mercredi 4 décembre 2013

Loi contre le système prostitutionnel : une bonne prostituée est un ex-prostituée






Pourquoi la proposition de loi contre le système prostitutionnel déchire-t-elle les mouvements et associations féministes ? Et au-delà pourquoi, provoque-t-elle de tels débats et interrogations dans la société française ? Pourquoi est-elle dénoncée par l’ensemble des associations communautaires et de santé ?

Comment une loi se présentant comme un outil de lutte contre les réseaux de traite et d’esclavage d’une part et de protection des personnes se prostituant ne suscite-t-elle pas le consensus sociétal que ces deux promesses auguraient ?

Confrontée à ces questions, j’ai choisi d’en revenir au texte.

Voici les réponses que j’y ai trouvées. Ou pour être exacte, qui justement n’y sont pas.

Et tout d’abord les prostituées. Les prostituées n’existent pas dans ce texte. Et encore moins les travailleurs du sexe. N’existent que les victimes de la prostitution.

Guy Geoffroy, président de la commission spéciale chargée d’examiner le texte, l’énonce très clairement, « notre proposition de loi … les définit comme des victimes de la traite des êtres humains, exploitées par des réseaux comme c’est le cas pour 85 % ou 90 % d’entre elles. »[1] Quant à celles que ne contrôlent pas les réseaux, elles « se sont trouvées réduites à la prostitution, tout en croyant qu’elles avaient la liberté de le faire. »

De cette définition découle la logique du texte, qui ne prévoit donc pas d’améliorer la protection des personnes qui se prostituent mais de libérer des victimes de la prostitution.

Cette définition induit deux corollaires. Une disqualification de la parole des personnes se prostituant tant qu’elles se livrent à la prostitution et le refus de mesure sécurisant l’exercice de la prostitution.

Ainsi Maud Olivier, rapporteure du texte, n’hésite pas à répondre lors des débats à Sergio Coronado à propos d’un amendement qui ne conditionnerait pas la délivrance d’un titre de séjour à la sortie de prostitution : « Avec ce que vous proposez, monsieur Coronado, ces personnes ne seront nullement incitées à sortir de la prostitution : au contraire, elles pourraient continuer à se prostituer. Les effets de vos amendements seraient donc totalement inverses à ceux que nous recherchons »[2].

Deux articles sont censés néanmoins améliorer la situation des prostituées en tant que telles : l’abolition du racolage, une mesure importante, déjà votée par le Sénat et l’article portant sur l’interdiction d’achat d’acte sexuel. Cet article étant le véritable cœur du texte, j’y reviendrai ultérieurement.
Un amendement du gouvernement est venu s’ajouter lors de l’examen du texte en séance portant sur la responsabilité de l’État à mettre en place une politique de réduction des risques en direction des personnes prostituées visant à prévenir infections sexuellement transmissibles et les dommages sanitaires, sociaux et psychologiques liés à l’activité prostitutionnelle. Une politique dont les orientations devront encore être définies par un document national de référence approuvé par décret.
On notera cependant que si la mesure d’abolition du racolage public est une nécessité absolue et fait consensus, les prostituées pourront encore être repoussées hors des regards par des arrêtés municipaux visant à interdire ou restreindre leur présence sur la voie publique. Et les forces de police en appeler au code pénal qui punit l’exhibition sexuelle.

Le deuxième aspect qui aurait dû recueillir un soutien consensuel concerne la lutte contre les réseaux de traite et d’esclavage. Là encore ce sont deux articles qui sont censés en améliorer les modalités : encore l’article portant sur l’interdiction d’achat d’acte sexuel qui serait supposé tarir les ressources des dits réseaux et les amener mécaniquement à disparaître (ou à se recycler ?) et l’article premier portant sur l’économie numérique. Cet article dont l’efficacité est contesté, a largement été émondé en séance publique. Désormais il instaure une obligation de signalement des contenus qui relèvent de la prostitution, du proxénétisme et de la traite aux fournisseurs d’accès et aux hébergeurs de sites. Outre qu’il risque plus de pénaliser les prostituées indépendantes que les réseaux qui opèrent à partir de sites situés à l’étranger et sont en capacité de se réorganiser quasi immédiatement, un texte similaire relatif aux sites pédopornographiques attend toujours une publication de ses décrets d’application. Enfin sans moyens supplémentaires affectés à la lutte contre la cybercriminalité, son efficacité restera très faible.

Enfin cet article est le seul du texte à proposer des mesures de lutte contre les réseaux. Sans être particulièrement adepte de politiques répressives, on notera qu’il n’est nulle part fait état dans cette proposition de loi de renforcer la coopération internationale en matière de lutte contre la criminalité organisée, ni de renforcer les moyens concrets (effectifs, matériels, budgets) accordés au démantèlement des réseaux mafieux et de leurs multiples articulations y compris financières. Et ceci alors même qu’aussi bien Maud Olivier[3] que Manuel Valls[4] ont reconnu que les moyens actuels ne permettaient pas de « lutter efficacement contre les réseaux de proxénétisme ».
Protection des prostituées, lutte contre les réseaux de traite (j’emploie cette expression mais les promoteurs du texte sont souvent bien plus vague englobant sous le même terme aussi bien des réseaux d’esclavages que des réseaux d’immigration clandestine), en fait le texte de loi repose essentiellement sur la mesure de pénalisation des clients.

