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mardi 8 juillet 2014

Une réussite, la Marche des Fiertés, vraiment ?




Une fois passée la satisfaction d’avoir, après une autre année difficile, pu marcher quelques heures au sein de ses pairs, d’avoir exprimé frustrations, indignations, colères contre les innombrables reculs du gouvernement, reculs ratifiés par le parti socialiste - car faut-il rappeler cette réalité, y compris dans un quinquennat présidentiel, un gouvernement n’existe pas sans le soutien d’une majorité parlementaire-, l’heure est-elle à se féliciter ou à s’interroger sur la réelle portée de cette marche ?
Je précise qu’il n’est question ici que de la Marche parisienne, qui revêt certaines caractéristiques qui lui sont propres et ne me paraît pas avoir à remplir exactement aux mêmes fonctions que les marches en régions.

Certes il n’est en 2014 toujours pas négligeable d’être visibles et de faire nombre, ni de s’offrir du plaisir à défiler ensemble au cœur de la Cité.

Cependant à lire commentaires et comptes-rendus tant sur les réseaux sociaux que dans les médias, la réussite de cette édition tiendrait à un renouveau de son caractère politique, et preuve en serait l’omniprésence des messages et pancartes fustigeant les abandons d’une loi destinée à déjudiciariser et démédicaliser le changement d’état civil pour les trans, de l’ouverture de l’accès de la PMA à toutes et tous et, dernière actualité, des ABCD de l’égalité.

La concomitance de ce dernier recul avec la Marche me semble devoir à minima nous interroger sur la considération portée à nos mouvements et sur la réalité de leur poids politique. Surtout si on y ajoute que le vendredi précédant cette Pride a également vu boucler le vote d’une loi famille soigneusement expurgée de tous les éléments censés nous concerner. C’est dire si la perspective d’une Marche des Fiertés à charge contre la politique de Hollande et consorts ne constitue guère un motif de préoccupation dans les esprits de nos dirigeants.

Et après tout ont-ils tort ? Car si toutes les marches ont battu leurs records d’affluence en région, ce fut loin d’être le cas à Paris. Et si les pluies diluviennes de samedi ont certainement joué un rôle dans cette faible mobilisation (très éloignée des 700 000 participants de Cologne ou du million de personnes défilant à Madrid), on ne peut se contenter de cette explication.

Quant à l’écho médiatique, si on s’y attarde quelques instants, que constate-t-on ? La relative bonne couverture de la presse écrite et/ou en ligne ne peut faire oublier que les journaux de 20h de TF1 et France 2 ont carrément fait l’impasse sur la manifestation (et ce n’était pas par manque d’espace ou de temps, mais par choix éditorial). Les chaînes d’info continue et les radios ont pour leur part assuré une couverture minimale.

Mais quel message fut envoyé ? Que la PMA avait été renvoyée aux calendes grecques et que les lesbiennes, pédés et trans s’estimaient trahis par leur allié traditionnel. Cette information apportait-elle quelque chose de nouveau par rapport aux messages d’ors et déjà véhiculés par ces mêmes médias depuis des mois, assurément non. J’ajouterais cependant un bémol à mon propos en posant l’hypothèse d’une meilleure visibilité des trans qu’à l’accoutumée ?

Cette marche n’a pas pesé sur les décisions ni du gouvernement ni sur la solidarité témoignée de fait par le PS aux choix de ce dernier. N’a réussi à faire passer aucun message nouveau. Et n’a somme toute exprimé qu’une colère modérée et impuissante.

Tolérant même que Jean-Paul Huchon, au cœur du carré de tête de la manifestation, déclare à propos du choix de ne pas ouvrir l’accès à la PMA qu’il « peut comprendre aujourd’hui que le gouvernement essaye de ne pas élargir la fracture [ouverte par la bataille du mariage] et de ne pas relancer la bagarre là-dessus », renvoyant cette ouverture à « un jour ou l’autre, il faudra bien en passer à la PMA »[1]. Un jour ou l’autre !
En attendant, ce qu’était venu afficher Huchon à la marche, ce n’était donc pas son indignation devant les renoncements du gouvernement mais au contraire son soutien à la politique d’apaisement de celui-ci. Ce qui n’a semblé poser problème à aucun des militants qui l’entouraient à l’avant-garde de cette marche.

