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lundi 6 mai 2019

L'homo palmadus, cet hétéro comme les autres, sauf quand il baise

Les schémas binaires de Palmade1, ce ne sont pas juste l'apologie de la discrétion et sa détraction corollaire et caricaturale de la différence, une opposition construite, rigide qui fait fi des réalités et moments multiples qui construisent les individus, une négation des dimensions affectives et politiques de la culture gay, c'est aussi une réduction de l'homosexualité à la seule sexualité, niant les processus de socialisation. 

C'est l'éternel renvoi de l'orientation sexuelle au privé, mais s'attachant à prendre les atours de la modernité, une homophobie intériorisée qui se voudrait post-homophobie et n'en est que le visage contemporain réactualisé auquel s'accroche le marketing de tous les conservateurs qui tiennent à maintenir une hiérarchie des orientations sexuelles.

C'est la justification voulue de l'exclusion de la culture du commun, prétendant que le gay ne pourrait s'adresser et ne parler qu'à ses pairs, réaffirmant que l'universel ne saurait avoir qu'un visage, impossible à distinguer de la représentation socio-culturelle de l'hétérosexualité réaffirmée comme étalon de la norme.

Tout écart, toute non-conformité étant vécus comme une marque (« ça n’est pas marqué sur leur front »), gay étant ici la fleur de lys des homos et le déni non seulement de l'importance du retournement du stigmate dans les luttes d'émancipation mais aussi celui de la joyeuse vitalité de l'affirmation d'être soi, débarrassée des paraître obligatoires.

Les adultes que nous sommes peuvent rire de Palmade, à défaut d'avec, ou trouver triste le mal-être qui l'ampute ; peu importe à titre individuel, d'ailleurs qui peut se vanter de ne pas avoir à s'arranger tant bien que mal avec les difficultés de la vie ?

Mais en renvoyant les homos dans la chambre à coucher et uniquement là, en l'assimilant à un placard, outre que sa carcéralité enferme le désir, elle dénie toute existence aux enfants queers à qui elle fixe ce seul horizon pour être eux-mêmes, et les renvoie ainsi à la sexualité comme unique expérience d'eux-mêmes.

L'expérience singulière de Palmade n'est ni plus ni moins légitime qu'une autre. Mais quand il choisit de s'extraire des contextes socio-politiques, et de faire usage de parole publique, qui plus est dans des lieux d'exposition à large audience, c'est à dire précisément des lieux d'expression qui manque cruellement de diversité de points de vue, notamment gay, il doit s'attendre à ce que tout aussi légitimement sa parole reçoive en retour des points de vue contradictoires.

Palmade, contrairement à la majorité d'entre nous, bénéficie du luxe de cette possibilité de la parole publique. On peut jouir de cette possibilité comme d'un privilège individuel, on peut aussi ne pas ignorer qu'elle impacte au delà-de soi.

Ce week-end, circulait sur les réseaux sociaux, les mots de Palmade, mais aussi ceux de Caster Semenya «  Be you for you » partageait-elle sur son compte twitter2.



Des mômes isolés par l'invisibilité ont entendu l'un les renvoyer à une dichotomie jour/nuit, se faire l'apôtre de l'effacement et du désir réduit à son expression sexuelle.
L'autre les invitait à être eux-mêmes.

On peut, en partant de son expérience personnelle, parler vers soi, se faire le chantre du confinement ou tournée vers les autres, contre les coercitions, célébrer l'espoir de courir à l'air libre.

Plutôt que des théories fumeuses, préférer partager la générosité.


Compte certifié

il y a 24 heures



1« Il y a les homos et les gays. […] J’ai fait une différence. Les gays ce sont les gens qui mangent gay, qui rient gay, qui vivent gay, qui parlent gay, qui font du film gay […] Et les homos ce sont des gens qui sont homos mais ça n’est pas marqué sur leur front. On ne le sait pas quand ils parlent, on ne sait pas quand ils vivent, on ne le sait que quand on va dans leur chambre à coucher ».

lundi 23 septembre 2013

Lundi d’automne




Certaines rentrées ont la couleur d’un automne prématuré. Plutôt que flamboyantes, plombées du gris de dépressions successives, comme une anticipation d’interminables retraites.

Alors vous avez profité de vos vacances, complété vos provisions de vitamines, aéré vos neurones ? Vous vous êtes gavés de pâtisseries et autres pièces montées ? Parce qu’après une année à se fader du mariage pour tous, se profile tout un programme de batailles d’arrière-garde pour arracher à l’énergie dans les décombres des promesses socialistes quelques avoirs.

Le conservatisme socialiste nous oblige. Rien ne sera aisé. Coincés entre agendas étriqués et ambitions insatisfaisantes, le pessimisme et les divisions nous guettent. Le piège est connu.

Pour autant, nous n’avons pas à renoncer à inventer de nouvelles formes de rapport aux autres.

Quel que soit notre lot d’aspirants à la conformité, chérissons nos particularités, partageons-les et prenons soin les uns des autres plutôt que de nous enfermer dans des querelles stériles.

Il suffit de ne pas renoncer. Les victoires d’aujourd’hui sont nées de combats que tout le monde nous prédisait perdus.

lundi 17 juin 2013

L’outing, une plaisanterie ?