Formule magique supposée résoudre l’équation : « Sans clients, il n’y a pas de prostitution ; sans demande, pas de besoin d’organiser le commerce humain »[5] nous dit 

Marie-George Buffet.

En fait, cette proposition de l’interdiction d’achat d’acte sexuel témoigne d’une abdication devant la faible implication de l’Etat dans une lutte concrète contre les réseaux criminels et l’absence de moyens mobilisés. Mais plutôt que de dénoncer cette hypocrisie gouvernementale et cette impuissance si ce n’est organisée, au moins consentie, les promoteurs de la proposition de loi ont préféré s’en accommoder en échange d’un soutien symbolique à leur mesure-phare.

On comprend aisément pourquoi le gouvernement se satisfait volontiers d’un tel déplacement qui le dédouane de ses responsabilités en les imputant aux clients.

Mais quelle peut être l’efficacité de la mesure ? On nous donne en exemple la Suède. Du côté des tenants de la pénalisation des clients, on brandit des constats qui montrent une baisse de l’activité prostitutionnelle (de rue) et des réseaux qui s’exilent. Les opposants à la pénalisation s’appuient sur des études qui démontrent l’inverse. La police suédoise déclare en quelques mois tout et son contraire.

Devant de telles contradictions, la plus élémentaire prudence recommanderait de ne pas nous présenter, comme le font nos députés porteurs de cette loi, l’expérience suédoise comme une réussite probante.

D’autant que deux éléments non négligeables portent à la circonspection. Les échecs patents des politiques de prohibition dans d’autres domaines. Mais surtout l’unanimité du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de l’Onusida, du Conseil National du Sida (CNS), de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) et de la quasi totalité des associations de terrain (Médecins du Monde, Arcat, Act Up-Paris, le Planning familial, Aides, le Strass, Les amis du bus des femmes, Grisélidis, Cabiria, Acceptess – T, OUTrans,  etc) à condamner le principe de la pénalisation du client.

Toutes et tous décrivent les conséquences prévisibles et gravissimes d’une telle mesure : la pénalisation éloignera les personnes qui se prostituent des structures de soins, de dépistages et de prévention, d’accès aux droits. Ne fera qu’accroître isolement, précarité et vulnérabilité. Augmentera les violences auxquelles elles sont exposées. Et loin d’affaiblir l’emprise des réseaux de criminalité accentuera au contraire leur emprise.

En réponse, les partisans de la proposition de loi font valoir que la prostitution n’est plus tolérable et que leur loi comporte un volet social. Mais celui-ci ne concerne en réalité et exclusivement que les prostituées engagées dans un parcours de sortie de la prostitution.

Qui plus est, ce volet est extrêmement pauvre et son financement très incertain.

Pour celles qui sont en situation irrégulière (dont on nous dit qu’elles représentent l’immense majorité) il est prévu de leur accorder des autorisations provisoires de séjour de 6 mois renouvelables sous la responsabilité du préfet qui devra notamment s’assurer qu’il n’y a pas de troubles à l’ordre public, une notion suffisamment vague pour laisser place à toutes les interprétations.

La carte de séjour temporaire de celles qui dénonceraient leurs proxénètes sera désormais renouvelée pendant toute la durée de la procédure pénale. Est-ce à dire qu’elles seront expulsées une fois la procédure terminée ?

En ce qui concerne les ressources, il est prévu de leur accorder une allocation temporaire sur le modèle de l’allocation temporaire d’attente (sensiblement 300€ par mois, soit bien inférieure au seuil de pauvreté) et financée comme le reste des mesures par un fonds dont la Ministre des droits des femmes promet qu’il sera de 20 millions d’euros. Mais en fait, elle admet elle-même ne pas savoir quand il sera voté, dans un projet de loi de finances rectificative (à la loi de finances 2014 d’ors et déjà adoptée en première lecture et qui ne prévoit pas ce fonds) ou dans  le projet de loi de finances pour 2015 ? et si ce n’était pas le cas, il faudrait se contenter de crédits dix fois moindres ! ou de compter sur les contraventions des clients et les saisies des biens des proxénètes !

En définitive, cette loi qui prétend lutter contre les réseaux de traite, protéger les prostituées et favoriser la sortie de prostitution pour celles qui le désirent ne fait que le prétendre.

Elle ne mobilise aucun moyen concret de lutte contre les réseaux d’esclavage et entretient la confusion entre réseaux de traite et réseaux d’immigration. Elle ne se propose en aucune façon de lutter contre les conditions sociales et politiques qui favorisent le développement de la prostitution.