Pourtant c’était exactement ce qu’était censé combattre cette manifestation : cette compréhension officielle de la discrimination, affichée depuis la clause de conscience, qui n’est rien d’autre qu’une validation de l’homophobie. Une autorisation symbolique venue du sommet de l’Etat, inscrivant certaines des violences qui s’exercent sur nous dans la catégorie de l’admissible.

Pire encore, en opposant notre accès au droit commun à la paix civile, il est clairement posé que ces violences à notre encontre ne sont même pas considérées comme portant atteinte à cette paix. Qu’il n’y a pas là de fracture ! Ce qui revient à nous renvoyer de facto à un statut de second rang.

Et bien ! heureusement que cette marche était celle de la colère. Qui permet à un responsable socialiste de venir parader à sa tête en prêchant la compréhension de choix qui nous maltraitent ! Et seulement agacés, on faisait quoi, on offrait un mégaphone à Manuel Valls ?

En fait cette marche était en réalité à l’image d’un mouvement gay, lesbien et trans qui n’a pas fait son aggiornamento.

Traversé par la colère mais incapable d’aller au bout de ses constats et de consommer la rupture avec un allié dont il a pris l’habitude de tout attendre. Sans doute effrayée par la nécessité de réinventer ses modes d’actions et l’articulation de ses revendications, la nébuleuse LGBT hésite entre se donner les moyens de son autonomie et patienter sans trop irriter les responsables du PS en attendant leur retour à de meilleures dispositions.

Alors ménageant la chèvre et le chou, avec la trouille de perdre ses soutiens familiers et les rares subventions qui lui tiennent lieu de moyens, désemparée, elle s’efforce de dissocier socialisme gouvernemental et socialisme local, acceptant une distribution des rôles qui n’est qu’à moitié recevable entre bad et good cops.

Une stratégie risquée qui loin de pousser les uns et les autres à revoir leur implication à la hausse pourrait au contraire permettre aux gentils de se reposer sur leurs acquis et de se contenter de gestes symboliques qui par comparaison à leurs collègues suffiraient à leur assurer leur badge gay friendly.

Madame Hidalgo et monsieur Huchon prétendent vouloir lutter à nos côtés ? Prenons-les au mot. Cessons de nous adresser à eux en ordre dispersé et de nous satisfaire de bouts de ficelles au prétexte que la droite nous a toujours refusé ces mêmes appoints. Proposons à ces élus d’établir ensemble un véritable cahier des charges de ce que serait une politique ambitieuse d’intégration des homos et des trans à la vie de la région.

Et de notre côté, sortons de l’allégeance. Réinvestissons le culturel, tournons-nous vers la société civile, ancrons à nouveau nos mouvements dans une contestation plus vaste de l’injustice sociale, dans un mouvement général de lutte contre les systèmes d’aliénation et de domination. Contre ces politiques qui fragilisent et précarisent toujours plus les populations les plus vulnérables quand elles n’en font pas des boucs émissaires et des cibles.

Rénovons la façon dont nous portons nos revendications afin de leur redonner leur charge imaginative et conquérante. L’égalité nous a enfermé dans une demande de remise à niveau au détriment de la dynamique transformatrice. Entre la doléance catégorielle et la sujétion à un statu quo qui nous inclurait. Comme si notre seule préoccupation était d’obtenir une place dans la société telle qu’elle est. Avec pour résultat d’ailleurs de n’obtenir au final qu’un strapontin ! et un impact minimal.
Le mariage a-t-il été rénové ? La famille s’est-elle enrichie de nos modes de vie ? Les parents (hétérosexuels) ayant recours à la PMA peuvent-ils s’en ouvrir plus sereinement au-delà de leurs cercles intimes ? Nos déconvenues nous dépassent.

Nos outils et nos discours sont inefficaces, périmés. Allons-nous tirer les leçons de la séquence qui s’est terminée avec l’adoption d’une forme de mariage qui ne protège même pas nos familles et n’est toujours pas accessible à certains des nôtres ou préférer l’étirer en une lente impuissance ?

Nos adversaires s’organisent, mutualisent leurs forces (bien plus considérables que les notres), gagnent du terrain mais nous, nous n’en sommes encore qu’à témoigner de notre colère ?