Mort, sans jamais avoir été pratiqué, voilà qui pourrait être la réalité de l’outing en France.

Depuis le 1er juin (2013), c’est une boutade selon Stéphane Bern, qui a déclaré dans une émission de télé, à propos de Geoffroy Didier, cofondateur à l'UMP du mouvement de la Droite forte, «Tout le monde sait qu'il est homo, mais il dit qu'il est hétéro »[1]. Une affirmation non démentie sur l’instant par l’intéressé qui a préféré s’ériger en victime quelques jours plus tard par tweet interposé.

Mais qu’est-ce que l’outing exactement ? Car selon qu’on invoque sa définition politique, sa dimension juridique, ou le langage commun, l’outing ne recouvre pas exactement les mêmes réalités.

Si on se réfère à la définition la plus large, l’outing serait la révélation par un tiers de l’homosexualité (réelle ou supposée) d’une personne sans son accord préalable. Dans ce cadre, il est susceptible de concerner tout un chacun.

A ce jour, du point de vue juridique, rendre publique l’orientation sexuelle d’une personne sans son autorisation relève d’une atteinte à la vie privée. Et celle-ci est protégée par l'article 9 du code civil[2].

En fait, la plupart du temps, quand on parle d’outing, on fait référence à sa définition politique, et c’est à cet outing-là que je m’intéresserais ici. En commençant par circonscrire de quoi il s’agit : d’un acte politique qui consiste à révéler délibérément l’homosexualité d’une personnalité publique qui par son silence ou par son action fait le jeu de l’homophobie.

Et si on s’en tient strictement à cette définition, il me semble qu’on peut affirmer qu’il n’y a jamais eu d’outing en France.

En effet, si l’association de lutte contre le sida, Act Up-Paris est très souvent associée à cette idée, il est bon de rappeler que contrairement à une idée largement répandue, elle n’est jamais passée à l’acte.

Petit rappel des faits.

En mars 1991, le principe de l’outing est voté et adopté par l’association.

Après la manifestation des anti-Pacs du 31 janvier 1999 lors de laquelle fleurissent des slogans homophobes du type "les pédés au bûcher", Act Up-Paris menace d’outer un député de droite qui y avait participé.

S’en suit un tollé médiatique. Politiques et journalistes sont unanimes pour dénoncer le procédé. Position partagée par une large frange de la communauté gay. On notera cependant que dans le même temps les mêmes cherchent par tous les moyens à décrypter les indices donnés par l’association quant à l’identité du député visé.

Conséquence non négligeable de la menace brandie par Act Up-Paris, la dimension homophobe des manifestations anti-Pacs s’impose enfin sur la place publique et les dérapages sont dénoncés.

Act Up peut dès lors tranquillement renoncer au passage à l’acte (et s’épargner les poursuites judiciaires qui s’en suivraient), l’association a atteint son but sans coup férir.

Pour finir, c’est, le journaliste et essayiste, Guy Birenbaum qui se chargera, en 2003, d’outer Renaud Donnedieu de Vabres dans son livre Nos délits d’initiés. « Ce qui m’intéressait confie-t-il aux Inrockuptibles, c’était d’abord de pointer les contradictions de personnalités publiques entre leur discours et leurs actes au niveau personnel. »[3] Renaud Donnedieu de Vabres n’a jamais porté plainte.

Avec cette publication, Guy Birenbaum rompt le gentleman agrement qui régit les relations internes de la communauté politico-médiatique. Une communauté où les frontières entre vie privée et vie publique sont poreuses mais relèvent de l’entre soi.

Des pratiques qui sont justement à l’origine de ce qui fut appelé l’outing de Jean-Luc Romero.

Si les faits furent condamnés[4] par la 17e chambre civile du tribunal de Paris, dans un jugement qui statuait que « l’orientation sexuelle relève de la sphère privée », les qualifier d’outing me paraît néanmoins politiquement discutable.

Car la mention, en octobre 2000, de l’homosexualité de Jean-Luc Romero au détour d’un édito[5] du journaliste Alain Royer dans le magazine gratuit gay e-m@le ne visait en aucun cas à dénoncer une quelconque homophobie de Jean-Luc Romero et relevait du malentendu. Pas un instant, le journaliste ou sa rédaction n’avaient pensé possible que le conseiller régional d'Ile-de-France ne soit pas encore officiellement sorti du placard. Ce qui n’a pas empêché Romero de porter plainte.

En juillet 2011, c’est au tour de David-Xavier Weiss, secrétaire national de l’UMP d’annoncer qu’il poursuit Le Canard enchaîné[6] pour outing. Mais là encore, si on ne s’en tient qu’à une définition strictement politique, la qualification ne tient pas.

Ni l’homophobie, ni l’homosexualité de David-Xavier Weiss ne sont les véritables sujets de l’article incriminé. L’hebdomadaire qui s’intéresse à Roger Karoutchi rapporte que celui-ci, entendu par la police, dans une affaire de diffamation sur internet liée aux élections régionales de 2010, a dans sa défense, fait référence à son compagnon, David-Xavier Weiss.

Nous en revenons donc à Stéphane Bern. Outing ou pas ? La révélation est délibérée et Bern l’associe immédiatement dans un sourire aux orientations idéologiques défendues par l’homme public Geoffroy Didier : « Je comprends que, vu vos positions politiques, ça peut vous embarrasser ».