Elle abroge le racolage, mais persiste à encourager la répression et la stigmatisation des prostituées. Elle se refuse à toute politique garantissant réellement l’accès aux droits aussi bien aux personnes se prostituant qu’à celles tentant de quitter la prostitution et oppose artificiellement ces deux objectifs comme s’il n’était pas possible de protéger à la fois les unes et les autres. Il n’existe pas une prostitution mais des prostitutions.

Les prostituées, les travailleurs du sexe, ne doivent pas être les premières victimes de la lutte contre la prostitution, commençons par les écouter.



[1] http://www.assemblee-nationale.fr/14/cri/2013-2014/20140088.asp
[2] http://www.assemblee-nationale.fr/14/cri/2013-2014/20140089.asp
[3]Rapport de Mme Maud Olivier, au nom de la commission spéciale chargée d’examiner la proposition de loi (n° 1437), renforçant la lutte contre le système prostitutionnel. http://www.assemblee-nationale.fr/14/rapports/r1558.asp

jeudi 31 octobre 2013

Adèle bleu sec : lesbiennes en mode mineur




Posons d’entrée cette donnée, je n’ai pas vu La vie d’Adèle. Et je n’ai pas l’intention de la voir. Pour des raisons qui me sont très personnelles et n’ont pas grand-chose à voir avec les polémiques. Il se trouve que je suis plutôt adepte d’un cinéma fondé sur l’art de l’ellipse aux antipodes de la méthode Kechiche. Qui plus est, là encore à titre individuel, si un scénario mettant en scène des lesbiennes adultes assumant leur sexualité m’aurait sans doute intriguée, je suis lasse des histoires d’enfants et/ou d’initiation.

Faute de grives ? Je n’ai pas pris goût aux merles.

Donc je me moque de Kechiche. Et de La vie d’Adèle. Non sujets pour moi. Mais à l’origine de nombreuses prises de paroles de lesbiennes. Ce sont ces réactions et discussions que j’ai vu se multiplier et accompagner la sortie du film qui m’intéressent.

Non pas tant en ce qu’elles disaient de l’objet film, mais plutôt par ce qu’elles suscitaient de production de discours, de réflexions et de représentations de lesbiennes sur leur sexualité et l’image qui en est projetée. Où et comment s’articulent ces positions, voilà qui m’excite davantage que le film.

Nombre de critiques qui se sont élevées exprimaient un sentiment de trahison. Fondé d’une part sur l’écart entre le film et la bande dessinée[1] dont s’est inspiré le cinéaste et d’autre part sur les différences produites par un regard hétérosexuel masculin en lieu et place d’un point de vue homosexuel féminin.

Ce sentiment me semble-t-il était inévitable. Comment un réalisateur pourrait-il faire autre chose que de s’approprier son sujet et parler de là où il regarde le monde ?

Que Kechiche fasse des choix d'homme hétéro, je ne sais comment il pourrait autrement. Pour ce qui est de l’impact de ces choix sur l’objet-film et la qualité de celui-ci, j’en laisse l’analyse à celles et ceux qui l’ont vu.

En revanche, d’un point plus général, trois éléments viennent à mon sens nourrir la frustration des lesbiennes déçues.

1/ la rareté des images et des représentations des lesbiennes dans les circuits grand public

2/ la quasi-inexistence de représentations produites par des lesbiennes dans ces mêmes circuits. Et comme l’a très bien pointé, Emilie Jouvet, "Ce qui est tabou encore aujourd’hui n’est pas le sexe, mais bien les images, les films et les discours spécifiques créés par les femmes (et les minorités) sur leurs propres sexualités."[2]

3/ La prétention revendiquée par Kéchiche au réalisme, jusque dans des scènes de cul.

Or non seulement, les images produites par des lesbiennes sont rares mais en en revanche les images hétéro porno pullulent. Dès lors, cette question de la représentation revêt une charge affective et politique indéniable. Et encore une fois, la représentation de leur sexualité – ce qui revient pour beaucoup de femmes à leur intimité – n’est portée à l’écran qu’à travers un regard, et donc des fantasmes masculins.

L’ambition affichée de coller au réel sème un peu plus le trouble, car sans même questionner la crédibilité de ces scènes (dont encore une fois je ne dirais rien sans les avoir vues), du réel au vrai, la frontière est faible.

Rapidement, c’est à l’aune de sa vérité, à travers son expérience et son histoire que chacune est tentée d’évaluer la représentativité de la mise en scène du désir et de sa réalisation.

Est-ce qu’un point de vue lesbien aurait fait la différence" feignait de s’interroger Marie-Hélène Bourcier dans sa chronique radio[3] pour Bang Bang le mag des genres[4] avant de répondre par l’affirmative. Sans aucun doute, tant dans le travail cinématographique que sur cette question de la représentativité. Ainsi que Marie-Hélène l’argumentait "20 ans de festivals lesbiens et certains films grand public américains" notamment ceux qui se sont attachés à intégrer des lesbiennes à leur projet, en ont fait la preuve.

