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vendredi 28 février 2020

Travailleuses du sexe assassinées : Le compassionnel ne suffit pas, rompez avec la pénalisation




Le 30 novembre dernier la Mairie de Paris inaugurait des plaques commémoratives de l’action de Cleews Vellay, pédé, séropo, activiste, président d’Act Up-Paris, mort en 1994 du sida et des politiques qu’il combattait.

Lors de cette commémoration il était question des politiques qui continuent de tuer aujourd’hui.

Et j’interpellais la Mairie sur les nécessités vitales qu’elle prenne la mesure de ses propres implications dans ces politiques et qu’elle revienne sur celles-ci.

L’actualité de ces derniers jours est venu en rappeler douloureusement l’urgence.

Madame la Maire, cessez de prêter votre caution aux détournements contre les travailleurs•ses du sexe des arrêtés conjoints notamment anti-stationnement entre la préfecture de Paris et la mairie et aux répressions ciblées qui s’exercent sur eux.elles dans plusieurs quartiers du nord est parisien par exemple en s’abritant derrière des motifs de tranquillité et de sécurité publique.1


Les travailleurs•ses du sexe ont aussi droit à la sécurité.

Ce qui n’est pas le cas
« Quand la municipalité n’abroge pas des arrêtés municipaux qui conduisent les travailleuses du sexe à s’enfoncer toujours plus dans des taillis de nos bois périphériques où elles se font assassiner dans l’indifférence. Quand nombre de ses élus font la promotion de la loi de pénalisation quand il faudrait en dénoncer le fait qu’elle aggrave vulnérabilités, contaminations et violences. »2

Écoutez les travailleurs•ses du sexe, recevez leur syndicat, le STRASS comme il vous en a fait la demande.

A votre poste, vous pouvez faire une différence, soyez l’alliée des plus précarisées, lancez le signal d’un changement de paradigme, vous pouvez, à l’instar de ce que vous souhaitez mener avec Paris sans sida, être celle qui engagera une véritable co-politique menée avec les principaux•les concernées de lutte contre les répressions des plus vulnérabilisé•es.


Nous vous l’avons dit le 30 novembre dernier
« Nous ne voulons plus déposer de gerbes de fleurs au bois de Boulogne.
Nous ne voulons plus inaugurer de plaques, surtout pas mortuaires.
Nous voulons vivre. »

Vous nous avez écouté poliment,

Pourtant demain, une fois de plus, il nous faudra manifester, demander justice pour Jessyca Sarmiento, assassinée sauvagement au bois de Boulogne et honorer sa mémoire.3
Acceptess-T., association auprès de laquelle Jessyca Sarmiento avait pu trouver un accompagnement social, juridique, sanitaire et administratif qui lui était négligé ou refusé ailleurs, l’a rappelé :


« Elle était venue en France pour y travailler et y vivre. Elle y a travaillé et y a vécu un an. Et nous ne pouvons pas supporter l’idée qu’elle y soit morte pour ces raisons. »4


Au contraire du gouvernement, principal opérateur des politiques qui ont mené à ce meurtre, dont les ministres et diverses candidates aux municipales dans notre ville endeuillée par cet assassinat n’ont eu aucun mot de considération pour la victime,


Madame Hidalgo, vous vous êtes dite choquée de ce meurtre et avez adressé vos pensées «à la famille et aux proches de la victime ».5


Vous avez récemment admis partager « les constats des acteurs de la société civile quant aux effets pervers de la pénalisation »6


Vous vous dites pragmatique, alors mettez de côté votre « divergence théorique sur la prostitution » avec les activistes sida et associations d’autosupport trans et travailleur•ses du sexe, mettez vos actes en conformité à ce constat et prenez sans tarder position contre les politiques de pénalisations.

Il y a urgence, ces politiques tuent.

Refusez d’être du côté, même compassionnel, des décomptes macabres.














mercredi 15 mai 2019

Laissez nous jouir, l'exemplaire édito politique de Thomas Legrand

Ou l'art de s'exonérer de sa contribution aux violences en ajoutant à la délégitimation de ceux qui les subissent.

La recette des surplombants est connue : mettre en cause les rares outils qui permettent aux silenciés d'exister face à l'indifférence majoritaire, aux discriminations structurelles, à l'invisibilisation quotidienne et à la minorisation exercée avec constance par les médias dominants car c'est bien connue si la haine frappe, ce n'est pas parce qu'elle est construite socialement, politiquement et culturellement, préalablement aux passage à l'acte mais parce qu'elle « est amplifiée par les réseaux sociaux et par des logiques religieuses ou communautaristes»1

C'est en effet tranquillement aisé, de son fauteuil d'observateur épargné de tout risque, de qualifier les rares focus mis sur les violences de « spirale déprimiste », de « ressenti (matière aisément manipulable) [...] crédibilisés par la formidable caisse de résonance des réseaux sociaux » plutôt que de se demander si en ajoutant sa petite invitation personnelle à relativiser ces violences comme statistiquement régressives et à leur appliquer une optimiste qualification de résiduelles, on ne participe pas à les construire comme négligeables, et par extension au sentiment de légitimité infondé qui meut leurs auteurs.