S’en suit cependant la semaine suivante, une séquence de rétropédalage. Et Stéphane Bern d’expliquer qu’il ne sait rien de la vie privée de Geoffroy Didier et s’en moque.

« Ce n'est pas de l'outing ! L'outing, c'est de dire un tel est comme ça ! Je me serais bien gardé de parler de la vie privée de Geoffroy Didier ou de Guillaume Peltier, […] Ce n'est pas honnête de faire de l'outing. En revanche, mettre les gens face à leurs contradictions, c'est pas mal »[7]

Volonté de calmer le jeu, d’échapper à des poursuites éventuelles ? Bern patauge, semble revenir sur ses propos mais dans le même temps, s’empresse d’entretenir le doute.

De l’épisode, je retiens quelques éléments.

A l’heure actuelle, Geoffroy Didier a préféré s’en remettre à Twitter plutôt qu’à la justice.

En 2013, on s’émeut moins des affirmations d’un Stéphane Bern qu’en 1999 à l’idée d’un outing potentiel.

Sans doute peut-on minimiser la portée du constat en opposant l’inscription de cet outing dans un mélange tout à fait contemporain de divertissement, de people et de politique.

Objecter que les classes dirigeantes avaient bien plus à craindre de la décision d’une association politiquement structurée d’ajouter désormais l’outing à son arsenal militant plutôt que du mouvement d’humeur d’une personnalité publique.

Certes ; il m’apparaît cependant significatif qu’une telle personnalité choisisse aujourd’hui de révéler publiquement des conversations qui jusque-là ne se partageaient que dans la confidence de ces dîners où politiques, journalistes, hauts fonctionnaires et cadres supérieurs de nos grandes entreprises se rencontrent en toute discrétion. Rompant ainsi précisément un pacte tacite qui veut que ce qui se sait dans ces cercles du pouvoir ne se partage pas au-delà.

Que s’est-il donc passé pour qu’un Stéphane Bern (qui lui-même, il y a quelques années n’hésitait pas à attaquer des média coupables d’avoir évoqué son orientation sexuelle) en arrive à balancer ceux-là même avec qui il dîne ?

La réponse tient sans doute dans les regrets qu’il exprime quant au peu de réactions suscitées par la révélation d’un Jean-François Copé favorable en privé à l’ouverture du mariage homosexuel mais s’agitant publiquement de toutes ses forces pour organiser et incarner l’opposition au texte de loi.

Il semble que les quelques pédés out, pourvus d’une plus ou moins grande audience médiatique, n’étaient pas les plus préparés au déferlement d’homophobie de ces derniers mois. On en prendra pour preuve, les revirements de nombre d’entre eux au sujet du mariage.

Si au mois de novembre, certains pensaient ne pas être concernés par le débat au prétexte que le mariage ne les intéressait pas à titre privé (jugeant pour eux-mêmes la reconnaissance légale superflue), les opposants se sont rapidement chargés de leur rappeler que, de leur côté, ils ne distinguaient pas entre homosexuels aisés ou non, célèbres ou non, avant de leur refuser droit de cité au nom même de leur homosexualité.

Et même si la très grande majorité de la population était et est demeurée favorable à l’ouverture du mariage, le mythe d’une société française non homophobe a violemment volé en éclats. Et sans doute plus violemment encore pour ceux qui souhaitaient se bercer de l’illusion que l’homophobie aurait été le fait de classes sociales populaires ou de populations issues de l’immigration.

Car ce ne sont pas de Barbès ou de Belleville, ni des quartiers ou des banlieues les plus économiquement défavorisées que sont venus les fidèles, roses et bleus, de la manif pour tous, et c’est à Saint Cloud ou Versailles qu’une affiche où deux hommes s’embrassent est censurée.

Confrontés à ce festival au long cours d’expression homophobe, nos people gays ont soudain pris conscience que ces manifestants et leurs soutiens les renvoyaient eux aussi à un statut de seconde zone.

Et voilà notre Stéphane Bern, horrifié par l’hypocrisie de responsables politiques, maniant un outil auparavant honni.

Malheureusement, la situation politique ne l’a pas attendu. La Manif pour tous, ne s’est pas contenté de libérer l’homophobie rampante.

En hissant au rôle de porte-voix, des homosexuels prêts à lutter contre leurs propres droits et se faisant les hérauts d’une hiérarchisation des orientations sexuelles, elle a réussi à désamorcer l’un des ressorts de l’outing : montrer que la violence de la contrainte homophobe est telle qu’elle conduit des homosexuels non seulement à se cacher mais aussi à défendre les idées qui précisément les enferment dans cette dissimulation obligatoire.

Et peu importe que ceux-ci viennent maintenant pleurnicher sur les réseaux sociaux que le monstre qu’ils ont aidé à créer se retourne contre eux.

De la même manière qu’une femme peut défendre des positions sexistes, il n’est plus choquant d’entendre un homosexuel défendre des idées homophobes.

Or une part de l’efficacité de l’outing reposait sur ce principe de rendre visible la contradiction entre l’identité et les pratiques personnelles d’un individu et les idées qu’il prône.