Pas forcément mieux, mais différent c’est certain. Une production quelle qu’elle soit porte la marque de son auteur. Impossible de ne pas lier une œuvre aux conditions qui ont rendu possible sa production. Autant l’hétérosexualité masculine du réalisateur ne peut, en soi, discréditer son travail, autant elle ne peut être sans influence, négative comme positive. Comment se traduit-elle dans le film, il ne serait pas inintéressant que les critiques nous le montrent.

Demeure qu’avec une réalisatrice lesbienne aux commandes du projet, la question de la légitimité de ses choix se poserait en d’autres termes. Tout autant objet de critiques, d’élans et de déceptions, le film aurait été renvoyé à la singularité de son auteur. Regard d’une lesbienne et non des lesbiennes.

Or, dans le cas de La vie d’Adèle, à cette question de légitimité sont venues s’ajouter les sorties médiatiques de Léa Seydoux[5] se démarquant de son rôle et une campagne de promotion centrée sur l’universalisme du film. Le mot lesbienne, comme le remarquait fort justement la journaliste Alice Coffin, n’étant quasi jamais prononcé.

Additionnons le fait que la BD dont s’est inspiré le film, était, elle, écrite par une lesbienne, que cette BD avait connu un franc succès auprès des gouines et que le film s’en éloigne assez librement, et nombre d’éléments sont réunis pour expliquer la fréquente manifestation dans les commentaires d’un sentiment de dépossession.

Un sentiment encore nourri par la conviction qu’un projet similaire présenté par une lesbienne n’aurait sans doute pas trouvé les appuis et les financements nécessaires pour voir le jour. Le fait d’être porté par un mâle hétéro garantissant aux yeux des producteurs un pseudo universalisme, là où le projet d’une réalisatrice sera renvoyé au particularisme.

Et on en revient à une situation que les gouines connaissent bien : quand la société française ne les rejette pas purement et simplement dans l’ombre, c’est pour ne leur accorder que de se voir à travers une image façonnée par d’autres qu’elles.

Les politiques de production culturelle sont ainsi établies qu’elles les excluent des processus de création, leur interdisant de fait de participer à leur propre représentation et confiant à des hétérosexuels la tâche de montrer ce qu’est une lesbienne. C’est-à-dire en réalité, même avec les meilleurs sentiments du monde, ce qu’imagine un hétéro d’une lesbienne ou ce qu’il entend qu’elle soit.

Bref une mineure. Car comment appeler autrement une personne dont on juge que d’autres qu’elle-même sont mieux qualifiés pour parler en son nom ?

Une autre information apporte du grain à ce moulin de la minoration. Que penser de la décision du CNC[6] de n’interdire La vie d’Adèle qu’aux moins de 12 ans (avec avertissement) quand les critères habituels (sexe masculin en érection, sexes féminins en gros plan, scènes de sexe explicites) pris en compte par la commission de classification du CNC auraient dû plus logiquement conduire à une classification d’interdiction aux moins de 16 ans ?

Interrogé par Ariane Nicolas (pour son blog Contre Champ[7] consacré au cinéma), Gauthier Jurgensen, membre de la commission du CNC justifie ainsi cette décision : "Le spectateur est effectivement un peu piégé par ces images [les scènes de sexe]. Après, nous avons la garantie qu'il s'agit de deux adultes consentantes [sic], et qu'elles ont simulé, d'où l'interdiction aux moins de 12 ans. L'avertissement signale principalement la longueur des scènes de sexe."

Arguments pour le moins surprenants ! Questionné sur la crudité des scènes, Gauthier Jurgensen répond consentement. Par quel raccourci passe-t-on de scènes de sexe explicites à la question du viol ?

N’y aurait-il pas là l’irruption d’un impensé têtu ? La conviction au fond que deux femmes ne peuvent librement coucher ensemble ? Ou tout au moins, une telle difficulté à l’admettre qu’il faut en vérifier la réalité ? Heureusement, ce n’est que simulation !

Plus consternant encore, le consentement semblant se rapporter dans la réponse de Gauthier Jurgensen aux actrices et non aux personnages, j’ose espérer qu’il a conscience, puisqu’il semble dans son esprit nous parler de viol et non de représentation du viol, qu’au cas où les actrices n’auraient pas été consentantes, il s’agirait d’un crime relevant de la justice et non de la classification d’un film.

Mais revenons à cette classification, pourquoi La vie d’Adèle est-elle interdite aux moins de 12 ans quand cet été, L'Inconnu du lac d'Alain Guiraudie s’est vu gratifié d’une interdiction aux moins de 16 ?

Nul machisme là-dedans nous assure Jurgensen. Simplement, les scènes de sexe de l’Inconnu du lac sont "clairement non simulées". Tout est dans le clairement !

Il ne s’agit pas de protéger le jeune spectateur/trice de ce qu’il voit, mais de la réalité de ce qu’il voit.

