mercredi 23 janvier 2019

Ironie : quand l'homophobie conduit l'INSEE à dé-genrer père et mère


Six ans après le Mariage pour tous et la possibilité qui va avec pour les couples homos d'adopter l'enfant de leur conjoint, l'INSEE maintient pour le recensement des formulaires hétéronormatés, et donne pour consigne aux parents dont le conjoint est de même sexe : pour l'un de se déclarer "père et l'autre mère, quel que soit leur sexe"

Un choix validé par un comité scientifique (sic) réunissant des membres de l'INED, de la CNAF, du Haut conseil à la famille, de l'UNAF, des universitaires et le ministère en charge de la Santé, des Affaires sociales et des Affaires familiales.

Et qui donne pour justification l'assertion :
« Les mots “parent 1” et “parent 2” n'étaient pas bien compris par la grande majorité de la population » parce que « trop peu usités et connus de l'ensemble de la pop. française pour pouvoir être employés pour le recensement de la pop »

Ajoutant ainsi à l'homophobie le foutage de gueule et un mépris généralisé : comme le faisaient remarquer des twittos, on s'interroge sur ce qui n'aurait pas été compris exactement, le mot « parent » ou les chiffres « 1 » et « 2 » (on imagine que la variante « A » et « B » était inimaginable aussi), des termes en effet peu employés et peu connus de la population.
« Le conjoint de la personne 14 est la personne n° » par exemple étant évidemment beaucoup plus compréhensible et usité !
On remarquera aussi de façon générale que la binarité des cases H/F, féminin/masculin ne laisse aucune place aux personnes intersexes ou non binaires qui ne se définissent pas selon une assignation imposée et n'ont pour option que de refuser de répondre ou de se soumettre à la violence de cette assignation d'Etat.
S'il y a motif à dénoncer la normativité qui guide l'INSEE dans ses énonciations, on peut aussi décider de se déclarer ou pas, de façon libre et inscrire ses propres réponses. Et tout raturer leur feuille en hommage au « Père Noël est une ordure ».
Comme le soulignait l'activiste Vincent Guillot sur Facebook, il y a là des possibilités d'expression politique, et au risque d'une amende fort peu probable et qui si elle était envoyée pourrait elle aussi à son tour être utilisée de façon activiste.

On peut donc aussi se saisir de ces formulaires pour exposer l'Etat à ses incohérences, car si d'un côté il tente de contingenter nos vies, de l'autre il y a aussi quelque chose de réjouissant à lui souligner qu'en se vautrant dans son homophobie et en voulant absolument garder deux sexes différents dans la parentalité, l'INSEE valide de fait qu'indépendamment du sexe déclaré, on peut se déclarer indifféremment père ou mère.
Nonobstant la dimension homophobe qui essaie de cantonner cette possibilité aux seuls parents homos et à en faire une obligation.










mardi 8 janvier 2019

Consensus républicain : l'HomoLesboTransPhobie, ça se discute !

Macron, Corbière, Jouanno, La Manif pour tous, LCP, Europe 1, qui sera le suivant à se précipiter pour remettre une pièce dans le revival homophobe, sans même prendre une demie-seconde pour le questionner, sans parler de s'en désolidariser ?

Au bal des universalistes, les pédés, les gouines, les trans, c'est Cendrillon qui ne retrouve pas sa pantoufle. Mais au château, on a la conscience tranquille car on a trouvé des responsables aux Gilets tape à l'oeil à désigner au cas où il faudrait des coupables.

Ceux-là n'ont rien demandé de tel, mais peu importe.

Pour les politiques comme les médias, que ce soit au prétexte de vouloir satisfaire des aspirations de justice sociale et fiscale ou de noyer ces aspirations : dans leur bataille concurrentielle pour incarner la légitimité de la représentation du Peuple et le grand barnum qui s'annonce, les droits des minorités font et vont faire office de monnaie de singe.

Mais il y aura de bonnes âmes pour prôner de s'en remettre aux politiques, à leurs calendriers, éléments de langage et bon vouloir et peu importe que ce soient eux, qui n'ont eu de cesse de reporter l'ouverture de la PMA, d'appeler les homophobes les plus directs à s'exprimer plus qu'ils ne le faisaient déjà et de légitimer leur expression.