C’est une arme contre le mensonge et l’hypocrisie de privilégiés. Mais voilà, il semble y avoir une exception française ! Dans ce pays, personne ne s’émeut plus des tricheries, des fraudes, du népotisme et autres escroqueries du personnel politique. Il n’y a qu’à faire l’inventaire des élus, pris la main dans le sac et aussitôt réélus. Au moment de voter, l’honnêteté ne vient pas en tête de liste de nos critères de choix.

Pour un temps, la droite réactionnaire fait semblant d’accepter dans ses rangs des homosexuels, tous des hommes soit dit en passant. Comme l’église prétend condamner l’homosexualité mais pas l’homosexuel. A défaut de pouvoir (mais ça vient) revendiquer ouvertement notre disparition, elle entend réinventer une figure homosexuelle qui lui convienne. Son homo affiche les attributs de l’hétérosexualité, voire fait des enfants à une femme comme le suggérait leur égérie et accepte son "infériorité naturelle". S’il reste à cette place, on le tolèrera. Un temps.


L’outing trouve son efficacité en appuyant sur deux ressorts :

- la dénonciation de la contradiction entre comportement privé et morale publique. Or aujourd’hui tout le monde s’en fout !

- le dévoilement par sa propre brutalité de la violence systémique qui mène des individus à se faire les auxiliaires consentants de leur propre aliénation. Or aujourd’hui personne ne s’émeut plus que des homosexuels se fassent ouvertement les défenseurs de l’homophobie.

Alors l’outing est-il impraticable à l’heure actuelle ? Il me semble qu’une des manières de lui redonner une certaine efficacité serait de recourir à l’outing multiple, comme ont pu le pratiquer OutRage ou des militants italiens, c’est-à-dire non pas l'outing d'une personne mais de dix, quinze à la fois afin de se concentrer sur la dimension structurelle d’une homophobie institutionnalisée et la complicité objective de ceux qui par leur silence cautionnent ce fonctionnement.

Mais quels groupes LGBT auraient aujourd’hui la volonté et les ressources de porter une telle action ?

L’ouverture du mariage était censée améliorer la vie des pédés et des gouines dans ce pays, pour le moment les opposants ont perdu la bataille juridique mais ils ont marqué des points dans la bataille idéologique.

Non seulement, ils nous contraignent à défendre des projets minimalistes mais ils nous privent des outils que nous avions inventés pour nous faire entendre.

Si nous voulons peser dans le débat public, y faire vivre nos idées, nous n’avons pas d’autre choix que de nous atteler à renouveler nos modes d’actions. Fêter le mariage à la Gay Pride n’y suffira pas.

A la vitesse où l’expression homophobe regagne sa légitimité, ce n’est plus au sujet de l’outing que nous devrons nous interroger mais à comment faire face à la délation.

Car bientôt, il ne sera plus question de dévoiler l’homosexualité des uns ou des autres pour démontrer combien il est violent que des homos croient encore de leur intérêt de se faire discrets mais pour mieux encore leur nier tout droit à l’existence.



[1] Dans "Salut les Terriens !", de Thierry Ardisson sur Canal+, samedi 1er juin 2013
[2] « Chacun a droit au respect de sa vie privée. Les juges peuvent, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que séquestre, saisie et autres, propres à empêcher ou faire cesser une atteinte à l'intimité de la vie privée : ces mesures peuvent, s'il y a urgence, être ordonnées en référé. »
[3] les Inrockuptibles, 15 janvier 2012
[4] Le journaliste et le magazine ont été condamnés à verser à Jean-Luc Romero 3.000 euros de dommages et intérêts.
[5] Edito consacré à la campagne municipale d’un Philippe Seguin tentant de conquérir de Paris, et à sa recherche du candidat idoine pour le 4ème arrondissement.
[6] Le Canard enchaîné, 6 juillet 2011
[7] "C à vous" sur France 5, 5 juin 2013

mercredi 10 avril 2013

Homophobie : le bon, la brute et le truand




On peut considérer comme un progrès l’énergie avec laquelle une grande majorité des opposants à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe tiennent à se défendre de toute homophobie.

Évidemment, ce positionnement doit beaucoup à la pénalisation de l’homophobie, mais il tient surtout à mon sens, à deux dynamiques.
L’une relève de l’impensé, l’autre de la construction politique. Et les deux ne sont pas sans se répondre.

On n’est pas homophobe, comme on n’est pas raciste ou sexiste ! Le processus tient de la difficulté à appréhender les mécanismes d’invisibilisation des rapports sociaux de classe, de sexe ou de genre et d’assignation à des rôles. Cette invisibilité des systèmes de domination et de la violence de l’organisation sociale conduit tout un chacun, qu’il en soit victime ou bénéficiaire, à les nier ou les minorer et à renvoyer au privé ou aux choix individuels ce qui relève en fait de la construction idéologique.


Le second processus, lui est politiquement organisé et consciemment exploité. Il relève de la volonté de refuser la remise en question de l’ordre établi et de consolider les positions hégémoniques des classes dominantes.

Quelle meilleure façon de protéger son pouvoir qu’en neutralisant les outils de ses opposants ?

Une partie importante du travail des militants homosexuels avait constitué à rendre visible ces rapports de domination et à les rendre socialement condamnables.