Il n’y a donc pas de problème à le laisser regarder des scènes de sexe entre deux femmes tant qu’il ne peut imaginer que ce qu’il voit pourrait être vrai. Voilà la "différence fondamentale"selon le CNC.

Et pour bien nous persuader qu’il n’y a rien de sexiste dans cette différence de traitement entre les deux films, et surtout entre les regards posés sur la nudité et la sexualité des femmes et celles des hommes, le représentant du CNC en appelle à l’amour.

Il s’agirait de ne pas confondre un film sur la sexualité, L'Inconnu du lac, avec sa "vision brutale du sexe" et La vie d’Adèle qui "raconte la découverte de l'amour d'une façon plus générale."

Ah l’amour ! capote de l’androcentrisme !

(à suivre) …


En attendant, vous pouvez vous rendre ce week-end à Cineffable :

Le 25e Festival international du film lesbien & féministe de Paris :
Quand les lesbiennes se font du cinéma

du mercredi 30 octobre au dimanche 3 novembre 2013
23/25 rue Emile Zola - Montreuil 93100
Métro Robespierre
http://www.cineffable.fr/fr/f_prog.htm




[1] Julie Maroh, Le bleu est une couleur chaude, Glénat, mars 2010
[5] in Grazia
[6] Centre national du cinéma et de l’image animée
[7] http://blog.francetvinfo.fr/actu-cine/2013/10/22/sexe-pourquoi-la-vie-dadele-est-seulement-interdit-aux-moins-de-12-ans.html

lundi 14 octobre 2013

La mémoire, une arme au présent





Récemment le Centre gai et lesbien a sollicité mon témoignage quant à ses 20 ans, un appel à voyager dans ma mémoire, quasi concomitant à la lecture d’un article de Minorités[1] consacré à une exposition sur les cinq premières années du sida à New York.

Se souvenir !

Pour beaucoup de pédés et de gouines, l’interminable séquence mariage pour tous fut pénible en raison notamment du déversement massif de boues homophobes qui l’accompagna. Brutal ou larvé, il fut quasi quotidien sur près d’une année. Qu’il nous ait pris par surprise ou confirmé nos pires intuitions, peu d’entre nous peuvent prétendre ne pas en avoir été affectés.

Et le mardi 23 avril, tandis que l’Assemblée votait ce fameux texte au sujet duquel il y a tant à redire, une partie de la pédalerie française un œil sur ses écrans, l’autre sur les réseaux sociaux, échangeait en direct ses sentiments.

Soulagement, satisfaction, émotion. Larmes pour certains. Et pas toujours de bonheur. Dans l’ombre de cet instant, se tenaient de nombreux témoins disparus. Cette victoire, car à n’en pas douter, c’en était une, ses opposants l’ont voulu ainsi, n’aurait jamais été possible sans leur courage, leur volonté de se battre et leur refus du silence. Je veux parler des premiers militants contre le sida. Je veux parler de nos morts.

Leur absence nous déchire toujours le cœur. Et le silence qui entoure leurs combats est une insulte à la bravoure dont ils ont fait preuve. Aux souffrances endurées. Aux victoires qu’ils ont remportées. Aux droits qu’ils ont conquis.

Il y avait ce 23 avril, dans ces échanges pudiques de souvenirs, une dimension intime bien sûr, personnelle, mais aussi la conscience d’une douleur commune. Si difficile à extérioriser. Au point d’en négliger parfois que nous n’avons pas le droit de laisser le voile de l’oubli ensevelir ces hommes et ces femmes qui de leur vivant ont refusé qu’on les emmure dans la dissimulation.

Une exposition comme celle de New York ? A Paris ? Silence. Delanoë n’a rien vu à Paris. Rien.

Si nos dirigeants ne font preuve d’aucune volonté d’honorer la mémoire de ces combattants, s’ils ne souhaitent pas exposer combien l’engagement des réprouvés a permis de changer la nature de la bataille et afficher que c’est dans la lutte que se sont arrachés les progrès, thérapeutiques, sociaux, et juridiques, c’est parce qu’ils souhaitent nous raconter une autre histoire.

Une histoire où nous devrions nos droits à leur grande mansuétude, une histoire verticale où du haut de leur position, les politiques accordent et les citoyens expriment leur gratitude, tandis que des capitaines d’industrie s’enrichissent sans autre devoir que les profits de leurs pairs.

Une histoire dans laquelle, ils imposent leurs experts, verrouillent les cadres de discussion et dictent leur agenda. Font passer l’orthodoxie pour l’unique possible.

C’est à cette pratique du pouvoir, conservatrice et confiscatoire que s’est opposée une conception de la politique à la première personne, liant émancipation individuelle et émancipation collective, coalition des minorités pour lutter contre les discriminations et les inégalités structurelles.

C’est à ce jeu de rôles bien rodé que les malades et leurs proches se sont attaqués. Exigeant une redistribution des responsabilités et des engagements.

