et de consommer la rupture avec un allié dont il a pris l’habitude de tout attendre. Sans doute effrayée par la nécessité de réinventer ses modes d’actions et l’articulation de ses revendications, la nébuleuse LGBT hésite entre se donner les moyens de son autonomie et patienter sans trop irriter les responsables du PS en attendant leur retour à de meilleures dispositions.

Alors ménageant la chèvre et le chou, avec la trouille de perdre ses soutiens familiers et les rares subventions qui lui tiennent lieu de moyens, désemparée, elle s’efforce de dissocier socialisme gouvernemental et socialisme local, acceptant une distribution des rôles qui n’est qu’à moitié recevable entre bad et good cops.

Une stratégie risquée qui loin de pousser les uns et les autres à revoir leur implication à la hausse pourrait au contraire permettre aux gentils de se reposer sur leurs acquis et de se contenter de gestes symboliques qui par comparaison à leurs collègues suffiraient à leur assurer leur badge gay friendly.

Madame Hidalgo et monsieur Huchon prétendent vouloir lutter à nos côtés ? Prenons-les au mot. Cessons de nous adresser à eux en ordre dispersé et de nous satisfaire de bouts de ficelles au prétexte que la droite nous a toujours refusé ces mêmes appoints. Proposons à ces élus d’établir ensemble un véritable cahier des charges de ce que serait une politique ambitieuse d’intégration des homos et des trans à la vie de la région.

Et de notre côté, sortons de l’allégeance. Réinvestissons le culturel, tournons-nous vers la société civile, ancrons à nouveau nos mouvements dans une contestation plus vaste de l’injustice sociale, dans un mouvement général de lutte contre les systèmes d’aliénation et de domination. Contre ces politiques qui fragilisent et précarisent toujours plus les populations les plus vulnérables quand elles n’en font pas des boucs émissaires et des cibles.

Rénovons la façon dont nous portons nos revendications afin de leur redonner leur charge imaginative et conquérante. L’égalité nous a enfermé dans une demande de remise à niveau au détriment de la dynamique transformatrice. Entre la doléance catégorielle et la sujétion à un statu quo qui nous inclurait. Comme si notre seule préoccupation était d’obtenir une place dans la société telle qu’elle est. Avec pour résultat d’ailleurs de n’obtenir au final qu’un strapontin ! et un impact minimal.
Le mariage a-t-il été rénové ? La famille s’est-elle enrichie de nos modes de vie ? Les parents (hétérosexuels) ayant recours à la PMA peuvent-ils s’en ouvrir plus sereinement au-delà de leurs cercles intimes ? Nos déconvenues nous dépassent.

Nos outils et nos discours sont inefficaces, périmés. Allons-nous tirer les leçons de la séquence qui s’est terminée avec l’adoption d’une forme de mariage qui ne protège même pas nos familles et n’est toujours pas accessible à certains des nôtres ou préférer l’étirer en une lente impuissance ?

Nos adversaires s’organisent, mutualisent leurs forces (bien plus considérables que les notres), gagnent du terrain mais nous, nous n’en sommes encore qu’à témoigner de notre colère ?

La politique est affaire de rapports de force et de domination idéologique ; si nous voulons nous en mêler, il va nous falloir nous inventer de nouvelles ressources et réveiller notre imagination collective.

L’année dernière, le collectif Ouiouioui évoquait l’idée de rassembler des Etats généraux de l’homosexualité, sans en avoir la capacité organisationnelle.

Des Etats généraux ouverts. Non seulement aux militants et aux associatifs mais également aux électrons libres qui ne trouvent pas leur place dans le mouvement d’aujourd’hui et aux nouvelles transversalités – embryonnaires encore, certes – qui tentent de s’organiser. Ce pourrait être une piste. Un petit pas vers une autonomie désespérément nécessaire.


Gaypride Paris 2014 - Le Reportage - 28/06 (à partir de 2’50) ; GayvoxVideos

vendredi 27 septembre 2013

Devine qui vient dîner ?
Pas de gays à table dans l’Italie de Barilla




La sortie de Guido Barilla a un contexte. L’Italie aujourd’hui. La semaine dernière était discutée, à grand peine, une loi contre l’homophobie. Une loi qui prévoit de ne pas s’appliquer aux organisations qui ont des activités de nature politique, syndicale, culturelle, sanitaire, d’instruction ou encore de religion et de culte, une loi qui doit encore repasser au Sénat. En clair, l’homophobie institutionnelle ne sera ni condamnée, ni condamnable. Nulle part. Pas plus à l’école qu’à l’hôpital, pas plus au boulot qu’à la télé, pas plus celle du syndicaliste que celle de l’assistante sociale !

En Italie, les pédés, les gouines, les trans n’ont aucun droit et leurs couples et leurs familles encore moins. Et nombre de forces politiques font tout pour que ça reste ainsi et qu’au pire – pour éviter toute reconnaissance- on s’en remette au contrat privé passé devant notaire.

Certains, en France, pensent que s’offusquer des propos de Barilla revient à conforter le pouvoir donné aux marques et aux industriels. Mais, Berlusconi comme Guido Barilla, ne sont pas seulement des PDG, ce sont des dirigeants de fait de l’Italie. Et d’ailleurs Barilla pourrait bien succéder à Berlusconi. Traiter par le mépris ou le silence leurs prises de position ne diminuera en rien leur influence.

Quand Guido Barilla fait ses déclarations, il ne positionne pas seulement sa marque, il se positionne aussi dans un débat sur la société italienne où se discutent encore la place des femmes (et sa sortie n’était pas seulement homophobe mais aussi sexiste), la place des pédés et des gouines et il n’avait même pas besoin de le dire, tous les Italiens l’ont très bien compris, la place des immigrés. Or ne l’oublions pas, les violences contre les femmes, comme celles contre les homosexuels et les immigrés, sont en constante augmentation en Italie

Guido Barilla a d’ailleurs été très clair dans ses déclarations, il ne dit pas seulement qu’il n’y aura pas de gays dans les publicités de sa marque de pâtes, parce que ce ne serait pas en adéquation avec l’image qu’il souhaite la voir véhiculer, non il affirme aussi que « le concept de la famille sacrée demeure l'une des valeurs fondamentales de la société »[1].

Alors, sans doute, certaines réactions des gays français sont-elles épidermiques, voire primaires. Mais nombre de pédés et de gouines en Italie auront apprécié de se sentir soutenus.

Et même si Barilla, pense avoir réussi son coup, en diffusant son message aux franges les plus obscurantistes du pays : ils peuvent compter sur lui pour s’affirmer en fervent défenseur de la famille traditionnelle, valeur ô combien sacrée, face aux méchants lobbys qui l’ont obligé à reculer, pour les gays italiens, affirmer haut et fort, que le temps où ils subissaient l’exclusion en silence est terminé, ce n’est pas négligeable.


[1] « Per noi il concetto di famiglia sacrale rimane uno dei valori fondamentali dell'azienda. La nostra è una famiglia tradizionale. Se ai gay piace la nostra pasta e la comunicazione che facciamo mangeranno la nostra pasta, se non piace faranno a meno di mangiarla e ne mangeranno un'altra. » http://parma.repubblica.it/ Venerdì 27 Settembre 2013