Il fallait donc pour ceux qui s’opposent à ces changements, dans un rapport de force qui ne leur était plus favorable, travailler à rendre inopérante la condamnation avant d’espérer inverser ce rapport de force.

Dès lors, la stratégie mise en place par Barjot et ses alliés est simple : feindre l’adhésion au principe mais contester son champ d’application.

Ici interviennent la nature et le bon sens. Qui n’auraient pas à être pensé pour s’imposer. Et ne pourraient donc être contesté.

Façon de soutenir ne pas se situer dans l’idéologie mais d’y renvoyer son opposant, aussitôt soupçonnable d’arrière-pensées, de calculs politiques et de velléités manipulatrices.

Une stratégie discursive bien comprise par l’extrême droite qui l’utilise depuis des années afin d’imposer peu à peu ses valeurs en prisme dominant.

Les forces réactionnaires se coalisent et dans le même temps, s’efforcent de diviser les minorités et d’empêcher l’articulation de leurs luttes.

Ne nous laissons pas abuser par les prétendues dissensions qui opposeraient les homophobes modérés et leurs acolytes radicaux. Ils ne font que se partager le travail.

Ainsi aujourd’hui, se démarquer des expressions les plus évidentes de l’homophobie (Civitas et le Printemps français faisant office d’idiots utiles – mais pas pour autant inoffensifs) permet de prétendre la circonscrire, pour mieux en nier les manifestations structurelles et institutionnelles.

Il n’y aurait d’homophobie que brutale. Et tout ce qui n’emprunterait pas à ce registre de la crudité n’en serait donc pas.

Voilà comment d’une pirouette, les opposants à l’extension du droit au mariage, tout en feignant de s’offusquer, ont redonné une légitimité à l’expression polie de l’homophobie.

mercredi 3 avril 2013

Coming in : la politique des garçons très discrets




Où sont passés les représentants du mouvement gay ? Pour quel mouvement d’ailleurs ? Quelle action ? Quelle parole ? Quelle dynamique ? Quelle présence ?

Tandis que le long processus d’adoption du mariage des couples de même sexe ressemble de plus en plus à un jour sans fin cauchemardesque, gays et lesbiennes subissent de plein fouet la violence du débat sans même le filtre du support communautaire. Chacun et chacune livré(e) à sa propre capacité à encaisser, à riposter ou à la solitude.

Individuellement ou par petits groupes, sur les réseaux sociaux, les uns et les autres se mobilisent, tentent de s’organiser et fort heureusement de nouvelles solidarités s’inventent. La base s’active, échange, riposte. Fait preuve d’inventivité. De ressources individuelles inestimables.

Dispersée cependant, elle peine à exister face à une opposition restreinte mais dangereusement structurée. Disposant de moyens considérables, celle-ci occupe tous les terrains : les media, la rue, les murs. Allant jusqu’à emprunter au mouvement gay ses modes d’actions.

Face à cette omniprésente visibilité, cet activisme de tous les instants, que nous répond l’Inter LGBT ? Elle refuse l’instrumentalisation du débat, exprime son malaise (son impuissance, son incompétence ?) et prépare la gay pride ! d’ici là, débrouillez-vous !

Non contente de s’être laissée enfermer dans une stratégie monolithique et minimaliste (un objectif le droit de la famille, un champ d’action le législatif, un leitmotiv l’égalité), elle ne parvient pas à imposer sa parole, ni même un agenda et renvoie les gays à l’invisible du silence.

Pire, elle se voit contrainte de revoir ses ambitions à la baisse au gré des frileuses volte-face du gouvernement, mais n’en continue pas moins de s’enferrer, comme si de rien n’était, dans sa politique pusillanime.

L’Inter LGBT semble se satisfaire à demi mot de l’adoption d’une loi minimale sur le mariage des couples de même sexe. Une loi qui ne respecte même pas les droits des trans. Une loi qui n’ouvrira pas le droit à la PMA pour les couples de lesbiennes. PMA que le Président de la République en personne ne cesse d’essayer d’enterrer.

Ce faisant, il dément de facto toute inscription de la loi sur le mariage dans le principe d’égalité.

Cet échec devrait démontrer à nos associations qu’elles ne peuvent étayer nos luttes sur le seul argument de l’égalité, aussi utile et légitime soit-il.

Alors réaction, colère de l’Inter LGBT ? Non, silence ! Tire-t-elle des enseignements de ces signaux ? Non plus. Tout juste, communique-t-elle d’un faible communiqué de presse, son trouble et sa volonté de pédagogie ou annonce-t-elle, imperturbable, le mot d’ordre de la prochaine marche des fiertés : « LGBT : allons au bout de l’égalité ».

Quand elle devrait être à la pointe de la mobilisation, l’entraîner ou à tout le moins lui donner les moyens de s’exprimer, l’inter LGBT donne de plus en plus l’impression de la suivre, voire de la subir. Comme si elle avait intégré l’idée que le regain d’homophobie et l’abandon de toute autre revendication étaient le prix à payer pour obtenir le mariage.

Elle oublie que sans expression, nous n’existons pas. Et que laisser nos adversaires regagner du terrain dans la bataille idéologique et culturelle pourrait laisser des traces douloureuses mais aussi durables.