Refusant un système de valorisation du bénévolat contingenté à l’accompagnement des malades. Un système de classe, sexué, racisé, où des hommes hétérosexuels, blancs et riches s’accaparent le pouvoir tandis que femmes et exclus travaillent gratuitement à compenser le coût de leurs décisions.

Le sida, de fait, a amplifié le mouvement d’émancipation politique des gays. Confrontés à une épidémie dont l’Etat (et ce quelle que soit la couleur politique des gouvernements) ne prenait pas la mesure, confrontés à des enjeux qui les dépassaient individuellement et dont les conséquences étaient directement mortelles, les gays ont dû s’unir et se politiser. Pour lutter contre la maladie et sa propagation, ils n’avaient pas d’autre choix que de combattre les hiérarchies héritées du système politique, du pouvoir médical, et de l’ordre hétéropatriarcal.

Cette mobilisation ne s’est pas contentée d’apporter une réponse identitaire. Elle a également fait preuve de solidarité et s’est efforcée de répondre à l’échec patent d’un universalisme d’apparence par des stratégies concrètes d’alliances opposant à une prétendue fatalité et à la démission des responsables de la santé publique, la dénonciation de causes structurelles et une volonté transformatrice.

D’aucuns aujourd’hui souhaiteraient, jusque dans nos rangs se démarquer de cette histoire, ou du moins la relativiser, comme si désormais elle les encombrait.

J’ai en mémoire par exemple un Stéphane Martinet, aujourd’hui conseiller de Paris et adjoint au Maire du 11ème arrondissement, écrivant sur le site de Yagg ce printemps, qu’Act Up n’avait historiquement pas apporté grand chose tout compte fait.

La seule accélération de la mise à disposition des malades des antiprotéases en 1996 suffirait à lui répondre, sans laquelle nombre de mariage qu’il entend célébrer aujourd’hui n’aurait jamais eu lieu, les futurs mariés morts en ces funestes années.

N’en déplaise à ceux qui souhaitent s’en distancier, s’il est important de ne pas confondre lutte contre le sida et revendications LGBT, ne pas nier leur articulation ne l’est pas moins.

Politiquement, se souvenir de l’histoire de la lutte contre l’épidémie dans ce pays, c’est aussi se souvenir que nous avons déjà dû batailler très durement contre des gouvernements de gauche pour qu’ils prennent les mesures qui s’imposaient.

Se souvenir de cette lutte, c’est se revendiquer acteur d’un processus de transformation sociale et non, en récipiendaire de quelques privilèges accordés au compte-goutte.

Se souvenir de cette lutte, c’est refuser les excuses circonstanciées pour justifier de l’exclusion de populations désignées comme responsables par essence de leur statut d’exception.

En traitant de nos revendications en autant de sujets indépendants les uns des autres, le Parti socialiste, entend se dispenser de réformes en profondeur des mécanismes d’exclusion qui structurent la société. Il entend ne traiter que de symptômes, sans jamais s’attaquer à la source.

Et peu importent les privilèges dont on pense pouvoir profiter individuellement, accepter de surseoir à nos revendications revient à affirmer qu’il nous est acceptable que des droits ouverts à d’autres nous soient refusés au prétexte de notre orientation sexuelle. Quand nous sommes les premiers à accepter l’homophobie, il n’est pas très étonnant que d’autres la trouvent légitime, y compris dans des versions plus brutales.

En agissant ainsi, non seulement nous nous portons préjudice à nous-mêmes, mais nous nous désolidarisons de tous ceux qui ne renoncent pas à exiger des politiques une véritable volonté réformatrice.

Les associations de lutte contre le sida ont toujours posé la solidarité entre exclus et l’articulation de leurs revendications au cœur de leur mobilisation, elles n’y ont souvent réussi que partiellement, mais elles n’ont jamais dévié de cette certitude : c’est dans le respect et la fierté de nos identités respectives que nous pouvions agir au profit de tous.

Alors commençons par respecter notre propre histoire.

Ne nous en laissons pas déposséder par ceux qui voudraient l’effacer ou la réécrire pour justifier leurs désengagements.

Il ne s’agit pas de nous inventer des héros. Encore moins de bâtir des mythes, ce qui reviendrait à enfermer ces hommes et ces femmes qui se sont battus dans les placards de l’histoire. Des placards dorés mais des placards quand même.

Il s’agit simplement de nous saisir des outils qu’ils nous ont légués, eux qui avaient choisi de ne pas se taire, pour à notre tour, refuser que d’autres décident à notre place de nos vies.

A l’heure où l’état revoit à la baisse les crédits de lutte contre le sida en se servant des compétences acquises par les associations pour leur faire porter la charge de la lutte,

A l’heure où le Parti socialiste entend honorer ses engagements de campagne non en se référant à des principes mais au gré de son évaluation climatologique des rapports de forces politiques,

A l’heure où un ministre de l’intérieur qui se prétend de gauche, à l’exemple de ses prédécesseurs fait expulser sans vergogne des malades étrangers et assigne des vocations à des populations en fonction de leur origine,

Ne pas oublier les combats antérieurs aux nôtres, c’est aussi nous permettre d’en évaluer les apports comme les limites, nous permettre d’inventer les ressources nécessaires aux combats d’aujourd’hui.