Contribuant ainsi à maintenir mobilisés les réseaux Manif pour tous & co et leur laissant vifs la possibilité et l'espoir d'arracher d'autres reports.

Montrant ainsi le peu d'importance qu'ils attachent en réalité aux violences qui en résultent et vont en résulter.

Démontrant qu'ils n'ont aucune volonté de s'attacher à éradiquer l'homophobie comme instrument structurant de domination. Ni de changer le statut de seconde zone qu'elle produit.

Après Hollande et sa liberté de conscience,

Macron estimant qu'on avait pas assez écouté les familles prêchant l'homophobie et leur offrant les Etats Généraux de la bioéthique en terrain de jeu,

Voici maintenant Jouanno qui invoque la liberté d'expression pour cautionner qu'on puisse dans un débat institué par un organisme administratif agissant au nom de l'État discuter de priver d'un droit acquis une catégorie de personne au motif de leur orientation sexuelle, 

Et peu à peu se reconstruit insidieusement un consensus politique habillé de progressisme et de républicanisme tendant à inscrire le droit à discriminer dans le champ des libertés et celui de ne pas être discriminé dans celui de la censure.


« chacun est libre d’organiser un débat sur le sujet qu’il souhaite. Il n’est pas dans mon pouvoir de censurer les sujets » (https://twitter.com/Chantal_Jouanno/status/1082252148799352832)


Additif  (9 janvier 2019):
Depuis, Fabien Roussel, tout nouveau secrétaire national du PCF a, à son tour, ajouté un jeton dans la machine.
Comme les autres, il a ensuite rétropédalé médiocrement, sur l'air de, mais non c'est pas ce que je voulais dire, les pas beaux c'est les autres, pas nous les défenseurs des droits fondamentaux. Nous, on est pour, hein ! Et si pour montrer que nous on est les bons, il faut donner un coup de main pour monter la mayo rance, tant pis pour les collatéraux.
Et comme les autres, - Alexis Corbière, Chantal Jouanno - à aucun moment, il n'a présenté d'excuse aux gays, lesbiennes et trans qu'il a contribué à exposer aux violences. Ni regret, ni manifestation de compréhension de ce que, ils et elle, en assimilant à une simple discussion le fait de retirer des droits aux gays, lesbiennes et trans au motif de ce qu'ils sont, participent de la banalisation et de la légitimation de l'homophobie.
Et s'ils sont prompt à titre perso ou au compte de leurs orgas, à rappeler qu'ils sont et ont été pour l'ouverture des droits, on remarquera que ce n'est pas tant pour réaffirmer leur opposition et un engagement à combattre un système de domination mais plutôt comme des médailles qui devraient leur servir d'à-valoir imprescriptible blanchissant par avance toute contribution au maintien de l'hétéro-cis-sexisme.

vendredi 4 janvier 2019

Protection des minorités selon Corbière, épisode valeurs réacs. Ce n'est pas le peuple qui est méprisé, c'est Corbière qui est méprisable



« On a voulu faire croire que je voulais remettre en cause le mariage pour tous. Absurde. J'ai été l'un de ses fervents partisans, ce depuis de longues années. Mais j'assume qu'il ne peut exister à mes yeux des institutions démocratiques qui interdisent par définition d'aborder certains sujets si un nombre significatif de citoyens le souhaitent. Ceux qui ont polémiqué contre moi ont par là même montré leur profond mépris de notre peuple, vu comme une populace réactionnaire voulant supprimer des droits si difficilement obtenus. »
Alexis Corbière in Valeurs Actuelles, 02/01/2019
https://www.valeursactuelles.com/politique/alexis-corbiere-le-peuple-doit-rester-souverain-102210


Ce n'est pas le peuple, dans cette polémique qui est réac, c'est Alexis Corbière.
D'ailleurs le peuple n'a en rien demandé cette polémique, seul l'élu prétend ici parler en son nom. Qui dans un cadre de renouveau d'homophobie, plutôt que de participer à mobiliser contre les violences sociales et politiques, choisit de les dresser en discussion possible.