Nombre de gays et de lesbiennes ne se battent pour l’ouverture du mariage qu’en raison de la charge symbolique d’une telle loi et par solidarité avec ceux qui en ont besoin pour sécuriser leurs familles.

Or une égalité juridique qui ne serait pas assortie d’un travail sur les mentalités ne profiterait qu’à une minorité de privilégiés. Si ne peuvent se marier que ceux qui n’ont rien à craindre d’une homophobie qui n’a plus de honte à se manifester, est-ce vraiment le mariage pour tous ?

vendredi 15 février 2013

Désormais les hétérosexuels ne sont plus normaux, seulement majoritaires



Pourquoi s’opposer, et avec tant de véhémence à un projet de loi qui ouvre des droits à ceux qui en étaient privés et ne vous en retire aucun ?

Cette interrogation étonnée accompagne inlassablement les manifestations d’opposition au mariage des couples de même sexe.

Pour y répondre, il faut s’écarter du droit, pour s’intéresser aux liens qui unissent rapports de domination et identité.

Dans un climat d’incertitude, largement alimenté par le sentiment d’être cerné par la crise, la tentation est grande de se raccrocher à ce qu’on imagine posséder.

L’enjeu de cette bataille, car c’en est une, dépasse évidemment le mariage, la filiation, la protection des couples et des familles. Les opposants ne s’y sont pas trompés quand ils proposent désormais de nous accorder des droits (même le Vatican y vient, espérant encore pouvoir éviter le pire). Tout sauf le mariage ! Tout sauf la filiation ! entonnent-ils en chœur.

Et au fond, ils ont raison, les homophobes, conscients ou inconscients, de se battre pied à pied pour que la citadelle du mariage ne tombe pas. Institution conservatrice et normative s’il en est.

Car, avec l’ouverture du mariage, c’est bien la norme hétérosexuelle elle-même qui tombe.

Venu afficher à l’intention de ses électeurs son opposition au projet de loi, dans le loft républicain qu’était devenu l’hémicycle ces derniers jours, Jean-Charles Taugourdeau, député UMP, nous a fourni une des clés du sentiment de dépossession qui anime si vigoureusement les opposants. « Quand, demain, quelqu’un dira qu’il est marié, on sera obligé de lui demander : Avec qui, un homme ou une femme ? » s’est-il insurgé.

A première vue, la sortie prête à sourire, on a envie de lui objecter oui et alors ? Pourtant, c’est sans doute une des phrases les plus parlantes du débat. Que nous dit-il ce député, si ce n’est que le mariage était un marqueur, peut-être même le marqueur ultime, qui servait, non seulement à différencier mais à hiérarchiser les orientations sexuelles.

Et pour certains, la terreur ne doit pas être très loin, il ne manquerait plus qu’on les prenne pour des pédés !

En effet, se marier, jusqu’ici, pour des Jean-Charles Taugourdeau, c’était affirmer qu’on était un homme. Pour un hétérosexuel masculin, c’était s’afficher comme membre de la caste dominante d’une structure pyramidale.

Voilà pourquoi, ils étaient prêts à sacrifier jusqu’au contenu du mariage du moment qu’on leur laissait l’étiquette.

En la leur retirant, on frôle la castration symbolique ! à cette lumière, l’agressivité avec laquelle, ils défendent ce qu’ils estiment être leur apanage ne doit plus nous étonner.

En outre, parce que ce sentiment mêle à la fois intime et construction inconsciente de l’identité des hétéros, il n’est pas surprenant non plus qu’il génère une forme de solidarité instinctive.

Tant que le mariage était réservé aux couples hétérosexuels il participait de l’affirmation de leur supériorité sur les homos, en s’ouvrant il installe une équivalence.

Et quoi qu’il soit prétendu, c’est bien cette équivalence que les opposants au projet de loi refusent. Qu’il s’agisse de conjugalité ou de filiation.

Car dès que les questions d’adoption et d’état civil ont été abordées, les objections se sont traduites, là encore, par une volonté de hiérarchisation, avec pour seul postulat qu’il était mieux pour un enfant qu’il ait des parents hétérosexuels plutôt qu’homosexuels. Le comble étant l’idée qu’on puisse un jour choisir de confier un enfant à un couple homo plutôt qu’à un couple hétéro.

Là encore la dépossession est analogue. On peut même penser qu’avec la désaffection progressive du mariage, la question de la filiation est venue peu à peu, elle aussi, s’inscrire sur ce terrain symbolique de l’affirmation identitaire.

On devient un homme ou une femme à part entière en devenant parent. Et plus il est difficile de trouver sa place dans la société (de réussir sa vie professionnelle), plus on mise sur la cellule familiale. Plus, il est compliqué de se réaliser, plus on s’attache à une transmission génétique.

Et tout à coup, la société proclame qu’il ne suffit plus d’être hétéros, pour être parents. Encore moins de bons parents. Il faudrait maintenant dans ce domaine-là, aussi, faire ses preuves, donner du sens, là où jusqu’à maintenant on se contentait d’être.

Horreur, crient-ils, vous allez supprimer les mots de père et mère. En fait, nous faisons bien pire. Nous inversons un processus, selon lequel, l’octroi de la qualité de père suffisait à faire d’un homme un père, peu importe quel père vous étiez. Fonction qu’il faudrait désormais investir !