Thomas Legrand, pressé de paraître intelligent et objectif à peu de frais, choisit donc, à partir d'un constat qui pourrait être une base de discussion productive, non pas de s'interroger sur le comment dans cet intervalle lutter plus efficacement contre la multiplication des violences agressives de réaction, c'est à dire de contribuer à accélérer des évolutions optimistes et à une universalisation du bien vivre mais de se plaindre de ce que la visibilisation des violences serait cause de déprime nationale, empêchant de jouir de « l’Union (ce havre de paix et de prospérité mondial)»


Résumé : prière de respecter la politesse des riches : si vous vous faites cassez la gueule, n'oubliez pas l'essentiel, c'est la marche du progrès, alors s'il vous plaît, ne venez pas gâter la quiétude enthousiaste de ceux qui en profitent.

C'est quand même indécent, ces gueux, qui font tache, sur la photo de la fête au château




1https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-politique/l-edito-politique-15-mai-2019

vendredi 19 octobre 2018

Refuser ce en même temps

Allons-nous collectivement laisser des responsables politiques qui organisent tranquillement la légitimation des discours homophobes et nous jettent ainsi en pâture aux passages à l'acte prévisibles, prétendre qu'ils sont acteurs et alliés de la lutte contre l'homophobie ?

des responsables politiques dont le leader a même encouragé des homophobes à en faire plus,

des responsables politiques,

qui n'ont aucune politique structurelle de lutte contre l'homophobie (ne parlons même pas de lutte contre le sida), en dehors de miettes superficielles, mais qui poursuivent en revanche une politique de précarisation qui nous rend chaque jour plus vulnérables aux manifestations de l'homophobie des médecins, des bailleurs, des patrons, des flics, des familles, des directeurs des EHPAD et maisons de retraite, etc.

qui développent une politique de criminalisation de l'activisme couplée à l'assèchement du soutien public à la vie associative qui vise à faire taire toute résistance et solidarité réelle.

qui mènent une politique raciste qui, pour ne regarder que le petit bout de la lorgnette LGBTQI, écrase les émancipations, expulse et renvoie vers la mort y compris des malades et des LGBTQI dont la vie est directement menacée.

qui entendent circonscrire l'homophobie aux seules brutalités physiques tandis qu'ils dédouanent les discours qui les favorisent ainsi que ses manifestations institutionnelles et structurelles. Limitant leurs insuffisantes réactions aux symptômes et non aux causes. Manifestant des indignations et tolérances différenciées selon que les exclusions de l'espace public s'expriment dans des écoles privées de banlieue chic, des quartiers populaires ou à travers des discriminations au vernis légal.

Et les mêmes qui mènent ces politiques se rendraient à des rassemblements d'initiative communautaire de lutte contre l'homophobie sans qu'il ne soit dénoncé la dimension de marketing politique et la visée d'auto-absolution de cette présence ? Sans que ne soit énoncée leur part de responsabilité dans les violences qui nous frappent ?

Allons-nous les aider à promouvoir leur prétention frauduleuse à prétendre lutter contre leurs propres politiques ? Ces politiques qui produisent les violences et saccagent nos vies.

Combien de temps allons-nous contribuer à recouvrir ces politiques d'un vernis pseudo-progressiste sans lequel elles ne pourraient entretenir une tolérance de masse à l'injustice ?

Allons nous les aider à continuer ces politiques  ?

Ou refuser ce en même temps qui consiste à nous tendre sparadraps et mouchoirs pour panser des plaies qu'ils construisent par ailleurs ?

vendredi 29 juin 2018

"LGBT hors de France", mais y sommes-nous seulement ?




Combattre l'homophobie que les tags qui fleurissent rendent visible, ce n'est pas s'extasier devant les réactions hypocrites des politiques qui ne font que le minimum en les condamnant et en rénovant la voirie, et nous abreuvent de messages lénifiants sur un amour en marche triomphant.

Il y a paradoxe, à remercier constamment les élus pour le moindre gesticule un peu friendly qu'ils consentent, quand les politiques qu'ils mènent globalement véhiculent le même message que celui des tags dénoncés.

Se battre pour que ces tags soient renvoyés à l'insignifiance collective, pour s'opposer à leurs velléités d'imposer leurs termes et diktats au commun, lutter pour établir un rapport de force qui les renverraient dans les poubelles totalitaires, évidemment.

S'en emparer pour leur faire porter un renversement, montrer ce qu'ils prétendent dissimuler : la volonté de destruction qui les anime. Encore une fois oui.

Mais tomber dans un face-à-face entre des croisés de la domination et nous, c'est se piéger soi-même. Car nous en remettre à des alliances de circonstance, c'est nous priver de mettre en exergue la constance et la continuité des mécanismes qui construisent l'homophobie.

C'est nous empêcher de rendre visible ce qu'il y a de banal, quotidien et systémique à essayer de nous renvoyer au placard et nous réduire au silence par la violence et la contrainte.