La politique est affaire de rapports de force et de domination idéologique ; si nous voulons nous en mêler, il va nous falloir nous inventer de nouvelles ressources et réveiller notre imagination collective.

L’année dernière, le collectif Ouiouioui évoquait l’idée de rassembler des Etats généraux de l’homosexualité, sans en avoir la capacité organisationnelle.

Des Etats généraux ouverts. Non seulement aux militants et aux associatifs mais également aux électrons libres qui ne trouvent pas leur place dans le mouvement d’aujourd’hui et aux nouvelles transversalités – embryonnaires encore, certes – qui tentent de s’organiser. Ce pourrait être une piste. Un petit pas vers une autonomie désespérément nécessaire.


Gaypride Paris 2014 - Le Reportage - 28/06 (à partir de 2’50) ; GayvoxVideos

jeudi 23 mai 2013

Fierté 2013 : des mariages et un enterrement ?





C’est beau des députés qui scandent "égalité, égalité" dans une enceinte parlementaire. On verse une larme, puis on s’offre des fleurs, on s’auto-congratule en versant le champagne, et après tout on l’a bien mérité, cet instant de bonheur, ce droit d’associer le printemps à des parfums de joie plutôt qu’à des remontées nauséabondes.

Mais sous les clameurs, en fond, persiste une petite note discordante, que d’aucuns voudraient étouffer. Elle prend la couleur de trois lettres, PMA, qui s’affichent sur des pancartes et deviennent emblématiques de renoncements qui la dépassent.

Il ne faut guère patienter longtemps pour entendre le Président de la République, le Premier Ministre, la ministre de la Famille et même le président de l’Assemblée Nationale - rien que ça ! – reprendre en chœur le nouvel hymne officiel : fermez le ban, l’heure est désormais à l’apaisement.

Passage en force contre cohésion sociale, opposition des réformes sociétales aux réformes économiques, les logiques et les mots sont ceux du refus de nos unions, et nous voilà priés de nous concentrer sur nos listes de mariage plutôt qu’à celles de nos revendications.

Quand la droite arrive au pouvoir, elle n’a aucun complexe à appliquer la politique pour laquelle son électorat l’a choisie. Tandis que les socialistes semblent toujours vouloir donner des gages à leurs opposants. Accepter et se mesurer aux règles et références de ces derniers. Comme s’il n’y avait de consensus possible que dans leur cadre, le cadre d’une économie libérale et d’une morale conservatrice.

Ce faisant, ils ne font qu’encourager la droite à instruire un incessant procès en illégitimité. Et nous perdons sur tous les tableaux, non seulement les réformes sont, à plus ou moins court terme, abandonnées ou amputées mais qui plus est, la droite même battue, peut continuer à imposer ses valeurs en référence.

Or si nos idées cessent d’être portées. Comment les faire avancer ?

François Hollande a choisi sa posture présidentielle ; naguère il se voulait l’homme de la synthèse au parti socialiste, aujourd’hui il prétend incarner le compromis raisonnable. Comme si s’affrontaient des forces équivalentes qu’il lui revenait d’arbitrer, incarnant ainsi le seul équilibre possible.

Dès lors, le système présidentiel fait ses ravages. Le parti socialiste enfermé dans sa position de parti du Président ne peut que s’incliner, les Verts et le Front de Gauche quasi inexistants au Parlement sont renvoyés au chimérique et la gauche n’est plus politiquement représentée.

Comment s’étonner alors que le système politique ne cesse de se déporter vers la droite. Quand le candidat élu par la gauche pour porter une alternative n’a pour seule ambition que d’offrir au néolibéralisme un visage plus humain.

Sans grandes illusions sur les perspectives de changements réels sur le plan économique qu’ouvrait l’élection d’un François Hollande, pouvait-on vraiment espérer que celui-ci se montre plus audacieux sur le plan sociétal et s’oppose au moins dans ce domaine aux résistances du conservatisme ? Là encore, il faudra se contenter du plus petit des dénominateurs.

Alors, allons-nous nous montrer raisonnables ? comme le Président pour qui le déferlement d’homophobie de ces derniers mois participe d’un débat légitime où « toutes les opinions doivent être respectées, toutes les sensibilités »[1]

Allons-nous accepter de brader nos droits au nom d’une conception de la paix sociale qui admet qu’on nous violente institutionnellement, verbalement et physiquement ? Allons-nous nous contenter de protester avec une vigueur désormais toute socialiste ?