[1] http://www.minorites.org/index.php/2-la-revue/1505-aids-in-new-york-lexposition-inesperee.html

vendredi 27 septembre 2013

Devine qui vient dîner ?
Pas de gays à table dans l’Italie de Barilla




La sortie de Guido Barilla a un contexte. L’Italie aujourd’hui. La semaine dernière était discutée, à grand peine, une loi contre l’homophobie. Une loi qui prévoit de ne pas s’appliquer aux organisations qui ont des activités de nature politique, syndicale, culturelle, sanitaire, d’instruction ou encore de religion et de culte, une loi qui doit encore repasser au Sénat. En clair, l’homophobie institutionnelle ne sera ni condamnée, ni condamnable. Nulle part. Pas plus à l’école qu’à l’hôpital, pas plus au boulot qu’à la télé, pas plus celle du syndicaliste que celle de l’assistante sociale !

En Italie, les pédés, les gouines, les trans n’ont aucun droit et leurs couples et leurs familles encore moins. Et nombre de forces politiques font tout pour que ça reste ainsi et qu’au pire – pour éviter toute reconnaissance- on s’en remette au contrat privé passé devant notaire.

Certains, en France, pensent que s’offusquer des propos de Barilla revient à conforter le pouvoir donné aux marques et aux industriels. Mais, Berlusconi comme Guido Barilla, ne sont pas seulement des PDG, ce sont des dirigeants de fait de l’Italie. Et d’ailleurs Barilla pourrait bien succéder à Berlusconi. Traiter par le mépris ou le silence leurs prises de position ne diminuera en rien leur influence.

Quand Guido Barilla fait ses déclarations, il ne positionne pas seulement sa marque, il se positionne aussi dans un débat sur la société italienne où se discutent encore la place des femmes (et sa sortie n’était pas seulement homophobe mais aussi sexiste), la place des pédés et des gouines et il n’avait même pas besoin de le dire, tous les Italiens l’ont très bien compris, la place des immigrés. Or ne l’oublions pas, les violences contre les femmes, comme celles contre les homosexuels et les immigrés, sont en constante augmentation en Italie

Guido Barilla a d’ailleurs été très clair dans ses déclarations, il ne dit pas seulement qu’il n’y aura pas de gays dans les publicités de sa marque de pâtes, parce que ce ne serait pas en adéquation avec l’image qu’il souhaite la voir véhiculer, non il affirme aussi que « le concept de la famille sacrée demeure l'une des valeurs fondamentales de la société »[1].

Alors, sans doute, certaines réactions des gays français sont-elles épidermiques, voire primaires. Mais nombre de pédés et de gouines en Italie auront apprécié de se sentir soutenus.

Et même si Barilla, pense avoir réussi son coup, en diffusant son message aux franges les plus obscurantistes du pays : ils peuvent compter sur lui pour s’affirmer en fervent défenseur de la famille traditionnelle, valeur ô combien sacrée, face aux méchants lobbys qui l’ont obligé à reculer, pour les gays italiens, affirmer haut et fort, que le temps où ils subissaient l’exclusion en silence est terminé, ce n’est pas négligeable.


[1] « Per noi il concetto di famiglia sacrale rimane uno dei valori fondamentali dell'azienda. La nostra è una famiglia tradizionale. Se ai gay piace la nostra pasta e la comunicazione che facciamo mangeranno la nostra pasta, se non piace faranno a meno di mangiarla e ne mangeranno un'altra. » http://parma.repubblica.it/ Venerdì 27 Settembre 2013

mardi 24 septembre 2013

Pourquoi nous devons mener la bataille de la PMA, épisode 1


PROCRASTINATION, subst. fém. Littér. Tendance à différer, à remettre au lendemain une décision ou l'exécution de quelque chose. Synon. ajournement, atermoiement.



Il y a maintenant un peu moins d’un an, le 21 novembre 2012, l’invraisemblable clause de conscience inventée par François Hollande à propos de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, poussaient quelques centaines de pédés et de gouines à manifester leur indignation rue de Solferino, devant le siège du PS.

Au sortir de cette manifestation, je décidai d’ouvrir un blog pour m’opposer à ma façon aux concerts d’énormités qui accompagnaient la présentation du projet de loi. J’en étais persuadée, l’ouverture du mariage serait une bataille idéologique ; elle serait longue, rude, et les gays devraient compter sur leurs propres forces pour y faire entendre leur parole.

Il me paraissait en outre évident que la tonalité de ces débats conditionnerait la suite du quinquennat. Accepter sans réagir le refus de ce gouvernement d’assumer son propre programme ne pouvait conduire qu’à l’assurance de reculs à venir dans tous les autres domaines (PMA, droit des trans, droit de vote des étrangers, droits des putes, mais aussi droit à la retraite, droits des malades …).