Qu’est ce qu’un mari, qu’est ce qu’une épouse, un père ou une mère ? Nous allons indubitablement, y compris au corps défendant des plus conformistes d’entre nous qui ne demandaient qu’à enfiler des pantoufles, bouleverser des jeux de rôles prédéfinis qui ont bien du mal à se défaire de stéréotypes omniprésents.

Ne serait-ce que du fait, que dans un couple de femmes ou d’hommes, la répartition des rôles ne préexiste pas au couple.

Comme le dénoncent les opposants au projet de loi, les effets de l’ouverture du mariage vont affecter l’ensemble de la société. Ils s’en effraient.

Dans un monde qui échappe à leur contrôle, nous bousculons la sécurité imaginaire d’un ordre immuable. Grâce auquel, ils croient pouvoir chasser l’angoisse du lendemain en s’inscrivant dans une généalogie rassurante. Il en sera de mes enfants comme il en a été de mes parents, depuis toujours, veulent-ils penser, comme accrochés à un doudou.

Cette loi s’inscrit dans un mouvement d’émancipation. En cela, elle s’oppose à la subordination de la loi à un prétendu ordre naturel, piètre avatar d’un ordre hétéropatriarcal occidental et blanc où la place de chacun serait définie par une identité biologique.

L’ouverture du mariage ne leur retire aucun droit mais elle émancipe un peu plus la société française de l’ordre qu’ils entendent lui imposer, un ordre où il n’était pas tolérable qu’un homo puisse avoir la même valeur qu’un hétéro. Elle leur conteste le pouvoir de gouverner nos vies.

Contraints et forcés par nos luttes à nous concéder une place dans l’ombre qu’ils appellent sphère privée, ils devront désormais admettre notre légitimité dans la res publica car c’est ce qu’est le mariage : chose publique.

L’opposition ne cessera pas le combat pour autant. Il suffit de se référer aux luttes pour les droits des femmes ou pour les droits civiques pour mesurer ce qui nous attend encore.

Mais désormais, ce n’est plus l’homosexualité qui est anormale, c’est l’homophobie qui le devient. Ne nous en croyons pas néanmoins débarrassés. Il faudra faire face à des sursauts de violences. Il faudra aussi apprendre à contrer ses visages plus policés, moins aisés à démontrer, à faire entendre et à abattre.

Et surtout nous garder de nous faire nous-mêmes les acteurs d’un système de ségrégation légèrement ravalé dans lequel nous aurions simplement trouvé notre place. Ne pas nous couler dans le costume confortable de nouveaux notables n’est pas le moindre des défis qui s’ouvrent à nous. L’égalité des droits, les droits conjugaux et familiaux, ni même les droits des gays et des lesbiennes ne sauraient être l’alpha et l’oméga de nos mobilisations.

mercredi 6 février 2013

Si Twitter affole la droite, c’est parce qu’il sabote ses vieilles ficelles de communication politique




Ils tempêtent, dénoncent, s’emportent, crient au déni de démocratie et réclament la désactivation du Wifi au sein de l’hémicycle.
Si les députés de l’opposition s’offusquent ainsi, ce n’est pas seulement en raison du « malaise d’une génération de députés devant un outil technologique qu’elle ne maîtrise pas » que soulignait Mathieu Deslandes dans Rue89 (04/02/2013) mais aussi et surtout parce que la circulation de l’information générée par les réseaux sociaux échappe à leur contrôle et contrarie leur stratégie.

Une stratégie élaborée pour répondre aux règles propres à l’Assemblée tout en s’assurant le meilleur écho possible d’arguments choisis.

Depuis que le débat est entré dans sa phase d’examen des articles du projet de loi et de la multitude d’amendements qui les accompagnent, l’opposition s’appuie principalement sur trois idées :

- monopoliser la parole dans l’Assemblée de façon à dicter ses thèmes aux résumés médiatiques et à imposer les héros du jour à des journalistes soumis aux formats courts qui sont désormais la règle.

- contraindre la majorité au silence et à la frustration, et multiplier les provocations en espérant le dérapage d’un de ses membres.

- réserver l’appréhension globale des débats à un cercle restreint d’initiés. Filtrer les excès ainsi que les invectives, les insultes les plus virulentes que ne captent pas les micros de la Chaîne Parlementaire et qui ne laissent pas toujours de trace dans les comptes-rendus officiels.

L’engouement suscité par la possibilité pour l’individu lambda de suivre en direct et en intégralité les débats et de partager en temps réel ses réactions et ses interrogations vient bouleverser cette façon bien commode de mener les débats entre soi. Car si les séances sont publiques n’y assistent que quelques dizaines de personnes. Et la règle du silence s’impose au public.

Sur les réseaux, on échange, on interroge et rebondit en temps réel. Le décryptage échappe aux filtres traditionnels et fait appel à des ressources que ne contrôlent pas les politiques.

Le ton y est libre, vivant, et c’est ce bouillonnement qui permet aussi aux twittos & internautes de ne pas se lasser et de tenir la durée des débats. Les références sont multiples, les expertises diverses et on trouve sur ce forum multiforme aussi bien des vieux observateurs de la politique que des novices découvrant pour la première fois la mécanique parlementaire.

Evidemment 140 signes ne suffisent pas à développer de longs argumentaires mais les utilisateurs de twitter n’hésitent pas à se renvoyer à des liens permettant de consulter des références ou des textes documentés.