Et puisqu’il n’est plus question d’égalité, quelle petite musique va entonner la marche des fiertés ?
Que vont faire nos lobbyistes patentés ? Adopter l’agenda gouvernemental et son analyse de la situation ? Cette nécessité d’apaisement ?
Nous assurer qu’ils travaillent, discutent, déploient force convictions dans les corridors et antichambres des ministères. Et qu’en attendant que ce travail de fourmi paie, il faut être réaliste, ne pas faire de vagues.

Ce message-là ne devrait pas être difficile à mettre en musique, entre ceux qui n’ont qu’une envie de fête et ceux qui ont désespérément besoin de souffler, de se refaire une santé …

Pour le principe, on placera l’égalité sur nos banderoles. On glissera la PMA dans nos communiqués. On n’oubliera pas le T, dans nos signatures.

Et pour entretenir le moral des troupes, on organisera un concert, reléguant les revendications dans l’ombre de la célébration. Un couple à succès ! Vedette prévisible de la marche de juin.

Une Pride dont le mot d’ordre aurait pu être les droits des trans, grands oubliés de cette longue route vers le mariage. Tous, pédés, bi, lesbiennes & trans, unis derrière ce seul mot d’ordre, ça aurait eu de la gueule. Voilà qui aurait donné un peu de corps, un peu de crédibilité à la marque LGBT. Ne serait-il pas temps d’afficher un peu de solidarité entre communautés ? D’honorer une dette historique envers les trans qui furent les premiers à se lever dans un mouvement dont nous touchons aujourd’hui des dividendes ?

Ou bien ne pourrait-on imaginer et réaliser une gigantesque banderole inaugurale n’affichant que 3 lettres, PMA, et des centaines de lesbiennes aux premiers rangs de la manifestation ? Pour signifier irréfutablement notre refus d’une égalité tronquée.

Parions plutôt sur l’orthodoxie du cortège de tête. Avec une banderole se réclamant de l’égalité portée par ceux-là mêmes qui nous demandent d’y surseoir. Et que nous retrouverons sur les photos des premiers mariages (réussis ou perturbés), ces noces que les chaînes d’informations, après avoir multidiffusé ceux qui s’y opposaient, trouveront pour un temps tout à fait télévisuelles et divertissantes.

En acceptant de nous réjouir avec les représentants du gouvernement, en adoptant la stratégie du compagnonnage (une conception de la politique qui a tellement bien réussi à SOS Racisme), nous admettons nous en remettre à leur gestion du calendrier et renonçons à essayer de développer les conditions nécessaires à l’aboutissement de nos revendications.

Quand le chef de l’état entend gérer la politique comme un arbitrage entre différentes formes de pression de la société, en renonçant à la fois à installer les conditions de cette pression de notre part dans la sphère du débat public et à faire de la politique ailleurs que dans les structures et logiques traditionnelles, nous abdiquons toute autonomie pour nous en remettre à la bonne volonté de ceux qui nous gouvernent. Charge à eux de déterminer le moment où ils jugeront que l’équilibre politique serait devenu plus favorable.

Mais quels moyens nous donnons-nous pour travailler à modifier cet équilibre ?

Les politiques ne peuvent être les seuls acteurs de la politique. Et la droite la seule à faire entendre ses exigences. Comment le silence pourrait-il contribuer à faire évoluer les perceptions des uns et des autres sur des revendications devenues invisibles ? Comment faire valoir nos arguments s’ils demeurent confidentiels ?

Si les Gay Pride ont toujours été festives, c’est parce que le sens même de cette détermination joyeuse est politique, c’est parce que nous y avons toujours partagé le refus de nous taire, le refus de l’ombre et de l’invisible. Y compris dans les périodes les plus sombres, nous avons toujours opposé la force de nos vies aux volontés de nous enterrer. Notre émancipation ne tient qu’au fil de notre expression.

Quand nos opposants ont obtenu du gouvernement qu’il recule sur la PMA et réussi à instaurer un climat d’homophobie délétère, nous n’aurions rien d’autre à proposer que de nous faire discrets ?

Et l’égalité, on en fait quoi pendant ce temps-là ? On négocie avec la SNCF, quoi ? un geste ? des tarifs spéciaux sur les Thalys ? On les baptisera abonnements égalité !