Et face aux réactions des premier.e.s concerné.e.s, Alexis Corbière choisit-il de se la jouer un peu humble et de s'interroger sur la violence qu'il produit ? Non, il se drape dans son costume défraichi de partisan du mariage, pour se rendre dans un journal d'extrême-droite, raciste, homophobe, transphobe et sexiste agiter à nouveau un chiffon que malheureusement il croit rouge, quand il n'est que brun du sang de ceux dont il se moque qu'ils et elles prennent les coups qu'il contribue à légitimer.

Si livrer les droits des minorités et leur protection à référendum est potentiellement risqué, les risques naissent notamment du mépris manifeste des élus issus de la démocratie représentative pour ces droits et protection.

L'homophobie n'est pas populaire, elle est dominante. C'est un instrument au service des classes au pouvoir qui l'entretiennent au nom du peuple. Il a bon dos, le peuple.

mercredi 19 décembre 2018

RIC et homophobie des dominants

En quelques phrases, Alexis Corbière, répondant à une question de la journaliste Danielle Sportiello de LCP sur le mariage pour tous1a fait la démonstration que le problème en matière d'homophobie n'est pas tant le référendum d'initiative citoyenne en lui-même, ni ses corollaires que seraient de présumées demandes et réponses du peuple, mais plutôt l'homophobie des dominants.

L'homophobie comme grammaire transversale.

L'homophobie comme structure institutionnelle, politique et sociale et donc l'homophobie culturelle, celle qui formate jusqu'aux inconscients et permet de s'en croire excepté.

Corbières avait l'occasion de dénoncer celle-ci, de réaffirmer qu'elle est combat permanent et omni-classes mais il a choisi de répondre à la question de la journaliste sans en questionner les attendus.

Il ne la démonte pas, ne s'en saisit pas non plus pour démontrer ce qu'elle révèle qu'entre gens de bonne compagnie, la norme est de se dédouaner de sa part d'homophobie sur le dos du peuple, entendu comme classes subalternes.

Et ses molles défenses, positivistes, basée sur une confiance d'acceptation majoritaire n'y changent rien.

Parce que d'une part, ses propos liminaires relativisent cette confiance en affirmant « de toute manière, si on ne règle pas pacifiquement ces questions-là, toute une série de questions reviendront sous une forme beaucoup plus brutale »2, ce qui revient à acquiescer au potentiel de brutalité homophobe populaire sous-tendu par la question de la journaliste sans en questionner les fondements.

Que d'autre part, il contribue à conditionner la légitimité de la protection des minorités et l'universalité de l'accessibilité aux droits au bon vouloir de la majorité. Une légitimité qui ne serait donc pas de principe mais relative aux rapports de force politiques.

Dans les faits, c'est une réalité. La protection des minorités, leur statut, leurs accès aux droits et à quels droits, leurs vies, sont dépendantes de ces rapports de force.

Alors oui, il faut combattre ce que les propos de Corbière portent de potentiel retour sur des droits partiels acquis de haute lutte, mais nul ne peut nier que ce qu'ils contiennent d'avertissement est au fond, tout à fait su par tous,aucun droit n'est jamais acquis.

Mais il faut tout autant combattre la parole médiatique qui feint de se préoccuper du sort des minorités quand de fait cette puissance médiatique n'a de cesse d'effacer les minorités et de se faire le relai et caisse de résonance de la hiérarchie comme norme et du renvoi des minorités dans, au mieux, une subalternité régie par des degrés de tolérance.

C'est à dire en réalité à travailler de concert avec les représentants politiques à la reproduction et la reconduction de cette subalternité.

Gardons-nous de la facilité de faire de Corbière, de son mouvement, de l'expression populaire (car dans beaucoup de commentaires les trois sont allègrement assimilés) une exceptionnalité. 

Une monstruosité qui trancherait radicalement avec un monde politique de la représentation à ranger dans le progressisme et à affilier à la lutte contre l'homophobie.

Les propos de Corbière, sont, une expression mal dégrossie, qui pour quelques instants oublie de se déguiser.

La colère et surtout s'y opposer sont plus que justifiés.

Mais il y a aussi à se défier que la colère ne nous fasse perdre de vue qu'au delà de la défense des acquis, si ces propos sont à inscrire dans la réaction, celle-ci ne saurait être limitée à son sens traditionnel.