C’est pourquoi, en dépit des insuffisances du texte présenté, sa défense s’imposait. Il devenait au-delà de droits futurs, le thermomètre d’un rapport de force politique. Le symbole de la résistance aux diktats d’une morale conservatrice visant à défendre un ordre hétéropatriarcal, blanc et biologisant.

Les tergiversations du gouvernement sur l’ouverture de la PMA (procréation médicalement assistée) à toutes les femmes relèvent du même registre. Avec ses dérobades successives, il montre une bien pauvre conception de la politique : loin de défendre une volonté de transformation éthique de la société, il ne cesse de céder aux pressions des réactionnaires, les encourageant dans leurs tentatives de contester les droits des minorités.

Avec la PMA, les socialistes nous promettent, comme pour le Mariage, une bataille de longue haleine. Parions que cette promesse-là (la durée), ils la tiendront. Et puisqu’il faudra y revenir, j’ai décidé d’aborder la question par son versant le plus simple, l’égalité des couples.

Concrètement, la PMA recouvre les pratiques d’insémination artificielle et de fécondation in-vitro. Chaque année en France, des dizaines de milliers de couples ont recours à ces techniques et donnent naissance à près de 20 000 enfants.

Concrètement, notre pays, à ce jour, a décidé que seuls les couples hétérosexuels mariés (ou en couple depuis 2 ans) pouvaient accéder à ces pratiques, à condition d’infertilité ou pour éviter la transmission d’une maladie grave.

Cette condition d’infertilité concerne bien le couple et non les individus pris séparément. Il ne s’agit pas de savoir si chacun des membres de ce couple pourrait, en s’associant à un autre partenaire retrouver une fertilité naturelle.

La PMA devrait donc, à tout le moins, être accessible à tout couple infertile, quels que soient le sexe, le genre et l’orientation sexuelle des membres de ce couple ou la cause de l’infertilité.

Décider d’interroger l’orientation sexuelle ou le genre des individus avant de définir les droits auxquels ils ont accès relève purement et simplement de la discrimination.

Et s’il s’agit d’objecter, que dans le cas des couples composés de femmes, il sera nécessaire d’en appeler à une tierce personne, là encore, le seul principe d’égalité doit prévaloir. Soit nous interdisons toute technique de PMA ayant recours à une tierce personne, soit nous l’autorisons pour tous les couples.

Or, même de cette minimale et stricte application du principe d’égalité entre les couples, le gouvernement Ayrault aujourd’hui se défausse.

Pire, il prétend en faire une question de bioéthique. Mais quand la PMA en elle-même est autorisée, la seule question qui est alors posée au CCNE (Comité consultatif national d'éthique), c’est celle de la légitimité des couples non-hétérosexuels et non-cisgenre à y recourir.

Le gouvernement Ayrault a sans doute fait voter l’ouverture du mariage aux couples de même sexe mais il continue d’affirmer que tous les couples ne se valent pas !

Il y a ceux qu’il faut aider dans la construction de leurs familles et ceux qu’on peut condamner au pouvoir de l’argent et à la précarité de la clandestinité aux seuls motifs de ce qu’ils sont.

Face à ce simple constat, la question nous est posée, allons-nous comme le gouvernement, contribuer longtemps par notre silence et notre discrétion, à légitimer cette infériorisation de nos couples ? Cette infériorisation de nos vies ? Notre infériorisation tout simplement.

Rassemblement à l’appel du Collectif Oui Oui Oui
Pas d’égalité, sans la PMA. PS, tiens tes promesses !
Mercredi 25 septembre, 19h : Siège du PS, Paris, rue de Solferino
http://www.ouiouioui.org/



lundi 23 septembre 2013

Lundi d’automne




Certaines rentrées ont la couleur d’un automne prématuré. Plutôt que flamboyantes, plombées du gris de dépressions successives, comme une anticipation d’interminables retraites.

Alors vous avez profité de vos vacances, complété vos provisions de vitamines, aéré vos neurones ? Vous vous êtes gavés de pâtisseries et autres pièces montées ? Parce qu’après une année à se fader du mariage pour tous, se profile tout un programme de batailles d’arrière-garde pour arracher à l’énergie dans les décombres des promesses socialistes quelques avoirs.

Le conservatisme socialiste nous oblige. Rien ne sera aisé. Coincés entre agendas étriqués et ambitions insatisfaisantes, le pessimisme et les divisions nous guettent. Le piège est connu.

Pour autant, nous n’avons pas à renoncer à inventer de nouvelles formes de rapport aux autres.

Quel que soit notre lot d’aspirants à la conformité, chérissons nos particularités, partageons-les et prenons soin les uns des autres plutôt que de nous enfermer dans des querelles stériles.

Il suffit de ne pas renoncer. Les victoires d’aujourd’hui sont nées de combats que tout le monde nous prédisait perdus.