En attendant, ah oui, le mariage ! ce ne sont quand même pas quelques gouines qui vont gâcher la fête !



[1] François Hollande, conférence de presse du 16 mai 2013

mercredi 3 avril 2013

Coming in : la politique des garçons très discrets




Où sont passés les représentants du mouvement gay ? Pour quel mouvement d’ailleurs ? Quelle action ? Quelle parole ? Quelle dynamique ? Quelle présence ?

Tandis que le long processus d’adoption du mariage des couples de même sexe ressemble de plus en plus à un jour sans fin cauchemardesque, gays et lesbiennes subissent de plein fouet la violence du débat sans même le filtre du support communautaire. Chacun et chacune livré(e) à sa propre capacité à encaisser, à riposter ou à la solitude.

Individuellement ou par petits groupes, sur les réseaux sociaux, les uns et les autres se mobilisent, tentent de s’organiser et fort heureusement de nouvelles solidarités s’inventent. La base s’active, échange, riposte. Fait preuve d’inventivité. De ressources individuelles inestimables.

Dispersée cependant, elle peine à exister face à une opposition restreinte mais dangereusement structurée. Disposant de moyens considérables, celle-ci occupe tous les terrains : les media, la rue, les murs. Allant jusqu’à emprunter au mouvement gay ses modes d’actions.

Face à cette omniprésente visibilité, cet activisme de tous les instants, que nous répond l’Inter LGBT ? Elle refuse l’instrumentalisation du débat, exprime son malaise (son impuissance, son incompétence ?) et prépare la gay pride ! d’ici là, débrouillez-vous !

Non contente de s’être laissée enfermer dans une stratégie monolithique et minimaliste (un objectif le droit de la famille, un champ d’action le législatif, un leitmotiv l’égalité), elle ne parvient pas à imposer sa parole, ni même un agenda et renvoie les gays à l’invisible du silence.

Pire, elle se voit contrainte de revoir ses ambitions à la baisse au gré des frileuses volte-face du gouvernement, mais n’en continue pas moins de s’enferrer, comme si de rien n’était, dans sa politique pusillanime.

L’Inter LGBT semble se satisfaire à demi mot de l’adoption d’une loi minimale sur le mariage des couples de même sexe. Une loi qui ne respecte même pas les droits des trans. Une loi qui n’ouvrira pas le droit à la PMA pour les couples de lesbiennes. PMA que le Président de la République en personne ne cesse d’essayer d’enterrer.

Ce faisant, il dément de facto toute inscription de la loi sur le mariage dans le principe d’égalité.

Cet échec devrait démontrer à nos associations qu’elles ne peuvent étayer nos luttes sur le seul argument de l’égalité, aussi utile et légitime soit-il.

Alors réaction, colère de l’Inter LGBT ? Non, silence ! Tire-t-elle des enseignements de ces signaux ? Non plus. Tout juste, communique-t-elle d’un faible communiqué de presse, son trouble et sa volonté de pédagogie ou annonce-t-elle, imperturbable, le mot d’ordre de la prochaine marche des fiertés : « LGBT : allons au bout de l’égalité ».

Quand elle devrait être à la pointe de la mobilisation, l’entraîner ou à tout le moins lui donner les moyens de s’exprimer, l’inter LGBT donne de plus en plus l’impression de la suivre, voire de la subir. Comme si elle avait intégré l’idée que le regain d’homophobie et l’abandon de toute autre revendication étaient le prix à payer pour obtenir le mariage.

Elle oublie que sans expression, nous n’existons pas. Et que laisser nos adversaires regagner du terrain dans la bataille idéologique et culturelle pourrait laisser des traces douloureuses mais aussi durables.

Nombre de gays et de lesbiennes ne se battent pour l’ouverture du mariage qu’en raison de la charge symbolique d’une telle loi et par solidarité avec ceux qui en ont besoin pour sécuriser leurs familles.

Or une égalité juridique qui ne serait pas assortie d’un travail sur les mentalités ne profiterait qu’à une minorité de privilégiés. Si ne peuvent se marier que ceux qui n’ont rien à craindre d’une homophobie qui n’a plus de honte à se manifester, est-ce vraiment le mariage pour tous ?