Et certains députés eux-mêmes répondent patiemment aux interrogations et fournissent explications sur le règlement, les articles de lois ou de la constitution évoqués par les orateurs.

Le texte de loi se prête mieux que d’autres à ce succès, il n’est pas trop technique et, la plupart du temps, les députés font moins appel au droit qu’à des valeurs. Chacun peut donc facilement s’y intéresser.

Alors pourquoi cet intérêt pour la chose publique et le débat politique dont devrait se réjouir la classe politique inquiète-t-il autant la droite parlementaire ?

Parce que les députés de gauche ont trouvé un exutoire à la frustration et peuvent ainsi relâcher la pression, ailleurs que dans l’hémicycle et même si s’exprimer sur Twitter ne préserve pas du dérapage, le risque y est toutefois moindre

Parce que, quels que soient les défauts et les limites des réseaux sociaux, ils permettent au débat de se développer dans un cadre différent de celui, prévu et maîtrisé par les professionnels de la politique.

Et cette indépendance effraie, car quand le peuple décide de se passionner et de s’informer, il arrive que le scénario ne corresponde pas aux storytelling élaborés par la classe politique. Le référendum sur la constitution européenne en a fait la preuve.

mardi 5 février 2013

Les pédés et les gouines ravivent la rose





L’obstruction parlementaire menée par l’opposition (contre le mariage des couples de même sexe), ses outrances, l’affichage d’un conservatisme caricatural, les références constantes à une "loi naturelle" ont eu une vertu vivifiante pour les députés socialistes.

L’introduction du débat, la défense des différentes motions de procédure, la discussion générale ont pris des airs de séminaire de ressourcement.

Les rapports de force politique étant définis par avance, l’opposition ne peut guère escompter empêcher l’adoption d’un texte voulu par la majorité. Dans ce cas précis, elle caressait peut-être, avant que ne débutent les discussions, l’idée d’exploiter les réticences exprimées par quelques parlementaires de gauche mais elle se sait trop minoritaire à l’Assemblée pour y croire vraiment (en revanche, elle veut encore penser qu’il pourrait en être autrement au Sénat où la majorité de gauche est bien plus étroite).

C’est pourquoi, les séances publiques à l’Assemblée s’apparentent très souvent à des représentations théâtrales, la réalité du travail législatif, s’étant effectuée, pour sa plus grande part, en amont.

Il s’agit surtout pour chacun de proclamer, voire de surjouer sa position.

Certains textes, à forte charge symbolique, prennent alors des airs de super productions. Avec leurs lots de premiers rôles, de héros, récurrents ou éphémères, et de figurants condamnés à faire nombre des heures et des heures. Les mieux lotis d’entre eux accédant à leurs 2 minutes d’expression. Dans ce contexte, ils ne sont pas les derniers à rêver de la réplique bien sentie.

Les premières heures, les deux camps se livrent à une surenchère de marqueurs idéologiques dans une course à l’affirmation identitaire.

Chaque alternance mène à l’Assemblée son contingent de députés novices, qui ont découvert ces derniers jours l’atmosphère enivrante des combats frontaux. Mais ils ne sont pas les seuls à s’enflammer.

L’exacerbation des antagonismes libère la parole de tous les députés. Ce n’est pas sans risque, et même les plus aguerris peuvent s’y laisser emporter. C’est d’ailleurs une des rares armes à la disposition de l’opposition, provoquer le dérapage, la sortie non contrôlée, l’incident de séance dont elle pourra ensuite se faire l’écho sans modération. Elle doit, à tout prix, pour exister exporter les débats hors de l’hémicycle, organiser leur publicité sur les plateaux de télévision, au micro des radios, provoquer un battage médiatique. Sans se fracasser sur ses propres débordements.

Cette mise en scène, cette dramatisation ostentatoire ont pour effet, dans les premières heures du débat de renvoyer chacun dans son camp.

Si les députés socialistes pouvaient, légitimement me semble-t-il, s’interroger sur ce qui les différencie de la droite, tant la frontière entre leurs politiques économiques est devenue floue, jusqu’à leurs propres yeux, l’empressement de leurs collègues de l’opposition à enfiler le costume qui leur étaient promis de vieux réacs arqueboutés sur un ordre naturel, sexiste et patriarcal est venu les rassurer sur leur altérité.

Ainsi, face aux excès, à la mauvaise foi et aux amendements insultants, ils ne défendaient pas tant le projet de loi que leur propre identité. La fierté avec laquelle ils montaient à la tribune tranchait d’ailleurs avec la discrétion dont ils avaient pu faire preuve ces derniers mois. Certes leur engagement est réconfortant mais on aurait aimé qu’ils expriment leur indignation avec la même conviction quand les attaques les dédaignaient pour se concentrer sur nous, et pas seulement pour leur permettre d’affirmer leur différence.

Il est des débats parlementaires qui permettent ainsi à chaque camp de se ressouder, à chaque député de se persuader de son utilité, et de se sentir, ne serait-ce que quelques heures, quelques jours, acteur de l’histoire.

Le projet de loi sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe est indéniablement de ceux-là. Ça ne dispense pas pour autant de mettre les mains dans le cambouis.