Sinon, nous aurions à nous interroger aussi sur la façon dont nous acceptons de nourrir la bête.

Collectivement, la constellation communautaire a accepté de prendre des revendications pour l'objet de la lutte, s'en remettant aux seules et ponctuelles avancées du droit pour travailler la légitimité de la norme.

« On peut en discuter ! Pourquoi on n’en discuterait pas ? » 

Cette affirmation d'Alexis Corbière à propos du mariage devrait nous renvoyer de façon plus globale aux rapports de force perdus depuis 2012 et au retour d'un consensus dominant et orchestré au sein des classes dirigeantes qui admet l'homophobie en thème de discussion.

Car la réaction, ce ne sont pas seulement des menaces sur des droits acquis, la réaction, c'est aussi la reproduction des mécanismes d'oppressions qui, fonction des rapports de forces, se reconduisent dans des formes adaptées aux nouveaux contextes politiques et pratiques sociales.

L'homophobie,
« On peut en discuter ! Pourquoi on n’en discuterait pas ? » n'est-ce pas ce que Macron et la République En Marche, héritiers du quinquennat Hollande, affirment et surtout mettent en pratique ?

« On peut en discuter ! Pourquoi on n’en discuterait pas ? » n'est-ce pas ce que les médias affirment et surtout mettent en pratique ?

Sans que ne leur soit contesté, ou marginalement, l'étiquette de progressistes.

Alors certes la question du référendum pose celles des rapports de forces politiques, de l'accès à la parole et pour quelle parole, de la protection des minorités et des droits fondamentaux. Mais le référendum n'est pas en soi plus ou moins démocratique que le système de représentation à chaque scrutin plus censitaire, qui envoie au pouvoir un personnel politique qui donne les moyens à la réaction de s'exercer et maintient les minorités dans des droits différenciés. Qui asphyxie la vie associative et détruit les corps intermédiaires plutôt que de leur donner les moyens de se réinventer.

Dans ce contexte, brandir le RIC comme réponse magique ou comme à contrario l'objet de tous les dangers, revient à éteindre une fois de plus réflexion et demande de co-construction de transformation sociale.

Quand tout dispositif demande ses garde-fous et ses contre-pouvoirs.


je ne reviens pas sur la dimension d'illusion hétérosexuelle qui consiste à prétendre que faire des droits des minorités des sujets de débats emprunte à la régulation pacifique, Jérome Martin en a touché quelques mots dans une lettre ouverte publiée sur le site Komitid

vendredi 19 octobre 2018

Refuser ce en même temps

Allons-nous collectivement laisser des responsables politiques qui organisent tranquillement la légitimation des discours homophobes et nous jettent ainsi en pâture aux passages à l'acte prévisibles, prétendre qu'ils sont acteurs et alliés de la lutte contre l'homophobie ?

des responsables politiques dont le leader a même encouragé des homophobes à en faire plus,

des responsables politiques,

qui n'ont aucune politique structurelle de lutte contre l'homophobie (ne parlons même pas de lutte contre le sida), en dehors de miettes superficielles, mais qui poursuivent en revanche une politique de précarisation qui nous rend chaque jour plus vulnérables aux manifestations de l'homophobie des médecins, des bailleurs, des patrons, des flics, des familles, des directeurs des EHPAD et maisons de retraite, etc.

qui développent une politique de criminalisation de l'activisme couplée à l'assèchement du soutien public à la vie associative qui vise à faire taire toute résistance et solidarité réelle.

qui mènent une politique raciste qui, pour ne regarder que le petit bout de la lorgnette LGBTQI, écrase les émancipations, expulse et renvoie vers la mort y compris des malades et des LGBTQI dont la vie est directement menacée.

qui entendent circonscrire l'homophobie aux seules brutalités physiques tandis qu'ils dédouanent les discours qui les favorisent ainsi que ses manifestations institutionnelles et structurelles. Limitant leurs insuffisantes réactions aux symptômes et non aux causes. Manifestant des indignations et tolérances différenciées selon que les exclusions de l'espace public s'expriment dans des écoles privées de banlieue chic, des quartiers populaires ou à travers des discriminations au vernis légal.