Nous devons à la complexité de ne pas nous faire les porte-voix d'une politique de communication et d'exonération qui n'a pas pour objet de nous faire place mais de s'accorder des labels de progressisme et de gagner des parts de marché, électoraux comme touristiques. D'ailleurs leurs maîtres d'oeuvre s'en cachent fort peu.

Non ces tags ne peuvent être réduits à une réaction, ils sont le produit de politiques homophobes, sexistes et racistes.

D'ailleurs plutôt que d'ironiser sur le prétendu insensé de ces tags, nous aurions mieux fait de souligner la continuité politique, raciste, de ce hors de France.

Bien-sur que l'ironie était tentante, avec sa dimension de mise à distance. Mais ce premier sentiment de désamorcer par le ridicule est de court terme.

Ne pas ajouter la violence à la violence nous est quotidien, nous sauvons nos peaux, car sinon comment trouver l'énergie de lutter et d'être, tout simplement, avec la conscience vive que le désir de nous acculer à la disparition est omniprésent et structurant de nos sociétés.

Ça permet aussi de s'auto-convaincre, qu'il n'y a là que le pire, une fraction du réel et non celui-ci.

Mais attardons-nous deux secondes sur le premier slogan tagué sur les arc en ciel municipaux. Sur sa littéralité. 

Et cessons de refuser de voir qu'il y a dans ce slogan, certes extrême, une réalité politique dont les agités du « remplacement » sont loin d'avoir le monopole.

La France, et ses frontières, ne peuvent se réduire à une entité physique, géographique dont il faudrait nous bouter, ce sont aussi des représentations culturelles, des institutions, des rapports de pouvoir, des accès au droit commun, aux richesses, aux décisions collectives.

Qu'il y ait à combattre, celles et ceux qui entendent avec force et violence blanchir tout droit à l'existence de celles qui n'appartiennent pas à leurs cercles, aucun doute là dessus.

Pour autant, ne les aidons pas non plus à masquer à coup de peinture, que l'homophobie n'aurait que ce seul visage de son expression caricaturale.

Nous mettre hors de France, ce sont des politiques déjà menées.

Ce sont les expulsions, hors de frontières territoriales, de malades atteints de pathologies lourdes, VIH notamment mais pas seulement, de militants contre le sida, mais pas seulement, d'étranger.e.s demandeurs d'asile mais pas seulement.

Ce sont aussi les expulsions hors du droit commun. Qui vont de la légitimation de la discrimination aux exclusions de l'argent public.

Ce sont les expulsions hors de l'espace public, de la rue aumouvement social, syndical et politique, du système éducatif, sanitaire, avec leurs lots de harcèlements et d'injonctions à l'invisibilité.

Ce sont les expulsions des représentations culturelles, avec ses filtres de censure préalables empêchant l'accès aux moyens de production et les effacements de toutes les subcultures au profit d'une égalité de façade.

Ce sont les violences policières et économiques qui s'abattent sur toute autonomie qui ne fait pas allégeance au NoAlternative.

Nous avons besoin de ressources, nous avons besoin que nos conditions matérielles d'existence changent, Sinon ça ne ressemble à rien d'autre qu'à une France barbouillée de blanc.
















jeudi 6 novembre 2014

Des rats et des sorcières




Je n’ai aucune sympathie pour Ségolène Royal[1] assurément moins émouvante que la frimousse vulnérable de ragondins, plus ou moins renvoyés au bestiaire empathique et imaginaire de la construction de notre humanité.

Certes, ces derniers jetés à leur corps défendant dans le ragoûtant potage médiatique qui nous était servi hier au sujet des manifestations non des paysans mais de certains agriculteurs exigeant qu’on les laisse polluer en paix, ont quelque peu coagulé dans l’assiette qu’on s’était efforcé de nous présenter toute la journée.

Il n’en reste pas moins que l’association de la Ministre de l’écologie à ces dits ragondins, c’est-à-dire à la classe des rongeurs ou pour faire plus direct encore à celle des rats, et ceci de manière plus qu’explicite : "Les ragondins, c'est comme Ségolène, c'est des nuisibles"[2], n’a semblé susciter aucun émoi.

En outre ces propos, si on s’en rapporte au Huffington Post, étaient ainsi complétés par un autre manifestant "C'est symbolique, c'est des nuisibles, on est la meilleure profession pour les gérer".

Reste à y ajouter une image multidiffusée également dans l’indifférence générale qui montrait des manifestants s’efforçant de brûler une effigie de Ségolène Royal.

Il n’y a pas à en douter l’entreprise de définition de la violence légitime, compréhensible et respectable, a fonctionné à plein cette semaine.

Et dans l’ordre traditionnel et autoritaire que cette violence entend défendre, et que le gouvernement  (y compris Ségolène Royal) soutient, on brûle toujours les sorcières en place publique.



[1] Que je considère comme l’une des non négligeables courroies de transmission de l’ordre socialo-autoritaire que les classes dominantes souhaitent nous voir accepter en un silence déférent et reconnaissant.
[2] "C'est en ces termes qu'un agriculteur justifie, dans une vidéo diffusée de Télénantes l'action de manifestants qui ont maltraité des ragondins vivants."