Et les mêmes qui mènent ces politiques se rendraient à des rassemblements d'initiative communautaire de lutte contre l'homophobie sans qu'il ne soit dénoncé la dimension de marketing politique et la visée d'auto-absolution de cette présence ? Sans que ne soit énoncée leur part de responsabilité dans les violences qui nous frappent ?

Allons-nous les aider à promouvoir leur prétention frauduleuse à prétendre lutter contre leurs propres politiques ? Ces politiques qui produisent les violences et saccagent nos vies.

Combien de temps allons-nous contribuer à recouvrir ces politiques d'un vernis pseudo-progressiste sans lequel elles ne pourraient entretenir une tolérance de masse à l'injustice ?

Allons nous les aider à continuer ces politiques  ?

Ou refuser ce en même temps qui consiste à nous tendre sparadraps et mouchoirs pour panser des plaies qu'ils construisent par ailleurs ?

mercredi 17 octobre 2018

Les acculés



Au rythme des agressions, répondre encore et encore, à des tweets à l'emporte pièce, être dans la réplique systématiquement, parce qu'on ne peut pas laisser passer comme si chaque pierre ne comptait pas, au détriment des réflexions que nous ne menons pas.

Quelles références avons-nous produit sur l'outing dans le contexte d'aujourd'hui qui ne date pas de celui de Mathusalem @TheStoneWallAge ?

Des pédés militent ouvertement au FN, à La Manif Pour Tous, d'autres se font les commis voyageurs d'un libéralisme raciste, homoLesboTransphobe et sexiste, qui écrase méthodiquement les émancipations (et c'est une conséquence logique de nos luttes et conquêtes) mais nous continuons à recycler en boucle des appels polis au coming out comme de vieux DJ égarés sur la RadioNostalgie d'une visibilité qui fut émergente. 
Propulser en représentativité des participants du mensonge d'état d'une lutte contre les discriminations qui n'existe pas - ou seulement en toilettage cosmétique - nous aide-t-il réellement ?
La visibilité de gays et lesbiennes qui s'arrangent de la discrimination systémique (homolesbotransphobe mais aussi classiste et raciste) parce qu'ils et elles peuvent (espèrent) s'en tirer dans leurs niches, non seulement ne me représente pas, mais elle s'inscrit dans des dynamiques qui contribuent aussi à la reconduction de nos oppressions.
Qu'on se comprenne bien, lutter contre l'homophobie, y compris qui les oppresse, j'en suis ; mais on ne lutte pas contre l'homophobie en ne combattant pas les ressorts de la domination, lutter contre l'homophobie, ce n'est pas aménager des ilots de préservation liés au statut social, de race et aux conditions matérielles d'existence.
S'en tenir à une dénonciation ciblée de certaines matérialisations de l'homophobie couplée au déni de celles exercées par les classes dominantes à travers leur politique libérale a également des conséquences directes sur la vie des LGBT et en ça elle participe de la pérennité de l'homophobie.
Des pédés, des gouines, des trans paient de leurs corps et de leurs vies la construction d'une mythologie mixte et contradictoire de victimes faciles et de protégés du pouvoir dont les aspirations à exister seraient source d'humiliation d'un tout aussi mythologique peuple originel à l'intégrité fantasmée qu'il faudrait purger de ses altérités, mais sonnés de coups nous ne parvenons pas à desserrer l'étreinte en spirale mortifère d'un imaginaire qui se nourrit aussi de la propagation d'images nous ramenant à nos tuméfactions et d'appels à s'en remettre à une aide extérieure et à une dépendance à celle-ci qui solidifient tout autant qu'ils les dénoncent la cible chaque jour plus solidement accrochée.

Les jours sombres se nourrissent aussi de cet épuisement qui nous accule.






vendredi 29 juin 2018

"LGBT hors de France", mais y sommes-nous seulement ?




Combattre l'homophobie que les tags qui fleurissent rendent visible, ce n'est pas s'extasier devant les réactions hypocrites des politiques qui ne font que le minimum en les condamnant et en rénovant la voirie, et nous abreuvent de messages lénifiants sur un amour en marche triomphant.

Il y a paradoxe, à remercier constamment les élus pour le moindre gesticule un peu friendly qu'ils consentent, quand les politiques qu'ils mènent globalement véhiculent le même message que celui des tags dénoncés.

Se battre pour que ces tags soient renvoyés à l'insignifiance collective, pour s'opposer à leurs velléités d'imposer leurs termes et diktats au commun, lutter pour établir un rapport de force qui les renverraient dans les poubelles totalitaires, évidemment.

S'en emparer pour leur faire porter un renversement, montrer ce qu'ils prétendent dissimuler : la volonté de destruction qui les anime. Encore une fois oui.

Mais tomber dans un face-à-face entre des croisés de la domination et nous, c'est se piéger soi-même. Car nous en remettre à des alliances de circonstance, c'est nous priver de mettre en exergue la constance et la continuité des mécanismes qui construisent l'homophobie.

C'est nous empêcher de rendre visible ce qu'il y a de banal, quotidien et systémique à essayer de nous renvoyer au placard et nous réduire au silence par la violence et la contrainte.

Nous devons à la complexité de ne pas nous faire les porte-voix d'une politique de communication et d'exonération qui n'a pas pour objet de nous faire place mais de s'accorder des labels de progressisme et de gagner des parts de marché, électoraux comme touristiques. D'ailleurs leurs maîtres d'oeuvre s'en cachent fort peu.

Non ces tags ne peuvent être réduits à une réaction, ils sont le produit de politiques homophobes, sexistes et racistes.

D'ailleurs plutôt que d'ironiser sur le prétendu insensé de ces tags, nous aurions mieux fait de souligner la continuité politique, raciste, de ce hors de France.

Bien-sur que l'ironie était tentante, avec sa dimension de mise à distance. Mais ce premier sentiment de désamorcer par le ridicule est de court terme.

Ne pas ajouter la violence à la violence nous est quotidien, nous sauvons nos peaux, car sinon comment trouver l'énergie de lutter et d'être, tout simplement, avec la conscience vive que le désir de nous acculer à la disparition est omniprésent et structurant de nos sociétés.

Ça permet aussi de s'auto-convaincre, qu'il n'y a là que le pire, une fraction du réel et non celui-ci.

Mais attardons-nous deux secondes sur le premier slogan tagué sur les arc en ciel municipaux. Sur sa littéralité. 

Et cessons de refuser de voir qu'il y a dans ce slogan, certes extrême, une réalité politique dont les agités du « remplacement » sont loin d'avoir le monopole.

La France, et ses frontières, ne peuvent se réduire à une entité physique, géographique dont il faudrait nous bouter, ce sont aussi des représentations culturelles, des institutions, des rapports de pouvoir, des accès au droit commun, aux richesses, aux décisions collectives.

Qu'il y ait à combattre, celles et ceux qui entendent avec force et violence blanchir tout droit à l'existence de celles qui n'appartiennent pas à leurs cercles, aucun doute là dessus.

Pour autant, ne les aidons pas non plus à masquer à coup de peinture, que l'homophobie n'aurait que ce seul visage de son expression caricaturale.

Nous mettre hors de France, ce sont des politiques déjà menées.

Ce sont les expulsions, hors de frontières territoriales, de malades atteints de pathologies lourdes, VIH notamment mais pas seulement, de militants contre le sida, mais pas seulement, d'étranger.e.s demandeurs d'asile mais pas seulement.

Ce sont aussi les expulsions hors du droit commun. Qui vont de la légitimation de la discrimination aux exclusions de l'argent public.

Ce sont les expulsions hors de l'espace public, de la rue aumouvement social, syndical et politique, du système éducatif, sanitaire, avec leurs lots de harcèlements et d'injonctions à l'invisibilité.

Ce sont les expulsions des représentations culturelles, avec ses filtres de censure préalables empêchant l'accès aux moyens de production et les effacements de toutes les subcultures au profit d'une égalité de façade.

Ce sont les violences policières et économiques qui s'abattent sur toute autonomie qui ne fait pas allégeance au NoAlternative.

Nous avons besoin de ressources, nous avons besoin que nos conditions matérielles d'existence changent, Sinon ça ne ressemble à rien d'autre qu'à une France barbouillée de blanc.